« Le marché veut le fédéralisme »

Stratégiste à Natixis, Jean-François Robin revient sur les enjeux qui vont occuper le terrain économique européen ces prochains mois. L’accord scellé récemment pour aider la Grèce n’est pas dénué d’intérêts mais, selon lui, rien n’est encore réglé.

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Stratégiste à Natixis, Jean-François Robin revient sur les enjeux qui vont occuper le terrain économique européen ces prochains mois. L’accord scellé récemment pour aider la Grèce n’est pas dénué d’intérêts mais, selon lui, rien n’est encore réglé.

Les banques françaises ont annoncé qu’elles participeraient toutes au plan prévu pour la Grèce. C’est plutôt rassurant ?

La participation concerne les grosses banques et les gros assureurs. Le montant de 15 milliards constitue une bonne base. Avec une décote de 21%, leurs pertes sont évaluées à 3 milliards d’euros. Mais de nombreux petits assureurs et fonds de retraite ne sont pas comptabilisés.

A quoi faut-il s’attendre ces prochaines semaines ?

Le test grandeur nature intervient le 20 août, avec l’arrivée à échéance de 6 milliards d’euros de dette grecque. Il faut que l’échange de titres soit un succès. On s’attend à ce que 90% de la dette grecque détenue par le secteur privé soit renouvelée. L’idéal serait que le roll over soit de 93% ou 95% et qu’il y ait plus de demande que ce que l’on pensait. En revanche, s’il n’est que de 80%, ça ne va pas faire bon effet dans un contexte où la capacité du plan adopté à réduire la dette grecque est mise en doute.

Un défaut partiel de la Grèce est prévu, mais on ne peut pas le reprocher aux agences de notation qui avaient prévenu les gouvernements.

Doit-on s’inquiéter de la perspective du défaut partiel ?

Il sera de courte durée et les principaux dangers ont été écartés. La Banque centrale européenne a dit qu’elle serait un peu plus conciliante et continuerait à financer la Grèce le temps du défaut partiel.

L’Isda (International Swaps and Derivatives Association) a de son côté estimé qu’il n’y aurait pas de défaut, donc l’exécution des CDS est écartée.

De toute façon, pour les marchés, le vrai problème n’est plus la Grèce mais plutôt l’Italie ou l’Espagne.

L’agence Moody’s vient justement de dégrader la note de six régions espagnoles et elle menace de le faire pour la dette souveraine…

Le timing de cette décision me gêne. Elle intervient alors que le déficit espagnol est en baisse de 19% sur ces six derniers mois, ce qui est complètement en phase avec les objectifs du pays. Les discussions entre l’État et les régions sur le redressement des finances publiques progressent par ailleurs.

Comment expliquer la méfiance persistante des marchés ?

Ils ont été rassurés au moment de la décision du 21 juillet car beaucoup d’observateurs pensaient qu’il n’y aurait pas d’accord. Le soulagement a vite été balayé.

La situation de la Grèce s’est améliorée mais rien n’est réglé. Un gros point d’interrogation plane sur la mise en oeuvre du plan. Au lendemain du meeting, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble a annoncé que le Fonds européen de stabilité financière n’était pas un chèque en blanc. Or, c’est l’extension de cet outil qui allait rassurer les marchés.

Ces derniers ont d’ailleurs l’impression que l’accord ne prévoit pas grand chose pour l’Italie et l’Espagne. A mon avis, les dirigeants sont bons pour se réunir à nouveau en septembre.

Les hommes politiques européens ne sont donc pas à la hauteur des enjeux ?

Ils ont encore une fois un train de retard. Le marché veut le fédéralisme, ce sera le désordre tant qu’il ne l’aura pas. En termes de perspectives historiques, c’est assez unique. Fait notable, les finances publiques européennes sont plus saines qu’ailleurs. Le déficit moyen de la zone euro est d’environ 5% du PIB, la dette représente 80% du PIB. Sur ce point-là, l’Europe est bien plus en forme que les États-Unis ou le Japon. Mais il y a encore des problèmes individuels, comme la réticence de l’Allemagne à aider les pays en difficulté. D’autre part, le FESF reste un fusil sans cartouches. Il n’est toujours pas intervenu sur le marché secondaire et il sera difficile à actionner si l’unanimité des États est requise.

Que faudrait-il faire ?

Il est grand temps de mettre en place un ministère européen des Finances, comme Jean-Claude Trichet l’a suggéré. Il faudrait le doter de vrais pouvoirs  : la gestion d’un budget, la capacité à lever l’impôt tout en donnant à l’Europe une communication économique cohérente. Les eurobonds devraient pouvoir émettre 20% des budgets nationaux et ils financeraient la défense.