Petro Porochenko assure que Wagner est impliqué dans l’attaque du Hamas contre Israël

L’ancien président ukrainien Petro Porochenko a confié à Euractiv qu’il était « absolument certain » que des instructeurs du groupe mercenaire russe Wagner avaient été transférés de Syrie à Gaza pour aider à préparer les attaques terroristes du 7 octobre contre Israël.

Euractiv.com
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L’ancien président ukrainien (2014-2019) Petro Porochenko. [EPA-EFE/MIGUEL A. LOPES]

L’ancien président ukrainien Petro Porochenko a confié à Euractiv qu’il était « absolument certain » que des instructeurs du groupe mercenaire russe Wagner avaient été transférés de Syrie à Gaza pour aider à préparer les attaques terroristes du 7 octobre contre Israël.

En raison du caractère sensible des thématiques abordées, la transcription de l’entretien en anglais a été vérifiée par le cabinet de Petro Porochenko. Vous trouverez l’entretien original en anglais ici.

Petro Porochenko, président de l’Ukraine de 2014 à 2019 et aujourd’hui à la tête du parti ukrainien Solidarité européenne, était en visite à Bruxelles dans la perspective d’une prise de décision de la Commission européenne, qui était prévue pour le 8 novembre, concernant l’autorisation des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

Interrogé sur ce qui semble être un sabotage de l’oléoduc Balticconnector et du câble de télécommunications reliant la Finlande à l’Estonie, qui aurait été causé par une « activité extérieure » selon les autorités d’Helsinki, il a répondu : « Je suis absolument convaincu qu’il s’agit d’une attaque terroriste dont le but est de déstabiliser la situation énergétique en Europe, de la même manière que la Russie attaque le système énergétique de l’Ukraine avec des missiles ».

Il a ajouté que la même signature russe avait été observée dans l’attaque lancée par le groupe  islamiste du Hamas contre Israël le week-end dernier.

« Je suis absolument convaincu qu’il y a un intérêt russe, des mains russes, dans la préparation de l’attaque terroriste du Hamas contre Israël ».

Bien qu’il n’ait pas de preuve concrète, il a déclaré qu’il savait très bien comment les mercenaires de Wagner opéraient.

« Je le sais depuis 2014, lorsque le premier groupe Wagner est apparu dans l’est de mon pays. Je connais la signature de Wagner depuis leurs attaques à Lyssytchansk, Sievierodonetsk, Soledar, Bakhmout. C’est exactement la tactique de Wagner ».

« Je suis absolument certain que les instructeurs russes de Wagner en Syrie ont été transférés au Hamas à Gaza et ont participé à l’entraînement des terroristes pour préparer l’attaque tout à fait barbare contre Israël à partir de la bande de Gaza. »

Comment procéder avec Vladimir Poutine

Interrogé sur ses impressions personnelles concernant le président russe Vladimir Poutine, qu’il a rencontré à de nombreuses reprises, notamment pour la négociation du Protocole de Minsk, aujourd’hui caduc en raison de l’occupation du Donbass par la Russie, il a répondu en avoir tiré « plusieurs conclusions ».

« Premièrement : ne jamais faire confiance à Vladimir Poutine », qui est « un officier du KGB qui a surtout appris à mentir ». « Deuxièmement : ne jamais avoir peur de Poutine. Car si vous avez peur, vous perdez. Troisièmement, gardez à l’esprit que Poutine ne comprend qu’un seul langage : la force. C’est pourquoi il n’ira pas plus loin que ce que nous lui permettons », a-t-il poursuivi.

D’après M. Porochenko, les forces armées que l’Ukraine a mises en place sont le meilleur négociateur avec la Russie et la sécurité de l’Europe réside dans le « bouclier bleu et jaune de l’Ukraine », qui a par ailleurs été renforcé sous sa présidence.

L’armée la plus puissante d’Europe

« Je suis fier d’avoir créé avec le peuple ukrainien les forces armées les plus puissantes et les plus efficaces d’Europe », a-t-il déclaré.

En tant que dirigeant du deuxième plus grand parti politique, sa mission était d’être « un chien de garde » de l’avancement des réformes et du pouvoir de la société civile, explique-t-il.

Interrogé concernant un scénario dans lequel la guerre au Moyen-Orient éclipserait la guerre en Ukraine tandis que les perspectives d’élargissement de l’OTAN et de l’UE s’estomperaient, il a déclaré que de tels doutes ne faisaient qu’alimenter le discours de Vladimir Poutine.

« Arrêtez de parler de lassitude. Si vous ressentez de la lassitude par rapport à l’Ukraine, cela signifie que vous ressentez de la fatigue par rapport à la liberté, à la démocratie, à l’UE, à l’OTAN, en faveur de Poutine ».

« Et s’il vous plaît, arrêtez de penser que vous aidez l’Ukraine. Vous vous aidez également vous-même, vous investissez dans votre propre sécurité », a-t-il ajouté.

« Pour nous, l’OTAN, c’est la vie, c’est la survie », a-t-il martelé.

Un nouvel arsenal nucléaire ?

À la question de savoir si l’Ukraine avait commis une erreur en 1994 en renonçant aux armes nucléaires présentes sur son sol dans le cadre du mémorandum de Budapest, il a répondu : « Cela s’est passé il y a près de 30 ans. Mais je reconnais que les positions du négociateur ukrainien seraient beaucoup plus fortes si nous avions des armes nucléaires. Plus encore : si l’Ukraine avait eu des armes nucléaires, Vladimir Poutine ne nous aurait jamais attaqués ».

Concernant la nécessité pour l’Ukraine de développer à nouveau un arsenal nucléaire, compte tenu de son expérience et de son potentiel, en particulier si la candidature à l’OTAN échoue, il a donné une réponse suggérant que le plan A était l’adhésion à l’OTAN.

« L’Ukraine se battra pour son indépendance. L’Ukraine se battra pour son existence. Peu importe que nous soyons aidés ou non. Mais il serait beaucoup plus efficace d’adhérer à l’OTAN que d’utiliser des armes nucléaires. Sans l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, la guerre sera sans fin ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]