A la veille du scrutin, Hollande joue l’apaisement avec Berlin
S’il est élu, le candidat socialiste ne déclenchera pas les hostilités avec l’Allemagne. Il a donné des gages de sérieux budgétaire à la chancellerie, susceptible de partager son approche de l’Europe à 27.
S’il est élu, le candidat socialiste ne déclenchera pas les hostilités avec l’Allemagne. Il a donné des gages de sérieux budgétaire à la chancellerie, susceptible de partager son approche de l’Europe à 27.
En cas de victoire le 6 mai, François Hollande sera-t-il le « père la croissance » de l’Europe ? Tout au long de sa campagne, le socialiste a tenté de fendre la chape d’austérité incarnée, selon lui, par le traité de stabilité budgétaire adopté par 25 gouvernements européens fin janvier.
Les mesures qu’il propose n’ont rien de révolutionnaire, elles se réduisent à un copier-coller de ce qui a été mis sur la table par la Commission européenne. Augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement, lancement d’emprunts obligataires pour les infrastructures, redéploiement des fonds structurels, ou encore taxe sur les transactions financières sont déjà discutés à l’échelle de l’Union. Seul le rôle assigné à la Banque centrale européenne, qu’il aimerait voir se soucier davantage de la croissance, serait susceptible de susciter une fin de non-recevoir de l’Allemagne.
Mais cette idée disparaît parfois du discours du socialiste. A Berlin début décembre, ou encore à Paris le 25 avril devant la presse étrangère, François Hollande n’a pas mentionné la BCE en résumant les points principaux du « mémorandum » pour la croissance qu’il souhaite soumettre à ses homologues européens, s’il est élu.
« Il ne s’agit pas de provoquer une crise »
Vendredi 4 mai, devant le European American Press Club, Pierre Moscovici a vaguement évoqué la nécessité d’un « dialogue avec la BCE », afin qu’elle puisse agir comme « prêteur en dernier ressort ». Avant de reprendre aussitôt une rhétorique apaisante sur l’amitié franco-allemande, « structurante » en Europe et « qui n’a que faire des alternances politiques ».
« Il ne s’agit pas de provoquer une crise européenne », a affirmé le directeur de campagne. La chancelière n’a pas voulu rencontrer François Hollande jusqu’à présent ? Il « n’en a jamais fait une affaire », évacue-t-il. S’il est élu, le socialiste compte se rendre à Berlin très rapidement pour rencontrer Angela Merkel. Ce sera l’occasion de faire connaissance et d’aborder la question de la croissance, a simplement dit Pierre Moscovici.
En réalité, le dialogue entre les équipes du PS et la chancellerie allemande est déjà bien entamé. L’absence de rencontre bilatérale entre le socialiste et Angela Merkel n’a pas empêché les diplomates de manœuvrer en coulisses.
Les conseillers de François Hollande se sont employés à « dissiper les préoccupations (allemandes) sur les orientations économiques et européennes d’un éventuel président Hollande », écrit le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, qui s’est procuré des compte-rendus rédigés à l’issue de rencontres entre les représentants du candidat et des diplomates allemands.
« Vérités très dures »
Drapé dans la vertu du pragmatisme social-démocrate, le député de Corrèze est conscient de ce qui l’attend « dès le début de sa mandature », poursuit le quotidien, rapportant les propos des diplomates. Il devra « annoncer des vérités très dures ».
Pierre Moscovici a, une fois de plus, rappelé les limites de la renégociation du traité voulue par M. Hollande : « Il ne s’agit pas de revenir sur la nécessaire responsabilité budgétaire ». Les termes de l’accord, qui plafonnent le déficit structurel des États à 0,5% du PIB, sont pourtant très contraignants…
Mais les moyens d’y parvenir doivent passer par un compromis habile entre coupes budgétaires et politique de relance. En se prononçant la semaine dernière en faveur d’un « pacte de croissance », propos qu’il a réitéré le 3 mai à Barcelone, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a creusé un peu plus le sillon du candidat socialiste.
L’emballage est le même, mais pas le contenu des mesures. La vision libérale du patron de la BCE ne fait pas les affaires du PS. « Tout le monde ne met pas la même chose dans le vocable croissance », a reconnu Pierre Moscovici, mais les « les banquiers centraux sont ceux qui ne parlent jamais au hasard. Chaque mot est pesé ».
« L’Europe se fait à 27 avec les institutions »
En clair, si Mario Draghi s’était contenté d’en appeler aux « réformes structurelles », François Hollande ne se serait pas entiché de ses propos. L’expression-clé de « pacte de croissance » permet tous les espoirs, aussi discutables soient-ils…
Fade ou ambitieux, le dénouement sur les mesures de croissance sera de toute manière le fruit d’un compromis bruxellois. « N’oublions jamais que l’Europe se fait à 27 et avec les institutions européennes », a insisté Pierre Moscovici. Une préoccupation rarement entendue dans la bouche de Nicolas Sarkozy…
Cette différence de style pourrait se matérialiser courant juin. S’il décroche son ticket pour l’Elysée, François Hollande pourrait, selon plusieurs sources, aller s’exprimer devant le Parlement européen. Le président de l’assemblée, l’Allemand Martin Schulz, serait prêt à construire un « axe fort » avec le socialiste.