L’UE doit agir alors que le Venezuela fait face au « plus grand effondrement économique de l’histoire moderne » en temps de paix
Alors que le Venezuela connaît le pire effondrement économique de son histoire en temps de paix, l’économiste vénézuélien Jorge Jraissati prévient que l’UE risque d’être trop attachée aux principes, au détriment de son influence réelle.
L’Union européenne a déclaré lundi 5 janvier que « dans toutes les circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés » au Venezuela, soulignant que les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont une responsabilité particulière en tant que gardiens de l’architecture de sécurité internationale.
Mais les déclarations ne suffiront pas, estime Jorge Jraissati, économiste vénézuélien et président de l’ONG Economic Inclusion Group et ancien conseiller des responsables gouvernementaux américains sur le Venezuela. Il a exhorté le bloc à jouer un rôle plus actif dans la transition politique du pays.
L’ampleur de l’effondrement ne laisse guère de place à la prudence, explique Jorge Jraissati à Euractiv. Son pays — autrefois le plus riche d’Amérique latine — a perdu environ 70 % de son produit intérieur brut depuis 2013. Il s’agit selon lui du « plus grand effondrement économique de l’histoire moderne en dehors d’un contexte de guerre ».
Les conséquences sociales ont été graves. Environ 80 % des Vénézuéliens vivent aujourd’hui dans la pauvreté, dont la moitié dans l’extrême pauvreté. Jorge Jraissati attribue ce déclin à une combinaison d’interventions étatiques musclées et de corruption endémique, arguant que les quotas de production et le contrôle des prix ont vidé l’économie productive de sa substance tout en enrichissant les réseaux liés au régime.
Dans ce contexte, il souligne que l’opération militaire américaine qui a conduit à l’arrestation du président contesté Nicolás Maduro a été largement saluée par les Vénézuéliens vivant à l’étranger. Dans le pays, cependant, la présence d’un appareil sécuritaire répressif rend l’opinion publique plus difficile à évaluer.
Les signaux envoyés par Washington, qui laissent entrevoir un processus de transition impliquant la présidente par intérim Delcy Rodríguez et d’autres factions du régime, sont loin d’être idéaux, note Jorge Jraissati. Ils pourraient néanmoins ouvrir la voie à un changement de pouvoir dans les mois à venir.
« L’objectif ultime doit être un gouvernement élu par le peuple vénézuélien », ajoute l’économiste. « Il sera essentiel de rétablir la sécurité, la légitimité politique et la stabilité économique. Ce processus devrait inclure la privatisation des industries nationalisées sous le régime précédent et la restitution des biens confisqués à leurs propriétaires légitimes. »
Toute transition sera chaotique et imparfaite, avertit Jorge Jraissati, qui exhorte l’UE à ne pas laisser la prudence juridique devenir une paralysie. Selon lui, l’argument de Nicolás Maduro selon lequel il bénéficie de la protection du droit international est faible.
« C’était un dirigeant illégitime qui a lui-même enfreint le droit international. Ce droit ne peut désormais lui servir de bouclier », souligne Jorge Jraissati.
Lors d’une réunion avec des responsables de l’UE et des députés européens à Bruxelles cette semaine, Jorge Jraissati a appelé le bloc à agir rapidement. « L’UE ne peut être paralysée par la difficulté de la situation », expliquait-il. « Elle doit rester fidèle aux valeurs qu’elle défend — transparence, justice et démocratie — tout en reconnaissant que toute transition sera inévitablement imparfaite. »