Un eurodéputé allemand de la BSW fustige les efforts de l’UE pour stimuler la compétitivité

Les efforts de Bruxelles pour stimuler la compétitivité de l’UE par le biais d’une intégration plus profonde des marchés de capitaux et de réductions des dépenses publiques sont une recette pour un désastre économique, estime Fabio De Masi, eurodéputé de la BSW, un parti populiste allemand de gauche.

/ EURACTIV.com
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Fabio De Masi, ancien eurodéputé de Die Linke et eurodéputé principal pour le nouveau parti populiste allemand de gauche, l’Alliance Sahra Wagenknecht — Pour la raison et la justice (BSW). [Parlement européen]

Les efforts de Bruxelles pour stimuler la compétitivité de l’Union européenne (UE) par le biais d’une intégration plus profonde des marchés de capitaux et de réductions des dépenses publiques sont la recette d’un désastre économique, estime Fabio De Masi, eurodéputé de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), un parti populiste allemand de gauche non affilié à un groupe au Parlement européen.

Fabio De Masi, économiste de formation qui s’est fait connaître pour son enquête sur le rôle du chancelier allemand Olaf Scholz dans le scandale de fraude fiscale des « CumEx Files » en 2018, estime que la stratégie des décideurs politiques de l’UE consistant à s’appuyer sur le secteur privé plutôt que sur le secteur public pour répondre aux importants besoins d’investissement de l’Europe revient à prendre le problème « à l’envers ».

Selon lui, il faut au contraire augmenter fortement les dépenses publiques pour relancer la faible demande.

« Il faut qu’il y ait […] un sentiment économique pour investir », explique l’homme politique, qui s’était présenté comme Spitzenkandidat (candidat tête de liste) de la BSW — parti issu d’une scission du parti de gauche Die Linke — aux élections européennes de juin dernier.

« Si les entreprises privées se trouvent aujourd’hui dans une situation d’incertitude fondamentale, l’État doit leur donner l’impulsion nécessaire », soutient-il.

Fabio De Masi partage l’analyse du Premier ministre italien Mario Draghi selon laquelle l’UE doit investir 800 milliards d’euros supplémentaires par an pour éviter d’être distancée par la Chine et les États-Unis. Il conteste cependant l’évaluation de la Commission selon laquelle une Union des marchés de capitaux (UMC) pleinement intégrée fournirait la majorité des fonds nécessaires pour cela.

« C’est une fumisterie », confie-t-il, ajoutant que cette stratégie économique ne fonctionnerait pas.

« Nous assistons à un terrible déclin de nos performances industrielles et, pour nous affaiblir encore plus, nous nous lançons dans l’austérité, par exemple en augmentant les taxes sur le carbone, tout en réduisant les investissements publics grâce au frein à l’endettement [dans le cas de l’Allemagne] », poursuit-il, faisant référence à la limite de 0,35 % du PIB annuel inscrite dans la Constitution allemande pour les déficits structurels.

« C’est la recette d’un désastre économique », insiste l’économiste.

Prix du carbone et moteurs à combustion

Fabio De Masi se montre également critique à l’égard de la tarification du carbone, l’un des principaux outils utilisés par l’UE pour atteindre ses objectifs en matière de climat.

L’UE introduira un prix du carbone pour les carburants routiers et les combustibles de chauffage à partir de 2027 — via le système d’échanges de quotas d’émission 2 (SEQE 2). L’application d’un tel système pourrait entraîner une augmentation significative des prix de l’essence et du diesel.

« Je ne suis pas opposé à la protection de l’environnement, mais je doute de l’utilité des signaux de prix en l’absence d’infrastructures de mobilité suffisantes. […] Si je suis un travailleur posté à la campagne et qu’il n’y a pas de bus, je serai toujours obligé d’utiliser ma voiture pour me rendre au travail », explique-t-il.

« La clé est donc d’investir dans les infrastructures — il suffit de regarder l’état des services ferroviaires allemands. »

Fabio De Masi se montre aussi critique envers l’interdiction par l’UE des nouvelles voitures à moteur à combustion interne à partir de 2035. Pour lui, « l’impact sur le climat ne peut pas être mesuré uniquement au niveau du tuyau d’échappement ».

« Mon approche serait de dire aux constructeurs automobiles allemands “vous pouvez toujours produire des voitures à combustion, mais vous devez construire des véhicules plus petits et réduire l’empreinte des émissions” », précise-t-il, notant que l’empreinte de la production des voitures devait également être prise en compte.

Relations UE-Russie

Faisant écho à la promesse de campagne de la BSW de restaurer la « paix » en Ukraine et de normaliser les liens économiques avec Moscou, Fabio De Masi identifie la politique de l’UE à l’égard de la Russie comme une autre cause clé du malaise économique observé en Europe.

Selon lui, les séries de sanctions imposées par Bruxelles à l’encontre de Moscou — dont la quinzième a été approuvée par les États membres au début du mois — ont davantage nui à l’Europe qu’au Kremlin.

« Ce que nous avons concrètement fait, c’est nous couper de l’approvisionnement en énergie russe bon marché », résume l’économiste. « Cela a nui, par exemple, à l’économie allemande bien plus qu’à la capacité de Vladimir Poutine à mener une guerre. »

Fabio De Masi ne préconise pour autant pas que l’Europe revienne à sa politique antérieure d’achat d’importantes quantités de combustibles fossiles russes.

« Je ne dis pas qu’il faut ouvrir le robinet de gaz et que tout va bien », explique-t-il. « Bien sûr, nous devrions combiner cela avec des demandes de retour à la table des négociations [avec l’Ukraine]. »

Relations avec les États-Unis et la Chine

Fabio De Masi critique également vivement la politique de l’UE à l’égard de la Chine, y compris la décision de la Commission d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinois.

Il suggère que les fonctionnaires de l’UE devraient être plus conscients des « vulnérabilités » de l’Europe vis-à-vis de Pékin, en particulier de sa dépendance à l’égard du géant asiatique pour les matériaux essentiels à la transition écologique.

« Nous devons avoir de bonnes relations commerciales, puis nous devons analyser nos vulnérabilités », explique l’économiste. « Si nous avons besoin de certaines matières premières essentielles en provenance de Chine, il n’est pas très raisonnable de s’engager dans une guerre commerciale. »

Fabio De Masi dénonce aussi la proposition de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen et de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, selon lesquelles l’Europe devrait acheter davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis afin d’éviter les droits de douane promis par Donald Trump, récemment réélu à la présidence du pays, sur les marchandises européennes.

Pour le membre de la BSW, tenter d’apaiser Donald Trump de cette manière « n’est pas une stratégie qui nous fera gagner du respect ».

Selon Fabio De Masi, l’Europe devrait rechercher une « flexibilité stratégique » en diversifiant ses relations économiques et commerciales avec d’autres pays.

« Je suis tout à fait favorable à l’autonomie stratégique, mais je ne veux pas dépendre des États-Unis, ni de la Russie, ni de la Chine », conclut l’économiste.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]