La Syrie souhaite s'appuyer sur les compétences européennes pour sa reconstruction, révèle le ministre des situations d'urgence
Alors que Bruxelles réfléchit à la manière de s'engager avec Damas, le ministre syrien des situations d'urgence, Raed al-Saleh, explique dans une interview accordée à Euractiv, que l'expérience de l'Europe en matière de protection civile pourrait faciliter la reconstruction de l'ensemble du pays.
À quelques jours de la visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en Syrie, le nouveau ministre des situations d’urgence, Raed al-Saleh, affirme que le redressement du pays après la guerre dépendra autant de la capacité institutionnelle que du financement. Nul doute que le rôle de l’Europe sera à l’ordre du jour des discussions.
Pendant plus de dix ans, Raed al-Saleh a été directeur de l’ONG de défense civile syrienne, plus connue sous le nom de « Casques blancs ».
L’organisation a sauvé d’innombrables vies dans une Syrie décimée par la guerre et s’est attirée les louanges de la communauté internationale pour son travail, alors même qu’elle était vilipendée sans relâche par le régime de l’ancien président Bachar el-Assad et ses soutiens russes. Après l’effondrement soudain du régime Assad il y a un an, M. al-Saleh a été nommé ministre des situations d’urgence et de la gestion des catastrophes.
Lors d’une interview accordée à Euractiv, M. al-Saleh a décrit son passage de la société civile au gouvernement comme étant moins une rupture qu’une continuation.
D’après lui, son expérience passée lui a apporté de la flexibilité et une compréhension plus profonde des communautés locales et de leurs besoins.
La Syrie, a-t-il ajouté, reste dévastée après des années de conflit.
« Le pays souffre de la destruction généralisée laissée par de longues années de guerre », a déclaré M. al-Saleh, accusant le régime Assad d’avoir endommagé les infrastructures et les ressources de base dans une grande partie de la Syrie.
« Cette réalité a laissé la Syrie avec des ressources limitées, d’immenses besoins humanitaires et une grave pénurie des capacités nécessaires à la reconstruction et à la réponse aux catastrophes », a-t-il ajouté.
Pour relever ces défis, M. al-Saleh s’est fortement appuyé sur ses anciens collègues des Casques blancs, dont beaucoup l’ont suivi dans son nouveau ministère.
« En tant que ministère nouvellement créé, nous sommes confrontés au défi de construire une structure administrative et une gouvernance efficace à partir de zéro », a-t-il expliqué. Il s’agit notamment de développer les ressources humaines, d’établir des mécanismes opérationnels clairs et de renforcer la coordination avec d’autres ministères et organes gouvernementaux afin de garantir une réponse nationale unifiée.
Alors qu’ils n’opéraient auparavant que dans les zones tenues par l’opposition, M. al-Saleh et son équipe sont désormais responsables de la préparation aux catastrophes et des interventions d’urgence dans l’ensemble du pays.
« Il est urgent d’élaborer des programmes durables de réduction des risques et de gestion des catastrophes, et de mettre en place un système national complet de réponse », a-t-il détaillé, « un système qui renforce la résilience des communautés locales et leur capacité à se préparer et à répondre aux crises futures ».
Dans le cadre de cet effort, M. al-Saleh s’est récemment rendu en Ukraine avec le ministre syrien de l’agriculture, Amjad Badr, afin d’échanger des connaissances sur le fonctionnement en temps de guerre.
« J’ai vécu ce que les Ukrainiens vivent tous les jours », a souligné M. al-Saleh, se souvenant des heures passées dans des abris en raison des menaces répétées de raids aériens.
Outre les bombardements, l’Ukraine est également confrontée à une contamination généralisée par les mines et les munitions non explosées, rendant de vastes zones de terres agricoles inutilisables — un problème qui, selon M. al-Saleh, reflète étroitement les difficultés rencontrées par la Syrie.
« Nous avons constaté une grande ouverture et un désir de coopération de la part des organes officiels ukrainiens dans le domaine du déminage et de l’enlèvement des restes de guerre », a-t-il rapporté. « Des mesures concrètes seront prises dans un avenir proche pour permettre à la Syrie de bénéficier de l’expertise ukrainienne et de la technologie utilisée pour l’étude et le déminage.»
M. Al-Saleh prévoit également de se rendre dans plusieurs pays européens, la Syrie cherchant à se doter d’une capacité de réaction aux catastrophes à long terme. Il s’intéresse particulièrement à l’expérience de l’Agence européenne de protection civile, ainsi qu’aux systèmes de gestion des volontaires en Allemagne et ailleurs.
Il a également mentionné l’approche de l’Italie en matière de lutte contre les incendies de forêt et l’expertise de la Grèce dans le domaine des opérations de recherche et de sauvetage en mer comme des modèles qui méritent d’être étudiés alors que la Syrie entame le long processus de reconstruction.