16 jours d’activisme : à Bruxelles, les organisations se mobilisent contre les violences basées sur le genre

Ce jeudi 25 novembre, de nombreux bâtiments bruxellois arborent la couleur orange pour donner le coup d’envoi de la campagne internationale #OrangeTheWorld menée par ONU Femmes.

EURACTIV.com
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Pour Dagmar Schumacher, directrice de l’ONU Femmes à Bruxelles, les bâtiments revêtus d’orange « envoient un signal positif : oui, l'avenir sera radieux pour les femmes, d’où le choix de cette couleur ». [Photo de @EP_President sur Twitter]

Ce jeudi 25 novembre, de nombreux bâtiments bruxellois arborent la couleur orange pour donner le coup d’envoi de la campagne internationale #OrangeTheWorld menée par ONU Femmes. Cette campagne de 16 jours, qui débute avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, encourage les citoyens du monde entier à se mobiliser et à agir contre la violence sexiste.

Pour Dagmar Schumacher, directrice de l’ONU Femmes à Bruxelles, les bâtiments revêtus d’orange «  envoient un signal positif : oui, l’avenir sera radieux pour les femmes, d’où le choix de cette couleur  ».

Des études montrent qu’une femme sur trois subira des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, et ces chiffres ont été accentués par la pandémie de Covid-19.

Les experts l’appellent la « pandémie fantôme », mais, contrairement à la Covid-19, les violences sexistes ne peuvent être éliminées par une dose de vaccin.

«  C’est un comportement qui ne peut réellement être modifié que par tous ceux qui perpètrent ces violences à l’encontre des femmes  », a expliqué Mme Schumacher. «  C’est quelque chose qui pourrait prendre fin demain s’il y avait une réelle volonté d’y parvenir.  »

La campagne vise à mobiliser des organisations dans le monde entier pour défendre les victimes du sexisme et des violences sexistes.

Le Lobby européen des femmes (LEF), un réseau d’associations européennes de femmes basé à Bruxelles, a lancé un appel à la Commission européenne, demandant une «  directive horizontale audacieuse sur la lutte et la prévention contre les violences faites aux femmes et aux filles  ».

L’appel a été soutenu par plus de 60 législateurs européens et d’autres encore. Les dirigeants du LEF soulignent que la directive doit adopter les normes de la Convention d’Istanbul sur la violence basée sur le genre. Elle doit également aborder toutes les formes de violence envers les femmes et les filles, y compris la violence au travail et en ligne, et traiter de manière explicite l’exploitation sexuelle.

Le LEF enverra la liste des signataires à la Commission lors de la Journée des droits de l’Homme, le 10 décembre.

Des dirigeants politiques ont également soutenu les organisations, appelant à une «  action immédiate  » pour protéger les femmes et les filles. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est engagée à proposer une loi pour lutter contre les violences faites au femmes au début de l’année 2022.

Les origines du problème

«  Les violences faites aux femmes et aux filles sont une forme de discrimination envers les femmes  », a déclaré Claire Fourçans, directrice politique du LEF. «  Il y a un déséquilibre du pouvoir dans notre société patriarcale. Il y a de mauvaises personnes, et les hommes utilisent la violence comme un moyen de faire taire les femmes.  »

Elle a également expliqué que la violence sexiste a un impact sur les femmes avant même qu’elles ne la subissent ; il s’agit des menaces de violence.

Elle a ajouté que les femmes doivent se poser des questions telles que «  Est-ce que je vais me promener seule la nuit dans un quartier spécifique où j’ai peur d’être victime d’agressions et de violences  ? Est-ce que je vais m’exposer à un environnement de travail spécifique que je sais majoritairement dominé par les hommes  ?  ».

MeTooEP, une organisation qui appelle à la fin du harcèlement sexuel au Parlement européen et ailleurs, a envoyé une tribune aux députés européens concernant une résolution sur les conséquences du mouvement #MeToo et les mesures contre le harcèlement sexuel. La résolution sera soumise à un vote le mois prochain.

MeTooEP a indiqué que près de 300 législateurs ont manifesté leur soutien à la résolution.

Pourtant, selon les données de l’ONU Femmes, seulement 40 % des femmes qui subissent des violences les signalent ou demandent de l’aide. Cela s’explique par un manque de soutien institutionnel et par des normes sociétales culpabilisantes pour les victimes.

Des solutions concrètes

Pour Mme Schumacher, les violences faites aux femmes ne peuvent cesser sans qu’il y ait de changement à l’échelle mondiale.

«  La majorité des auteurs [de violences sexistes] sont des hommes, il faut donc réellement que la société change afin que les hommes sentent qu’ils doivent changer leur propre comportement et que nous nous attaquions aux stéréotypes sexistes  », a-t-elle expliqué.

Anouk Bonte, spécialiste du genre à Plan International Belgique, travaille à l’élimination de la violence sexiste dans les pays partenaires d’Afrique et d’Amérique latine.

Dans des pays comme le Niger, Plan International travaille avec les enseignants pour identifier les violences faites aux jeunes femmes.

«  Si les enseignants constatent qu’il y a eu beaucoup de décrochages scolaires, alors nous allons voir les familles pour leur en parler  », explique Mme Bonte.

Au Niger, les filles sont souvent victimes de mutilations génitales, de mariages précoces et forcés, d’abus sexuels et autres. Elles sont d’ailleurs souvent déscolarisées pour ces raisons.

«  Si une fille ne peut plus aller à l’école parce qu’elle a été forcée à se marier, cela a un impact non seulement sur son développement en tant que jeune femme, mais également sur ses compétences et ses capacités à devenir un jour une dirigeante ou bien à trouver un travail décent dans le futur  », a-t-elle expliqué.

«  Il ne s’agit pas simplement de dialoguer avec les parents, car c’est une tâche sans fin  », a déclaré Jorn Vennekens, attaché de presse de Plan International Belgique. «  Cela permet en réalité d’informer les personnes qui sont dans une position d’influence pour qu’elles [mettent fin aux violences sexistes] par elles-mêmes  », a-t-il ajouté.