La Commission ne devrait pas attaquer la Pologne, selon un politologue

Critiquer les actions du gouvernement polonais est une chose. C'en est une autre de les qualifier de « non-démocratiques », estime Piotr Maciej Kaczy?ski.

EURACTIV.com
Piotr Kaczy?ski [Georgi Gotev]
Piotr Kaczy?ski [Georgi Gotev]

Critiquer les actions du gouvernement polonais est une chose. C’en est une autre de les qualifier de « non-démocratiques », estime Piotr Maciej Kaczy?ski.

Piotr Maciej Kaczy?ski est maitre de conférences à l’Institut européen d’administration publique de Maastricht, et travaille pour EUROPEUM, à Prague. Il a également travaillé pour des groupes de réflexion spécialisés dans les problématiques politiques et institutionnelles européennes à Varsovie et Bruxelles et a été conseiller de la délégation polonaise du groupe PPE au Parlement européen.

Que pensez-vous de la décision de la Commission de lancer une procédure punitive inédite à l’encontre de la Pologne, où le gouvernement du parti Droit et Justice vient de placer la Cour constitutionnelle sous la houlette du gouvernement ?

Il semble qu’il y ait un grand malentendu. Il y a beaucoup de vrais problèmes sur lesquels la Commission devrait se pencher et à ce stade il y a peu de raison qu’elle se focalise sur l’État de droit et les principes de base de la démocratie. Ce qui a eu lieu en octobre dernier est un simple processus démocratique.

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Un nouveau gouvernement a pris le pouvoir et change à présent la réalité comme bon lui semble. Il ne s’agit donc pas d’un coup d’État – comme certains l’appellent – sur l’État de droit. Rien de tout cela n’est illégal.

On peut critiquer les actions du gouvernement, ne pas être d’accord, mais c’est tout à fait différent de qualifier ses actes de « non-démocratiques ». Il ne s’agit pas d’une « orbanisation », ni d’une « poutinisation ». Il existe des médias libres et une opposition de centre qui souligne les erreurs du gouvernement. Même les sondages d’opinions montrent que si des élections étaient organisées aujourd’hui elles seraient remportées par le parti Droit et Justice. Il y a une société civile et des manifestations contre le gouvernement. Tout cela fait donc partie d’un processus démocratique. Personne ne lutte contre ces manifestants ou dit qu’ils devraient être éliminés, comme c’est le cas en Russie, par exemple.

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J’ai interviewé [le politologue américain] George Friedman hier. Il m’a demandé si Mme Merkel n’avait pas de choses plus importantes à faire que de poursuivre la Pologne ou la Hongrie. Il est lui-même issu d’une famille juive hongroise qui a échappé à l’Holocauste. Pour lui, il ne s’agit pas de fascisme. Êtes-vous d’accord ?

Il a raison, en Pologne, il ne s’agit absolument pas de fascisme. Il y a un groupe de députés qui ne font pas partie de Droit et justice, ainsi qu’un petit groupe plus proche du néofascisme, ce qui est une situation déplorable en soi, mais moins grave qu’en Grèce ou en Hongrie, par exemple. Et ces derniers sont insignifiants. Leur popularité n’augmente pas, ce ne sont pas eux qui prennent les décisions importantes.

Il n’y a pas de menace fasciste en Pologne. Ceux qui disent le contraire ont tout à fait tort. On peut s’opposer à des choses, en débattre, comme le font par exemple le nouveau gouvernement et le nouveau Sejm [parlement] pour parvenir à des décisions. En 24 heures, une nouvelle loi est présentée et signée. Comparé à l’élaboration de la législation européenne, pour lequel il faut attendre 12 mois pour chaque loi, c’est rapide.

En Pologne, il n’y a pas assez de place pour l’expertise, pour un débat, pour des consultations, et, oui, le nouveau gouvernement devrait être critiqué pour cela. Mais cela ne veut pas dire qu’il viole les principes de base d’une démocratie libérale.

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La Pologne est célèbre pour sa dépendance au charbon et ses politiques peu écologiques. Avec ce nouveau gouvernement et le refroidissement des relations entre Bruxelles et Varsovie, ne devrions-nous pas nous attendre à ce que les choses dégénèrent ?

La politique climatique de l’Union posera en effet un problème, mais très peu de gens ont remarqué l’attitude positive du nouveau gouvernement polonais à Paris. Avant la COP 21 à Paris, quelques articles très cinglants ont été publiés sur le fait que le comportement du gouvernement polonais était imprévisible. En réalité, la position du gouvernement polonais était tout à fait alignée avec celles des autres gouvernements européens, et cela devrait être plus reconnu. Le principe de dura lex sed lex [dure est la loi, mais c’est la loi] est applicable à ce gouvernement, même en regard de la crise des réfugiés. Il accepte enfin les décisions prises par le gouvernement précédent. C’est positif.

La politique climatique a toujours été un gros problème, et cela ne changera pas dans les années à venir. La manière dont le gouvernement de Szyd?o réagira à la politique climatique européenne, aux objectifs pour 2030 et à l’idée d’une réduction de 20 à 30 % des émissions de CO2 reste cependant une question ouverte. C’est en découvrant ses réactions que nous déterminerons à quel point le gouvernement est constructif. Pour le moment, ce que nous avons vu en décembre est constructif.

Imaginons le pire scénario possible. Le gouvernement ne serait-il pas tenté d’organiser un référendum sur les questions climatiques ? Quelles en seraient l’issue et les conséquences ?

Tout dépend de la question, bien sûr. En Pologne, la majorité de l’électricité est produite à l’échelle locale à partir de charbon, il est donc difficile de répondre à cette question. Si je devais me risquer à une hypothèse, je dirais qu’aujourd’hui, en janvier 2016, si le gouvernement prenait le risque de poser n’importe quelle question dans un référendum, il en sortirait peut-être perdants, à cause de la perte de popularité rapide de ses chefs de file.

Les actions du parti Droit et Justice ne le rendent pas populaire ces temps-ci. La Première ministre, Beata Szyd?o, perd même de la popularité au sein du gouvernement, et le président, Andrzej Duda, est de moins en moins plébiscité. Dans ce contexte, même une question qu’ils considèrent comme une victoire facile, comme l’abaissement de l’âge de la retraite, pourrait être problématique. Aujourd’hui, même ce genre de sujet serait un test pour le gouvernement.

Que pensez-vous de la relation privilégiée qui unit la Pologne aux États-Unis ? Varsovie devrait accueillir le prochain sommet de l’OTAN en juillet, mais selon certaines rumeurs, ce n’est pas sûr…

J’espère que c’est sûr. Il y a en effet eu des rumeurs selon lesquelles les Américains avaient changé d’avis, ce qui aurait été une douche froide pour les décideurs polonais. Ces rumeurs peuvent être interprétées comme un signe que les attentes de Varsovie ne devraient pas être trop ambitieuses.

La Pologne voudrait que des troupes américaines soient stationnées de manière permanente en Europe centrale, ce que l’Allemagne ne veut pas. Est-ce un bon résumé ?

Je ne sais pas exactement qui veut quoi et quand. La guerre lancée par la Russie en Ukraine fait certainement partie de l’équation. En Europe occidentale, les voix qui s’élèvent contre le stationnement permanent de troupes de l’OTAN sans les anciens États satellites de l’URSS peuvent être interprétées comme un signe de bonne volonté à l’égard de Moscou. Mais on peut également se demander pourquoi l’Europe devrait envoyer des signaux de bonne volonté à Moscou, quand Moscou n’en envoie aucun en retour.

Le vrai dilemme sécuritaire du moment est de savoir comment réellement protéger l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie – les pays qui sont en première ligne à l’Est.

Selon les sondages, Plateforme civique, le parti de Donald Tusk, a également été supplanté par Droit et Justice et le parti d’opposition, et n’est à présent plus que la troisième force politique du pays. Aurait-il dû rester en Pologne, plutôt que d’accepter un poste à Bruxelles ?

Bonne question. Il est clair que la Pologne n’a pas de réel leader à l’heure actuelle. Ewa Kopacz, la dernière vraie dirigeante, a démissionné et un nouveau leader devrait rapidement se retrouver sous les feux des projecteurs. Son nom est Grzegorz Schetyna, ancien ministre des Affaires étrangères.

Pour ce qui est de Donald Tusk, il est difficile de dire s’il aurait dû rester en Pologne. Après deux mandats, le public était un peu fatigué de la Plateforme civique. Le parti aurait donc pu ne pas remporter les élections de 2015, même avec Donald Tusk.

Ils ont peut-être des projets pour l’avenir de M. Tusk, après son mandat à Bruxelles. Il n’est élu que pour deux ans et demi, et le gouvernement polonais actuel n’est pas exactement ravi qu’il soit président du Conseil européen.

Ce gouvernement pourrait donc opposer son véto à la réélection de Donald Tusk. La question se posera dans un an et demi. Nous ne savons pas ce qui se passera, mais c’est aussi une situation perdant-perdant pour Droit et Justice. Si ses membres opposent leur véto à Donald Tusk, ils en font une victime et il revient en Pologne se présenter aux élections.

S’ils soutiennent un deuxième mandat, ils lui donnent de facto le soutien de Beata Szyd?o et de Jaros?aw Kaczy?ski en tant que « président de l’Europe », comme il est dépeint par les médias polonais. Là aussi, il pourrait se présenter à nouveau aux élections polonaises de 2020, puisqu’il ne serait réélu que pour deux ans.

Je précise que vous n’êtes pas de la famille de Jaroslaw Kaczynski, même si vous avez un ancêtre commun.

Un ancêtre du 18e siècle, en effet, mais je n’ai pas de lien de parenté avec le dirigeant actuel de Droit et Justice, même si nous partageons le même nom, comme environ 10 000 autres Polonais.

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