À Bratislava, Emmanuel Macron courtise l’Europe de l’Est

S’exprimant lors de la conférence annuelle du groupe de réflexion GLOBSEC à Bratislava mercredi, Emmanuel Macron a courtisé l’Europe de l’Est tout en réitérant son appel en faveur d’une « défense européenne » commune.

Euractiv.com
GLOBSEC Security Forum in Bratislava
Le président français Emmanuel Macron prononçant un discours lors du forum GLOBSEC sur la sécurité à Bratislava, en Slovaquie, le 31 mai 2023. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

S’exprimant lors de la conférence annuelle du groupe de réflexion GLOBSEC à Bratislava mercredi (31 mai), le président français Emmanuel Macron a courtisé l’Europe de l’Est tout en réitérant son appel en faveur d’une « défense européenne » commune.

Le président a notamment averti que l’Union a été trop dépendante à l’égard de Washington en matière de défense et a plaidé en faveur d’un « pilier européen au sein de l’OTAN ». Cependant, il est resté ambigu sur les garanties de sécurité que l’Occident pouvait offrir à l’Ukraine.

La défense européenne et le pilier européen au sein de l’OTAN sont indispensables pour que l’Europe « soit légitime, qu’on le veuille ou non », a-t-il déclaré dans un discours qu’une source de l’Élysée a décrit comme une démarche visant à tendre la main à l’Europe centrale et orientale.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a forgé l’expression « autonomie stratégique européenne ».Pour les États membres de l’Union, achever cette autonomie stratégique signifierait s’émanciper des autres puissances mondiales en matière de prise de décision et gagner en autonomie.

Le président français a été vivement critiqué pour avoir déclaré que l’alliance militaire de l’OTAN était en état de « mort cérébrale », des propos qui ont suscité une levée de boucliers sur tout le continent, en particulier à l’est, où la menace de la Russie fait partie intégrante de la vie politique.

« J’avais en décembre 2019 une phrase sévère à l’égard de l’OTAN », a déclaré M. Macron dans son discours à la conférence GLOBSEC, mais « je pourrais dire aujourd’hui que Vladimir Poutine l’a réveillée avec le pire des électrochocs ».

Après avoir cherché à rassurer l’Europe centrale et orientale sur les menaces russes et l’engagement de Paris envers l’OTAN, M. Macron s’est ensuite concentré sur le rôle de l’UE dans le soutien à l’Ukraine.

Quelles garanties de sécurité ?

Ce discours intervient alors que les alliés occidentaux de l’Ukraine se préparent à un sommet crucial de l’OTAN à Vilnius à la mi-juillet. Lors de cette réunion, ils espèrent définir une feuille de route pour soutenir la volonté d’adhésion de l’Ukraine, promettre une assistance à long terme, réorganiser les plans de défense et de dissuasion ainsi qu’augmenter les dépenses.

À Bratislava, M. Macron a souligné que Paris serait « favorable » à ce que l’Ukraine reçoive des « garanties de sécurité tangibles et crédibles », sans entrer dans les détails de la nature de ces garanties.

« Si nous voulons une paix crédible, durable, si nous voulons peser face à la Russie, si nous voulons être crédibles vis-à-vis des Ukrainiens, nous devons donner à l’Ukraine les moyens d’empêcher toute nouvelle agression et nous devons inclure l’Ukraine dans un ensemble, une architecture de sécurité crédible, y compris pour nous-même », a-t-il ajouté.

Interrogé par un membre de l’auditoire sur la possibilité de soutenir l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, M. Macron a répondu qu’il fallait « construire quelque chose entre la sécurité fournie à Israël et une adhésion pleine et entière à l’OTAN ».

Auparavant, le président de la République a activement appelé à une nouvelle « architecture de sécurité européenne ». Cet appel a suscité des critiques de la part des pays belliqueux d’Europe centrale et orientale, qui ont soutenu que les temps de guerre n’étaient pas propices à la refonte de l’ordre mondial, ont insisté pour trouver d’abord un motif de paix dans le pays déchiré par la guerre et ont considéré ces propos comme une offre de paix au Kremlin.

À Bratislava, M. Macron n’a pas manqué de souligner l’engagement de la France en faveur de l’article 5 de l’OTAN, la clause relative à la défense mutuelle et à la « garantie de sécurité » interne de l’Alliance militaire, réservée aux membres.

Paris a envoyé environ 300 effectifs en Estonie et plus de 1 200 soldats en Roumanie dans le cadre du renforcement de la présence orientale avancée de l’OTAN pour dissuader toute agression de la Russie contre l’Alliance. La France participe également à des missions de police de l’air au-dessus des États baltes.

L’UE, la priorité

« Mais est-ce que [l’administration américaine] sera la même pour toujours ? Nul ne sait le dire et nous ne pouvons déléguer notre sécurité collective et notre stabilité au choix des électeurs américains dans les années qui viennent », a déclaré le président. « es mêmes Américains nous demandent depuis des années, quelles que soient les administrations, de mieux partager le fardeau, de nous occuper davantage de notre sécurité et de notre voisinage », a-t-il poursuivi.

Ce commentaire fait écho à sa récente interview sur la Chine, au cours de laquelle il a appelé à une politique européenne indépendante à l’égard de Taïwan, afin d’éviter d’être entraîné dans un conflit par les États-Unis, ce qui a de nouveau provoqué une vive réaction à l’égard de Paris.

En matière de défense, l’Europe « doit harmoniser les normes, développer une base industrielle et technologique européenne, diminuer les dépendances », a-t-il indiqué.

Durant son discours, il a déclaré qu’il fallait s’appuyer « sur l’interopérabilité de l’OTAN mais en allant au-delà, en sachant engager ensemble des forces d’action communes sur des théâtres d’opération nouveaux dans nos voisinages, mais également dans le cyber, dans l’espace, dans le maritime, etc. ».

« C’est à nous, Européens, [à] l’avenir, d’avoir notre propre capacité à nous défendre et à gérer nos voisinages, […] pas simplement notre flanc oriental », a-t-il insisté.

L’Union européenne est en train de mettre en place une force de 5 000 hommes pour intervenir en cas de crise dans le voisinage des États membres.

Paris accueillera également le 19 juin une conférence sur la défense aérienne réunissant tous les ministres européens de la Défense, a indiqué le président, à la suite de la proposition qu’il avait faite lors de la conférence de Munich sur la sécurité en février.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]