À l'approche des élections allemandes, Paris espère une renaissance du couple franco-allemand

La probable victoire des chrétiens-démocrates de Friedrich Merz aux élections allemandes de dimanche apporte un vent d’espoir au sein de la classe politique française, avec la perspective de voir se raviver la flamme du couple franco-allemand, après trois années moroses sous le mandat d'Olaf Scholz.

EURACTIV.com
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La tête de liste de la CDU pour les élections fédérales allemandes, Friedrich Merz. [RONALD WITTEK/EPA-EFE]

PARIS — La probable victoire des chrétiens-démocrates de Friedrich Merz aux élections allemandes de dimanche apporte un vent d’espoir au sein de la classe politique française, avec la perspective de voir se raviver la flamme du couple franco-allemand, après trois années moroses sous le mandat d’Olaf Scholz.

Serait-ce le début d’une nouvelle relation passionnelle ? Ou juste un énième tandem bancal ?

Pour l’instant, Paris adopte une approche prudente. Les signaux forts envoyés par Friedrich Merz, laissant présager que Berlin assumera « davantage de leadership » en Europe, ont rappelé aux Français qu’il fallait contenir leurs ardeurs.

La question centrale est de savoir si le tandem franco-allemand — longtemps considéré comme le moteur de l’intégration européenne — peut être relancé après plusieurs années de relation instable entre Emmanuel Macron et le chancelier socialiste sortant Olaf Scholz (SPD).

Avec du recul, il est clair qu’Olaf Scholz, un dirigeant timide qui a obtenu la distinction peu enviable du taux de popularité le plus bas de l’hstoire allemande, ne pouvait pas s’entendre avec Emmanuel Macron. Pour commencer, le socialiste allemand n’a jamais été particulièrement intéressé par l’Europe — qui est au contraire la passion du président de la République.

« N’importe qui est meilleur que [Olaf] Scholz », a déclaré à Euractiv un ancien assistant de l’Élysée, qui percevait le chancelier allemand comme véritablement désintéressé par les négociations de l’Union européenne (UE). « Il n’y a pas eu une seule initiative conjointe en trois ans. »

Aujourd’hui, Paris mise sur Friedrich Merz, qui, selon beaucoup, fera un meilleur allié pour Emmanuel Macron. La tête de liste de la CDU a déjà siégé au Parlement européen et, comme son homologue français, a fait carrière dans le monde de la finance.

Tous deux « partagent la conviction que l’Europe a besoin de cette relation franco-allemande pour faire la différence », déclarait le ministre des Affaires européennes, Benjamin Haddad, dans une interview accordée en janvier.

Ils ne sont peut-être pas d’accord sur toutes les questions urgentes, mais le soutien manifeste de Friedrich Merz au programme d’autonomie stratégique d’Emmanuel Macron n’est pas passé inaperçu à l’Élysée. Les appels répétés du conservateur allemand à envoyer des missiles de croisière Taurus en Ukraine ne sont également pas tombés dans l’oreille d’un sourd.

« Je suis déterminé à mettre à profit les deux années restantes du mandat du président Emmanuel Macron pour réaliser avec lui la vision d’une Europe souveraine », a affirmé Friedrich Merz dans un discours prononcé en janvier.

Le chrétien-démocrate a promis que son premier voyage en tant que chancelier serait une visite éclair d’une journée à Varsovie et à Paris « pour convenir d’initiatives communes concrètes ».

Sur le papier, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont tout pour s’entendre. En plus d’être tous les deux millionnaires, ils partagent une proximité intellectuelle avec le défunt ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, le mentor francophile de Friedrich Merz, et souhaitent rompre avec la « politique habituelle ».

Le rapprochement entre les deux hommes est devenu évident lors de leur rencontre à l’Élysée fin 2023, un honneur généralement accordé aux chefs d’État en visite, et non aux responsables politiques de l’opposition.

Depuis, les contacts se sont multipliés entre les dirigeants du gouvernement et l’équipe de Friedrich Merz. Une délégation de la CDU s’est notamment rendue à Paris en décembre et s’est entretenue avec de hauts responsables.

L’amour fou ?

Cela ne signifie pas que tout se passera sans heurts. Malgré leur proximité sur la question européenne, les deux hommes sont en désaccord sur de nombreux points.

Friedrich Merz, un atlantiste convaincu, a eu des mots forts pour le discours du vice-président américain J.D. Vance sur la « menace de l’intérieur » lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier — mais il semble toujours compter sur le soutien de l’OTAN et des États-Unis pour toute garantie de sécurité future fournie à l’Ukraine dans le cadre d’un éventuel plan de paix.

Alors qu’Emmanuel Macron soutient l’envoi de troupes européennes de maintien de la paix en Ukraine — une position qu’il défend depuis un an maintenant —, son homologue allemand est resté bien plus vague.

« Friedrich Merz n’obtiendrait jamais la majorité au Bundestag [pour envoyer des troupes] de toute façon », a commenté Gesine Weber, chercheuse au German Marshall Fund.

Il en va de même pour la dette commune de l’UE, une proposition longuement débattue et à l’égard de laquelle Friedrich Merz reste « très sceptique », comme il l’a rappelé à The Economist dans une interview ce mois-ci.

Le conservateur a depuis laissé la porte entrouverte, ne serait-ce qu’un soupirail, en faisant valoir que toutes les options de financement de l’UE devraient être « laissées ouvertes ». Mais son parti est connu pour sa réticence à dépenser, qui posera presque certainement un problème à la France, au bord du gouffre budgétaire ces jours-ci.

Dans le cadre de la promotion de l’énergie nucléaire en Europe, Paris avait également espéré pouvoir compter sur Friedrich Merz comme un nouvel allié précieux à Berlin, mais ce dernier a fait marche arrière et pourrait également se retrouver bloqué par les options de coalition qui se présenteront après les élections.

Le conservateur allemand devrait en effet avoir besoin d’au moins un, voire deux, partenaires de coalition, et tout accord avec les Verts semble voué à anéantir les espoirs d’une relance du nucléaire en Allemagne.

En ce qui concerne le commerce, Emmanuel Macron et Friedrich Merz partagent des opinions diamétralement opposées sur le projet d’accord de l’UE avec le bloc sud-américain, le Mercosur. La France a montré qu’elle était prête à se battre âprement à Bruxelles pour bloquer l’accord ; alors qu’une Allemagne dirigée par Friedrich Merz, qui soutient l’accord, n’en fera probablement rien.

Selon Gesine Weber, la relation entre les deux responsables politiques ne devrait pas évoquer la « bromance Macron-Sunak », en référence à l’ancien Premier ministre britannique Rishi Sunak, qui a déjà paradé dans les rues de Paris en tant que meilleur ami d’Emmanuel Macron.

Néanmoins, le leadership de Friedrich Merz pourrait insuffler un vent de changement nécessaire au couple franco-allemand, ne serait-ce que parce que la dynamique du pouvoir sera claire. Emmanuel Macron, bien que plus jeune que Friedrich Merz, est un responsable politique affaibli, au crépuscule de sa présidence. Friedrich Merz, le dirigeant de la première puissance politique et économique d’Europe, devrait ressortir vainqueur de ces élections.

La seule vraie question est de savoir ce qu’il fera de cette victoire.

(AM/SN)