L'UE craint une nouvelle recrudescence du terrorisme lié à l'État islamique

Des inquiétudes ont également été exprimées concernant les suspects européens de terrorisme passibles de la peine de mort en Irak

/ EURACTIV.com
Les forces gouvernementales syriennes prennent le contrôle du camp d'al-Hol, où sont détenus des membres de l'État islamique [Photo : Abdulmonam Eassa/Getty Images]

Les craintes s’intensifient quant à la situation sécuritaire en Syrie, alors que l’Union européenne, les États-Unis, la Turquie, l’Égypte et la Jordanie prennent des mesures pour empêcher la résurgence des réseaux terroristes de l’État islamique dans la région.

La question a été soulevée cette semaine lors d’une réunion du groupe de travail sur le terrorisme, au cours de laquelle des responsables du service diplomatique de l’UE, le SEAE, ont indiqué aux diplomates européens que l’État islamique avait perpétré 34 attentats en Syrie rien que le mois dernier, avertissant que le groupe conservait des capacités opérationnelles.

À la suite du retrait des forces kurdes, une évasion massive de détenus liés à l’État islamique a eu lieu en janvier depuis le camp d’al-Hol en Syrie. Les services de renseignement américains estiment que 15 000 à 20 000 individus, dont des affiliés de l’EI, opèrent actuellement en Syrie.

« Les combattants terroristes étrangers constituent une préoccupation majeure en matière de sécurité, notamment ceux affiliés à Daech et situés dans le nord-est de la Syrie », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne à Euractiv.

Outre les activités des combattants étrangers, Bruxelles s’inquiète du sort des Européens, parmi lesquels figureraient des citoyens allemands et français, qui font partie des détenus de l’État islamique transférés de Syrie vers l’Irak, où ils risquent la peine de mort.

Peine capitale

Les responsables ont fait part de leurs inquiétudes concernant les Européens qui figurent parmi les 7 000 détenus liés à l’État islamique, dont 150 hauts responsables, transférés par les forces américaines depuis des prisons gérées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie vers des établissements irakiens, a déclaré un diplomate de l’UE présent à la réunion du 15 avril.

L’Irak a accepté le transfert de combattants présumés de Daech, ou ISIS, afin d’alléger la pression sur la capacité de la Syrie à les détenir pendant une période d’instabilité et de combats incessants.

Cependant, l’Irak applique une législation antiterroriste stricte et pratique la peine de mort. Parmi les détenus figurent des dizaines de citoyens européens qui ont rejoint l’État islamique, selon des responsables irakiens. Les pays de l’UE cherchent à éviter l’application de la peine capitale dans de tels cas, a ajouté le diplomate.

Pour sa part, la Commission met en garde contre la peine capitale. « L’UE réitère sa position de principe sur la peine de mort : elle s’y oppose en toutes circonstances, la considérant comme un châtiment cruel et inhumain », a déclaré la Commission.

On ignore encore précisément combien de citoyens de l’UE liés à l’État islamique sont actuellement détenus dans les prisons irakiennes, ni les détails des poursuites individuelles. La situation est compliquée par le fait que le rapatriement des ressortissants de l’UE depuis l’Irak ou la Syrie relève toujours de la compétence nationale des gouvernements européens.

La Turquie, partenaire dans la lutte contre le terrorisme

À l’issue des discussions, les diplomates de l’UE ont adopté un texte intitulé « Syrie et Irak : approche antiterroriste de l’UE dans le cadre de la coalition mondiale contre Daech », ont indiqué deux diplomates de l’UE à Euractiv.

Ce document de six pages expose le « contexte stratégique, les principaux défis et les implications » pour l’UE d’une éventuelle résurgence de Daech et comprend une série de recommandations politiques pour la Syrie, l’Irak et l’ensemble de la région.

Chypre a insisté pour que l’Égypte soit incluse parmi les partenaires de la lutte contre le terrorisme, tandis que certains pays de l’UE ont émis des réserves quant à la coopération avec la Turquie. Une proposition d’exemption de visa a été bloquée par Bruxelles en raison des lois antiterroristes nationales d’Ankara, définies de manière très large, qui ont conduit à la poursuite d’opposants politiques et de journalistes.

Les diplomates ont convenu de « tirer parti du rôle de l’UE pour maintenir et renforcer des partenariats structurés » en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité avec des acteurs régionaux tels que la Jordanie, l’Égypte et la Turquie, a expliqué un deuxième diplomate européen. L’objectif est de « démanteler les réseaux terroristes de Daech, grâce à un soutien renforcé à la gestion des frontières et à la lutte contre le financement du terrorisme ».

(bw, mm)