A mi-parcours de la présidence hongroise, M. Orbán dénonce les « absurdités » de l'UE

Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a présenté à Bruxelles hier (14 avril) les réalisations de son pays à la moitié de sa présidence de l'UE. Anticipant des questions difficiles quant à la politique intérieure de la Hongrie, M. Orbán s'est insurgé contre certaines des « absurdités » de l'Europe.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a présenté à Bruxelles hier (14 avril) les réalisations de son pays à la moitié de sa présidence de l'UE. Anticipant des questions difficiles quant à la politique intérieure de la Hongrie, M. Orbán s'est insurgé contre certaines des « absurdités » de l'Europe.

Utilisant le jargon du sport, M. Orbán, ancien footballeur professionnel, a déclaré que la présidence hongroise avait fait une « première mi-temps » fructueuse.

Il a toutefois ajouté que tous les « goals » avaient été marqués dans « les cinq premières minutes » de la deuxième mi-temps, faisant référence aux premiers jours d'avril.

Il a qualifié de succès la dernière réunion des ministres compétents en matière de justice et d'affaires intérieures  qui a abordé les défis posés par l'immigration suite aux révolutions arabes.

En réalité, la France et l'Italie étaient clairement en désaccord lors de cette réunion, et la plupart des pays de l'UE ont refusé le recours à un mécanisme de « protection temporaire » qui aurait permis de répartir le poids de l'immigration de manière plus équitable entre les Etats membres.

M. Orbán a également qualifié de succès la Stratégie pour la région Danube, adoptée la veille par les ministres des affaires étrangères à Luxembourg, ainsi qu'une récente résolution du Parlement européen sur la « stratégie de l'UE pour l'intégration des Roms » ainsi qu'une proposition de la Commission européenne pour un « Cadre de l'UE pour les stratégies nationales d'intégration des Roms ».

A contre-courant sur l'élargissement

M. Orbán s'est néanmoins dit déçu de ce qu'il a appelé un retard dans les discussions d'adhésion de la Croatie.

« Nous allons à contre-courant. Il n'y a jamais eu autant de réticence à élargir l'UE, mais nous voulons l'élargir », a-t-il déclaré avec l'aide d'un traducteur.

« Je ne peux pas dramatiser la situation car elle est déjà dramatique », a-t-il ajouté.

M. Orbán a déclaré que depuis la première fois où il était venu à Bruxelles en 1996, le soutien pour l'élargissement n'avait jamais été aussi faible qu'aujourd'hui. « Il y a des doutes, des réserves, des craintes, des incertitudes : ce sont les mots attachés à l'élargissement », a-t-il expliqué.

Il a affirmé que les dirigeants des Etats membres de l'UE ne répondaient pas à une simple question : l'élargissement de l'UE est-il dans l'intérêt de l'Union ? « Il y a du retard sur le dossier de la Croatie, nous faisons d'énormes efforts, mais nous nous heurtons à un mur », a-t-il dit.

Interrogé sur la candidature de la Macédoine, M. Orbán s'est pour une fois exprimé en anglais, affirmant que c'était « la question la plus difficile ». « Si je devais caractériser la situation, je dirais qu'il s'agit de l'incarnation de l'absurdité », a-t-il déclaré avec force.

M. Orbán s'est dit fatigué de devoir se rappeler, en tant que chef du pays présidant l'UE, d'appeler ce pays « FYROM ». La Hongrie reconnaît la Macédoine sous son nom constitutionnel, mais à cause de la position de la Grèce qui refuse de reconnaître son petit voisin sous ce nom, les institutions de l'UE y font référence sous le nom d'ancienne République yougoslave de Macédoine.

« C'est une absurdité. Une absurdité inimaginable en Europe », a répété M. Orbán.

Pas de soutien politique pour l'adhésion à Schengen de la Roumanie et de la Bulgarie

M. Orbán a également déploré les retards accumulés s'agissant de l'adhésion des nouveaux membres à l'espace de libre circulation Schengen.

La Roumanie et la Bulgarie devaient rejoindre l'espace Schengen au printemps, mais leur adhésion a été repoussée, principalement à cause de l'opposition de la France et de l'Allemagne. Paris, en particulier, insiste pour que Sofia et Bucarest améliorent leur système judiciaire ainsi que l'état de droit, même si ces deux critères ne sont pas ceux de l'adhésion à l'espace Schengen.

« Au moins, nous avons un document qui montre que ces deux pays sont suffisamment préparés pour rejoindre l'espace Schengen, mais malgré cela, il n'y a aucun soutien politique », a déploré M. Orbán.

« Il s'agit de pays forts qui se mettent en travers du chemin, font un mur, pour faire référence au football. C'est très difficile. Tout ce qu'on peut faire, c'est garder les discussions ouvertes », a-t-il déclaré.

La nouvelle constitution sera adoptée cette semaine

EURACTIV a également utilisé le jargon footballistique pour demander à M. Orbán si le vote sur la nouvelle constitution du pays, prévu au parlement cette semaine, ne serait pas « un match joué dans un stade vide sans adversaires ».

Le premier ministre a répondu qu'il était très fier que le vote final sur la nouvelle constitution ait lieu au parlement « cette semaine ».

« Si d'autres équipes ne se montrent pas, peut-être qu'elles ne veulent pas jouer le match. C'est pour ça qu'aucun de leur supporters ne se montrent », a-t-il ajouté.

La nouvelle constitution hongroise est très controversée dans les pays voisins dans la mesure où elle défend les droits des Hongrois qui vivent en dehors du pays.

Il y a quelques jours, la Slovaquie a publié une déclaration officielle prévenant que Bratislava rejetterait « toute tentative d'interférer avec sa souveraineté, y compris la mise en application de droits collectifs de personnes identifiées comme des minorités ethniques »

Le leader socialiste de l'opposition en Hongrie, Attila Mesterhazy, a qualifié la nouvelle constitution de « constitution du parti Fidesz », faisant référence au nom du parti de M. Orbán qui est affilié au Parti populaire européen.

M. Orbán a déclaré que la nouvelle constitution était « un bon document » et a rejeté les opinions selon lesquelles son pays pourrait avoir évité la controverse en présentant ce texte après avoir pris la barre de l'UE.