« La confiance dans le marché du carbone va encore se détériorer »
Selon le doctorant au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, tant que la "contrainte carbone" ne sera pas suffisamment transparente pour les entreprises, le marché d’échange de permis d’émission de CO2 ne fonctionnera pas correctement.
Selon le doctorant au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement, tant que la « contrainte carbone » ne sera pas suffisamment transparente pour les entreprises, le marché d’échange de permis d’émission de CO2 ne fonctionnera pas correctement.
Le marché européen du carbone a été fermé pendant une semaine. N’est-ce pas étonnant?
C’est normal de fermer le marché le temps de faire le point sur les pertes et d’être sûr que ce genre de choses ne se reproduira pas.
Ce serait absolument inenvisageable pour des marchés beaucoup plus développés. Mais le marché carbone est encore embryonnaire. Il y a peu d’acteurs et les volumes d’échanges sont relativement faibles. Environ 10 000 installations sont soumises au système de quotas mais toutes n’utilisent pas forcement des permis d’émissions. Ce marché est morose, sujet à pas mal de chocs. Il fonctionne encore assez mal.
Comment améliorer son fonctionnement?
Il faudrait un meilleur équilibre entre l’offre et la demande de quotas. De plus, un certain nombre d’événements rendent les prix très volatiles. Par exemple, la Commission n’a pas pris d’engagements définitifs sur la réduction des gaz à effet de serre d’ici 2020. L’objectif de 20% est acquis, mais des discussions sont toujours en cours pour savoir si les GES seront limités à 30% dès 2020.
La délimitation des secteurs plus ou moins exposés aux fuites de carbone n’est pas non plus totalement arrêtée. Tout comme le niveau de mise aux enchères des crédits carbone. Ces paramètres sont très importants sur le niveau de « contrainte carbone » effectives pour les industries. Tant que la contrainte pour les entreprises n’est pas suffisamment transparente, le marché n’a aucune raison de fonctionner correctement.
Quelles sont les conséquences de la fermeture de ce marché, pendant une semaine ?
Les conséquences ne sont pas dramatiques mais elles sont néfastes. La confiance dans le marché carbone, qui n’était déjà pas très importante, va encore se détériorer. La fermeture va donner l’impression que le marché n’est pas très régulé alors qu’il l’est, par des registres nationaux et une bourse.
Cette fermeture ne change rien à la contrainte carbone des entreprises. Mais celles qui avaient prévu de vendre des quotas peuvent être ennuyées. Au-delà d’un risque de manque à gagner si elles les revendent finalement moins chers, il peut y avoir des interférences sur les prix à la réouverture.
La reproduction fréquente de ce genre d’événement ou la fermeture plus longue du marché pourraient avoir un impact sur des projets d’installations industrielles. Pour certains secteurs, le marché du carbone est devenu un paramètre dans la prise de décision.
L’organisme tchèque de surveillance du marché de l’énergie (OTE) a considéré que la réouverture, vendredi 4 février, de cinq marchés de permis d’émissions était prématuré. Partagez-vous ce point de vue?
Il ne faut pas laisser le marché fermé trop longtemps. C’est la seule et unique institution multinationale qui fixe un prix du carbone. Il sert de signal à ceux qui souhaitent investir dans des projets pour réduire leurs émissions.
Est-il dangereux de fragmenter le marché en réouvrant les registres nationaux petit à petit?
Le volume des transactions de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni doit représenter plus de la moitié de toutes les transactions sur le marché carbone. Avec ces pays, principales industries de l’UE, la taille critique pour rouvrir le marché est atteinte. Cela ne créera pas de distorsions importantes.
Toujours selon l’OTE, de nombreux permis volés en République tchèque ont été retrouvés sur les marchés allemand et britannique. Que va-t-il se passer pour les autres permis volés qui n’ont pas encore été revendus ?
Ces permis ne peuvent être tracés qu’à partir du moment où ils ont été vendus à d’autres entreprises. Et alors, il est déjà trop tard.
La Commission a parlé de possibles compensations financières. Qu’est ce que cela signifie concrètement?
A part réallouer aux entreprises les quotas carbone qu’elles ont perdus, je ne vois pas quelle compensation supplémentaire pourrait être donnée. En fonction de l’évolution des prix et des transactions faites, on pourrait essayer de compenser un éventuel manque à gagner. Mais c’est assez difficile à calculer et arbitraire.
Qui prendrait en charge cette éventuelle compensation financière ?
Le marché du carbone est un système assez décentralisé. La responsabilité de la compensation incombe donc à l’État concerné.