Les cinq blocs qui dominent la bataille de la tarification du carbone en Europe

Des divergences politiques apparaissent alors que la Commission européenne met la dernière main à une proposition visant à réformer le système d'échange de quotas d'émission (SEQE)

EURACTIV.com
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GettyImages-2273352161 [Osmancan Gurdogan/Anadolu via Getty Images]

L’Europe est divisée en camps rivaux à la veille de la réforme très attendue du système phare de tarification du carbone de l’UE, où les intérêts industriels se heurtent à une crainte politique bien réelle de réactions négatives liées à la hausse des prix de l’électricité.

En 2013, quelque 2 milliards de quotas d’émission ont été mis aux enchères, plafonnant de fait les émissions de CO₂ des centrales électriques et des exploitants d’usines qui doivent les acheter. Ce plafond est abaissé chaque année ; il s’élève actuellement à environ 80 millions de tonnes. À mesure que les quotas se raréfient, leur prix a grimpé à environ 80 € la tonne, renforçant ainsi l’impératif économique pour l’industrie de décarboner ses activités.

Mais les entreprises tirent récemment la sonnette d’alarme face à la hausse des coûts auxquels elles sont confrontées par rapport à leurs concurrents étrangers et font pression pour obtenir un allègement dans le cadre d’une révision du système, qui doit être proposée vendredi.

Certains pays commencent également à ressentir les effets de cette hausse sur leurs factures d’électricité, en particulier la Pologne, où l’électricité provient en grande partie de centrales à charbon et où les coûts liés au carbone représentent près d’un quart d’une facture d’électricité type.

Diversité

En raison de situations nationales très différentes – le PIB par habitant de l’Italie s’élève à environ 38 000 €, avec un mix énergétique où le gaz représente 40 % de la production d’électricité, tandis que celui de la Suède est de 65 000 €, avec un mix énergétique presque entièrement propre – et de priorités politiques divergentes, plusieurs camps s’apprêtent à se disputer la suprématie.

De manière générale, cinq camps se sont déjà dessinés avant même que la proposition ne voie le jour.

Un groupe se qualifiant lui-même de « pragmatique », regroupant notamment la Pologne et l’Italie, craint que le tissu industriel européen et la popularité des gouvernements auprès des électeurs ne soient mis à mal si les prix du carbone restent élevés.

Selon un document obtenu par Euractiv, leur dernière revendication consiste à reporter ou à supprimer un deuxième système de tarification du carbone pour le chauffage et les carburants automobiles, qui doit entrer en vigueur en 2028.

À l’opposé, on trouve un groupe « ambitieux » qui s’est formé autour de l’Espagne et des Pays-Bas, et qui considère que le SCEQE est la « pierre angulaire » d’une action climatique rentable. Il doit rester solide, affirment-ils dans leur dernière prise de position, examinée par Euractiv.

L’Allemagne, moteur industriel et économique de l’UE, a arrêté sa position nationale en avril, comme l’a rapporté Euractiv, parvenant à mettre d’accord la coalition gouvernementale, souvent divisée, entre socialistes et chrétiens-démocrates.

La position de Berlin présente certaines similitudes avec celle du camp « ambitieux », comme l’insistance sur le maintien d’un rythme constant de réductions jusqu’en 2036. Toutefois, en ce qui concerne le soutien à l’externalisation de l’action climatique par le biais de crédits soutenus par l’ONU, elle diffère des groupes espagnols et néerlandais, qui rejettent cette approche.

Il convient de noter que les pays « pragmatiques » ne sont pas non plus les plus fervents partisans de l’externalisation des mesures climatiques. Ils préféreraient même y renoncer complètement. 

Vient ensuite la France, puissance nucléaire européenne, qui a initialement évoqué le projet d’externalisation l’année dernière, mais n’a pas encore pris de position officielle. En février, le président Emmanuel Macron a qualifié le SEQE de « système qui, dans sa structure, est pertinent ».

Enfin, il y a ce que l’on pourrait appeler les pays « non alignés », dont certains restent sur la réserve en attendant la proposition.

D’autres ont du mal à prendre position en raison de diverses préoccupations nationales.

(rh, cm)