À Chamonix, le tourisme se réinvente face à la fonte des glaces

Perchée dans les Alpes françaises au pied du Mont-Blanc, la ville emblématique de Chamonix fait face au réchauffement climatique en encourageant les professionnels du tourisme à s’adapter aux conditions changeantes et à promouvoir la culture locale.

Euractiv.com
This article is part of our special report "La fonte des glaciers européens"
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La statue d'Horace Bénédict de Saussure et de Jacques Balmat, Chamonix Mont Blanc. M. de Saussure et son guide (pointant le doigt) furent les premiers à escalader le Mont-Blanc en 1887. [[nui7711 / Shutterstock]]

Perchée dans les Alpes françaises au pied du Mont-Blanc, la ville emblématique de Chamonix fait face au réchauffement climatique en encourageant les professionnels du tourisme à s’adapter aux conditions changeantes et à promouvoir la culture locale.

Chamonix est une ville pionnière en matière de culture montagnarde et alpine. Connue dans le monde entier pour ses glaciers et comme le berceau de l’alpinisme qui y est pratiqué depuis le XVIIIe siècle, c’est là que se sont déroulés les premiers Jeux olympiques d’hiver en 1924.

Aujourd’hui, comme toutes les stations de montagne, « Cham » doit faire face aux effets du changement climatique et à ses conséquences. Le glacier du Montenvers, qui fait partie des principales attractions de la région, fond à une vitesse sans précédent et les experts estiment que le domaine skiable ne sera disponible que pendant encore 30 ans au maximum.

Le changement climatique n’est pourtant pas une nouveauté pour les alpinistes.

« Lorsque j’ai commencé à travailler à la montagne, il y a plus de 25 ans, nous discutions déjà de ces questions, bien avant qu’elles ne deviennent des sujets médiatisés », explique Didier Tiberghien, codirecteur de la Compagnie des Guides de Chamonix, une institution renommée qui sert de référence aux professionnels de la haute montagne dans le monde entier.

« Aujourd’hui, il faut avancer avec méthode et réflexion, en anticipant l’imprévu et en s’adaptant progressivement », ajoute-t-il.

La préservation des montagnes et des glaciers est un enjeu crucial pour Chamonix. Tous les acteurs du tourisme, dont la plupart sont des locaux, s’engagent à concilier l’exploration de la montagne avec la préservation de son environnement.

Adaptation et diversification

D’importants travaux ont débuté sur le site du Montenvers, qui attire actuellement 350 000 visiteurs par an, mais qui doit être transformé à la lumière de l’évolution du paysage causée par le changement climatique.

L’objectif est de revitaliser le site emblématique du Montenvers-Mer de Glace dans un double but : assurer l’attractivité de ce point d’accès unique à la haute montagne tout en sensibilisant à sa vulnérabilité face au changement climatique.

La restauration du patrimoine architectural, notamment l’hôtel historique et le train rouge, ainsi que la construction d’un « glaciorium » et d’un téléphérique sont autant de projets que la ville veut développer.

Le projet vise à préserver et à valoriser la mémoire de ce site pionnier dans l’exploration des glaciers et l’accès à la haute montagne, tout en informant et en sensibilisant les visiteurs à l’impact du changement climatique sur le glacier de la Mer de Glace.

Outre le projet du Montenvers, Chamonix cherche également à diversifier son offre touristique pour en assurer la pérennité. En effet, les glaciers et la haute montagne deviennent de plus en plus risqués en raison de la fonte des glaces, ce qui incite les autorités locales à promouvoir d’autres activités liées au tourisme.

Certaines attractions existent depuis longtemps, comme la grotte de glace du Montenvers, qui est creusée chaque année et offre aux visiteurs la possibilité de découvrir le glacier de l’intérieur. Plus récemment, l’office du tourisme a mis l’accent sur le développement d’un circuit de musées dans la ville et la vallée, permettant aux touristes de découvrir la culture locale.

Creusée pour la première fois en 1946 par Georges Claret, la grotte de glace est aujourd’hui entretenue par son petit-fils, Benjamin Claret. Ici, l’équipe termine les préparatifs avant l’ouverture pour la saison estivale 2023.

La sensibilisation des visiteurs à la montagne est également une priorité pour Chamonix. Avec l’augmentation du nombre de touristes en été, beaucoup découvrent la région sans être informés des risques et de l’importance du respect de l’environnement.

La Compagnie des Guides, qui a développé une offre de cours pour débutants et confirmés, constate « un réel engouement pour la montagne avec beaucoup de demandes de premières expériences, surtout depuis la pandémie ».

Océane Vibert, directrice de l’association locale La Chamoniarde, fait le même constat. Dans leurs locaux, où ils accueillent gratuitement les randonneurs et les alpinistes avant leur départ, ils constatent également un nombre croissant de personnes qui n’ont souvent aucune connaissance de la montagne et donc aucune conscience des risques.

Dans le même temps, Chamonix veut éviter qu’un tourisme de masse débridé ne se développe.

Nicolas Durochat, directeur de l’office de tourisme de la ville, souligne l’importance de préserver la qualité de vie des habitants. « Si nous investissons dans le tourisme, c’est avant tout pour améliorer le bien-être de nos habitants », explique-t-il. La municipalité a donc décidé de limiter le développement immobilier pour préserver l’identité locale.

Les professionnels du tourisme de Chamonix ont également fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Il y a quelques années, lorsque l’accès à la buvette des Mottets depuis les pistes est devenu difficile à cause de la fonte des glaces, la propriétaire des lieux, Cathy Simond, a décidé de compléter ses revenus en installant quatre tentes en forme de bulles avec un toit transparent où les touristes peuvent passer la nuit en pleine montagne.

Elle a été immédiatement soutenue par la mairie dans son projet. Bien que la demande soit aujourd’hui suffisamment forte pour installer de nouvelles tentes, Cathy a choisi de conserver l’aspect familial de son établissement.

« Je veux que les gens puissent passer la soirée autour d’une table et avoir le temps de répondre à leurs questions sur la montagne et le glacier voisin », explique-t-elle.

Le bar Mottets a ouvert ses portes dans les années 1980. Depuis 2016, les visiteurs peuvent y passer la nuit en dormant dans des bulles, comme celle que l’on voit sur cette photo.

L’empreinte carbone du tourisme

Face au changement climatique, les acteurs locaux du tourisme prennent également de plus en plus conscience de leur impact carbone. La Compagnie des Guides de Chamonix est désormais habilitée à calculer son empreinte carbone et a mis en place un plan d’action pour réduire ses émissions, notamment en réduisant la zone d’activité des guides.

Nicolas Durochat, de l’office du tourisme, explique également que depuis neuf ans, la ville de Chamonix « a cessé de cibler la clientèle des destinations lointaines pour privilégier un tourisme plus local ».

Mais le développement touristique de la région n’est pas sans contradictions. La Compagnie du Mont-Blanc, qui exploite l’ensemble des remontées mécaniques de Chamonix, a besoin de rester ouverte toute l’année pour faire vivre ses salariés.

Et cela implique d’attirer des visiteurs d’Asie pendant la saison creuse du printemps et de l’automne, explique Antoine Burnet, directeur commercial de la Compagnie du Mont-Blanc. Interrogé sur l’impact carbone de cette activité, Antoine Burnet rétorque que les touristes asiatiques ne viennent pas en Europe uniquement pour Chamonix.

« Ils partent à la découverte de l’Europe, donc quand on regarde l’empreinte carbone, il faut prendre en compte tous les endroits visités par les clients. »

« Il faudrait savoir quelle est la part de Chamonix, où les clients ne restent souvent qu’un ou deux jours, par rapport à l’ensemble du voyage. Cette proportion est-elle plus ou moins importante que celle des locaux qui font plusieurs voyages dans l’année ? »

Si la promotion du tourisme et la préservation de l’environnement peuvent sembler un exercice d’équilibre complexe, Chamonix souhaite explorer des activités alternatives.

« Il faut y aller progressivement », explique Didier Tiberghien, codirecteur de la Compagnie des guides de Chamonix. « On n’atteint pas le sommet du Mont-Blanc en deux étapes », poursuit-il. « Nous devons nous préparer, anticiper, avoir des alternatives si ce que nous avons prévu ne fonctionne pas. Cela nécessite une planification minutieuse. »

L’hôtel historique et le train rouge du Montenvers revêtent une grande importance pour Chamonix. L’hôtel a ouvert ses portes en 1880 et l’emblématique train rouge a transporté ses premiers passagers au Montenvers en 1909.