La jeunesse rurale ne peut être négligée dans le débat sur l’avenir de l’Europe

Alors que les voix des jeunes ruraux ne sont souvent pas entendues par les décideurs européens, la CoFoE devrait être l’occasion pour eux d’avoir leur mot à dire sur leur avenir écrit Daniel Grist de l’ONG Rural Youth Europe.

JEF Europe (Young European Federalists)
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Rural Youth Europe est une structure qui encadre 22 organisations différentes dans 20 pays d’Europe, regroupant un demi million de jeunes. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/gold-coast-qld-australia-september-20-1510092659" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock 1510092659</a>]

Alors que les voix des jeunes ruraux ne sont souvent pas entendues par les décideurs européens, la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) devrait être l’occasion pour eux d’avoir leur mot à dire sur leur avenir comme nous l’enseigne le Brexit, écrit Daniel Grist de l’ONG Rural Youth Europe.

Entretien avec Daniel Grist, responsable Communication de Rural Youth Europe.

Pourriez-vous présenter brièvement votre organisation, Rural Youth Europe (RYEurope)  ?

Rural Youth Europe est une structure qui encadre 22 organisations différentes dans 20 pays d’Europe, regroupant un demi million de jeunes. Nous comptons parmi nos membres des clubs 4-H (mouvements de jeunesse administrés par le ministère de l’Agriculture américain), des clubs de jeunes agriculteurs et des Landjugend, entre autres. Nous organisons trois événements principaux tout au long de l’année : une session d’étude, un rallye et un séminaire d’automne. Nous nous attaquons aux questions qui touchent et impactent les jeunes ruraux dans toute l’Europe.

Vous travaillez avec le Forum européen de la jeunesse sur le «  Projet 25 %  » qui vise à amplifier la voix des jeunes dans la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE). Pouvez-vous nous en dire un peu plus  ?

Le «  Projet 25 %  » est un projet auquel nous sommes très heureux de participer, car il nous permet de donner aux jeunes ruraux une voix au sein de la CoFoE. Dans le cadre de ce projet, nous demandons à nos membres de base dans toute l’Europe de recueillir des idées pour l’avenir de l’Europe. Ces idées seront ensuite partagées avec les dirigeants européens.

Sur nos réseaux sociaux, nous partageons régulièrement un lien qui permet aux jeunes d’écrire des idées pour une meilleure Europe. Il peut s’agir d’un sujet en rapport avec le changement climatique, le logement, l’éducation ou les services à la jeunesse.

Après avoir recueilli toutes ces idées avec d’autres organisations partenaires représentant différents groupes de jeunes, un groupe de chercheurs lira chaque proposition et ses conclusions serviront de base à une nouvelle série de revendications qui seront présentées directement à la CoFoE.

Avec ce projet, nous essayons d’encourager les jeunes à s’engager pour une plus grande représentation. C’est un moyen très intéressant pour eux de partager simplement leurs idées, en sachant que celles-ci seront entendues par quelqu’un.

Nous travaillons également sur un projet similaire avec le Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA), où les jeunes agriculteurs peuvent partager leurs rêves pour l’avenir de l’UE à l’aide de courts clips audio. Ceux-ci sont basés sur des questions que nous posons sur des sujets tels que le changement climatique et l’environnement, l’UE dans le monde, la démocratie européenne, la santé, les valeurs et les droits, la migration, l’économie, la transformation numérique, l’éducation, la culture, la jeunesse et les sports.

Ces clips sont un bon moyen de parler de la conférence et de renforcer la participation des jeunes au processus.

Y a-t-il des thèmes récurrents parmi ces demandes des jeunes vivant dans les communautés rurales, notamment dans la perspective de la CoFoE  ?

Les jeunes ruraux proposent toute une série d’idées diverses, mais nous pouvons certainement dégager certaines tendances communes. L’une d’entre elles consiste à s’assurer que les populations rurales bénéficient des mêmes opportunités et du même accès que tout le monde. Nous voyons de nombreuses propositions concernant des logements abordables dans les zones rurales.

De même, il est très important de s’assurer de l’accès à internet à haut débit, compte tenu que tout se passe en ligne.

Nous constatons également une demande de représentation et d’accès égaux pour la communauté LGBT dans les zones rurales. Nous constatons que ces personnes sont moins représentées et moins visibles dans les zones rurales, ce qui signifie qu’elles ne se sentent pas forcément incluses dans la communauté. Des initiatives telles que l’implantation de prides dans les petites villes peuvent contribuer à changer cette situation.

Dans le contexte de la pandémie, nous sommes très dépendants des outils en ligne pour participer et la CoFoE reflète cela avec sa plateforme numérique. L’environnement en ligne est-il un facteur de soutien ou de limitation en termes de participation des jeunes ruraux  ?

D’un côté, l’aspect numérique est une énorme opportunité pour tous les jeunes ruraux car il permet à chacun de s’impliquer et de faire entendre sa voix — mais ce n’est qu’en théorie. En réalité, beaucoup de personnes vivant dans des zones rurales isolées n’ont pas accès au haut débit et trouvent qu’il est très difficile de s’engager. Si un jeune rural souhaite vraiment s’impliquer dans ces processus mais qu’il ne dispose pas de l’infrastructure nécessaire, il se sent exclu et frustré par le processus.

Si je devais faire la part des choses, je dirais que les possibilités de faire des choses en ligne l’emportent sur les inconvénients, mais tant que tout le monde n’a pas un accès égal au haut débit, nous ne pouvons pas être satisfaits de la situation actuelle.

Avec toutes nos activités au sein des organisations de jeunesse en milieu rural, nous pensons qu’il a été remarquable de mettre des choses en ligne parce que tout le monde y a accès, mais il est plus difficile de s’assurer que nous atteignons tout le monde.

Nous nous inquiétons du fait que de nombreuses personnes sont très actives en ligne, mais qu’il y a aussi celles qui ne sont pas du tout intéressées par les activités proposées, et qui sont donc encore plus exclues, ce qui est un défi croissant.

Avez-vous des conseils à donner aux organisations de la société civile européenne sur la manière d’étendre leur portée au-delà des « suspects habituels », tels que les personnes ayant une formation universitaire dans les grandes villes, en particulier dans le contexte de la CoFoE  ?

Tout se résume à la communication et à la nécessité de s’assurer que l’on s’adresse à tout le monde. Les partenariats avec des organisations comme Rural Youth Europe, qui ont une grande portée, sont très importants. Nous avons participé au projet « Together Thursdays », qui consiste à partager ce que l’UE fait pour les gens et à le communiquer en termes simples pour le rendre accessible.

Il est important d’atteindre des groupes plus restreints, notamment les personnes vivant dans des exploitations agricoles, qui sont tout aussi concernées que les autres par ce qui se passe dans l’UE. Dans l’ensemble, l’agriculture représente une part importante de l’économie de l’UE. À titre d’exemple, la communauté agricole britanique a joué un rôle important dans la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne et les débats autour de cette questions ont été particulièrement animés.

De nombreux jeunes ruraux seraient frustrés si l’agriculture n’était pas suffisamment mise en avant dans la CoFoE.

Avez-vous une dernière remarque ou un souhait pour l’avenir de l’Europe  ?

Chez RYEurope, nous travaillons avec des organisations à travers l’Europe qui sont directement impliquées avec les jeunes ruraux qui ne se sentent pas représentés par qui que ce soit. Souvent, ces organisations sont la seule occasion pour les jeunes ruraux d’essayer de nouvelles choses et de s’assurer que leur voix est entendue. Il est essentiel que les organisations de jeunesse rurale continuent à bénéficier d’un financement pour leurs activités.

C’est important car elles ont été très touchées par la pandémie et beaucoup d’entre elles ont eu du mal à transférer leurs activités en ligne. Beaucoup de nos organisations membres tentent de se reconstruire après la pandémie et elles ont besoin de soutien car elles sont essentielles à la santé mentale et physique des jeunes ruraux en leur offrant des opportunités.