Pour Manon Aubry, la division de la gauche a favorisé la percée de l’extrême droite en Allemagne
Selon Manon Aubry, les partis progressistes allemands ont une responsabilité dans la percée historique du parti d’extrême droite AfD lors des dernières élections régionales dans les Länder de Thuringe et de Saxe.
Selon Manon Aubry, coprésidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen, les partis progressistes allemands ont une responsabilité dans la percée historique du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) lors des dernières élections régionales dans les Länder de Thuringe et de Saxe.
L’eurodéputée de La France insoumise (LFI), proche de Jean-Luc Mélenchon, a accordé un entretien à Euractiv lundi 2 septembre, après les élections régionales qui se sont déroulées dans l’est de l’Allemagne dimanche 1er septembre.
Pour elle, la percée électorale de l’AfD est une conséquence de la politique menée au niveau national par le Parti social-démocrate (SPD, Socialistes et Démocrates européens) du chancelier allemand Olaf Scholz, qui aurait « trahi ses valeurs [et] ses ambitions ». Le mouvement est en coalition depuis 2021 avec les Verts et le Parti libéral-démocrate (FDP, Renew Europe).
Selon Manon Aubry, cette alliance a conduit à la défaite historique du SPD le week-end dernier. Le parti, fondé il y a 161 ans, n’a recueilli que 6,1 % des voix en Thuringe et 7,3% en Saxe. Les Verts et le FDP ont affiché des résultats encore plus décevants.
L’AfD (Europe des nations souveraines) talonne quant à elle l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU, Parti populaire européen) en Saxe, et a remporté une large victoire en Thuringe — la première d’un parti d’extrême droite à des élections régionales depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Chaque fois que la gauche trahit ses valeurs [et] ses ambitions, elle installe l’extrême droite [au pouvoir]. […] Et c’est le cas en Allemagne », réagit Manon Aubry, ajoutant que des exemples similaires peuvent être observés ailleurs en Europe, en Italie, en Suède et en Finlande.
En revanche, la victoire inattendue de la gauche française lors des législatives anticipées de juillet est, selon l’eurodéputée, la preuve que « chaque fois que la gauche est restée forte dans ses valeurs, forte dans ses ambitions, elle a vaincu l’extrême droite ».
« Pour moi, il est intéressant d’avoir un point de vue européen parce qu’il est possible d'[identifier] une tendance », analyse Manon Aubry, mentionnant le cas de l’Espagne, où les forces progressistes ont réussi à contrecarrer la montée de l’extrême droite. « La montée de l’extrême droite n’est pas inévitable. Il est possible de l’affronter et de la faire reculer. »
Le parti de gauche conservatrice BSW « cède » à l’extrême droite
Manon Aubry explique aussi regretter les positions de Sahra Wagenknecht sur l’immigration. Cette dernière est la fondatrice du parti politique éponyme, l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), née d’une scission de Die Linke, le principal parti de gauche allemand. Alors qu’elle n’a été officiellement créée qu’en janvier, la BSW a terminé troisième en Saxe et en Thuringe.
Ancienne communiste ayant grandi en Allemagne de l’Est, Sahra Wagenknecht a réussi à se faire une place sur la scène politique allemande, et particulièrement à gauche, en s’opposant fermement aux livraisons d’armes en direction de l’Ukraine et en faisant preuve d’une hostilité totale à l’égard de l’immigration.
« Je pense que [Sahra Wagenknecht] a raison de mettre l’accent sur les droits du travail et sur les travailleurs en général […] Mais je ne pense pas que le fait de renoncer à nos valeurs en ce qui concerne l’immigration soit réellement un moyen de faire face à l’extrême droite… Je pense que c’est une façon de lui céder », précise-t-elle.
La gauche, force de « résistance » face à l’extrême droite
Malgré les bonnes performances de la gauche française, Manon Aubry confie qu’elle a « très peur » des potentielles retombées politiques et économiques du virage à droite opéré par le Parlement européen après les élections européennes de juin.
Faisant écho à ses collègues de gauche, elle souligne que le principal objectif de son groupe pour la législature 2024-2029 est d’offrir une « résistance » à la coalescence des forces de droite au sein de l’hémicycle européen.
« Personne n’aurait pu imaginer que nous aurions non pas un, ni deux, mais trois groupes d’extrême droite », explique-t-elle, faisant référence aux Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et aux groupes nouvellement formés des Patriotes pour l’Europe et de l’Europe des nations souveraines (ENS) dirigés par l’AfD.
Selon Manon Aubry, « la montée et le poids de l’extrême droite » sont une situation « sans précédent ».
L’eurodéputée française exhorte les autres groupes progressistes, en particulier les Verts et les Socialistes et Démocrates européens — qui ont tous deux soutenu la réélection de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen (CDU) — à s’abstenir de collaborer avec les forces de droite pour faire passer des accords de libre-échange, imposer une politique d’austérité ou encore construire des « murs aux frontières de l’Union européenne ».
« La droite va de plus en plus collaborer avec l’extrême droite. Une question se pose donc aux socialistes et aux Verts : allez-vous collaborer avec eux ? Pour nous, la réponse est claire et c’est non », affirme-t-elle.
Manon Aubry, qui a précédemment décrit le premier mandat d’Ursula von der Leyen comme « catastrophique », prévient également qu’il y a une « forte possibilité » que le second mandat de l’Allemande à la tête de l’exécutif de l’UE soit encore pire pour les forces progressistes du continent.
« Ce n’est pas parce que la situation sera pire dans les cinq prochaines années que les cinq dernières années n’ont pas été une catastrophe », rappelle-t-elle. « Nous trouverons [très probablement] un nouveau mot, malheureusement, pour décrire les cinq années à venir. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]