Le Parlement s’ouvre à l’idée d’une grande coalition
Également dans l'édition de jeudi : Grims, Alemanno versus Rahman, Serbie
Bonjour. Me voici de retour après avoir parcouru le Chemin de Saint-Cuthbert en Écosse et joué les ermites du VIIe siècle.
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 9 juillet. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Début des négociations de coalition au Parlement
🟢 La France fait pression pour étendre ses règles « made in Europe »
🟢 Le PPE en passe de remporter la bataille sur le chat control
Sur le rond-point : querelle entre deux commentateurs européens, et la nouvelle conseillère de von der Leyen
L’Europe, vue de Bruxelles
Alors que les députés européens ferment aujourd’hui leurs bureaux strasbourgeois pour l’été, une proposition susceptible de redessiner le Parlement prend de l’ampleur.
L’idée qui fait son chemin consiste à ce que le PPE, le S&D et Renew concluent un accord de coalition significatif lors de la mi-mandat de janvier, s’engageant à former des majorités centristes sur des domaines politiques précis, tels que la relance du marché unique et l’adoption du prochain budget à long terme de l’UE. À eux trois, ces groupes disposent d’une faible majorité, représentant 55 % de l’hémicycle.
Trois responsables du Parlement m’ont confié que tant les socialistes que Renew font pression en ce sens, bien que les discussions officielles n’aient pas encore commencé. Selon cette proposition, les socialistes et Renew obligeraient le PPE à cesser de collaborer avec les groupes situés à sa droite, tandis que le PPE garantirait en contrepartie un troisième mandat sans précédent à Roberta Metsola à la présidence du Parlement.
Quelques réserves toutefois : le PPE insiste pour que les élections de mi-mandat ne soient pas abordées avant l’automne. Officiellement, le S&D envisage toujours de présenter un candidat contre Metsola, tous les regards se tournant vers la social-démocrate allemande Katarina Barley.
Mais celle-ci semble hésiter.
Un responsable du Parlement m’a confié que les socialistes auront besoin d’un mécanisme leur permettant de garder la face si – ou, plus probablement, quand – cette candidature échouera. Un accord de coalition liant plus étroitement le PPE au centre politique pourrait justifier qu’ils renoncent à prétendre à un poste de premier plan qu’ils considèrent comme leur revenant de droit. S’ils présentent effectivement un candidat, négocier en parallèle un accord de coalition ne ferait que leur donner plus de poids.
Un tel arrangement pourrait également modifier la manière dont Metsola dirige le Parlement, la faisant passer d’une figure de proue institutionnelle à un rôle plus proche de celui d’une cheffe de file de la majorité.
Mais une déclaration signée par Iratxe García, Valérie Hayer et Manfred Weber empêcherait-elle vraiment le PPE de collaborer avec le CRE, les Patriotes ou même l’ENS ? Cela semble peu probable.
L’idée d’un accord de coalition contraignant n’est pas nouvelle. Le social-démocrate allemand René Repasi en a fait la promotion après les élections de 2024, arguant que le Parlement devrait s’inspirer du Bundestag, où les partis concluent des accords régissant leur coopération à long terme.
Le bout de papier signé par les trois groupes au début de cette législature, connu sous le nom de « plateforme », s’est avéré n’être qu’… un simple bout de papier.
La course de mi-mandat s’intensifie
La course pour devenir le troisième groupe politique du Parlement européen bat son plein, le CRE ayant accueilli cette semaine deux députés bulgares. Le CRE compte désormais 84 députés européens, tandis que les Patriotes en comptent 85. Cet écart aura son importance lors de la répartition des postes clés du Parlement l’année prochaine. Lisez l’article complet.
Le PPE en passe de remporter la bataille sur le chat control
Le Parlement s’apprête une nouvelle fois à voter sur des règles controversées autorisant les entreprises technologiques à analyser les messages privés à la recherche de contenus pédopornographiques, une législation surnommée « chat control » par les défenseurs de la vie privée.
Le PPE (centre-droit), principal soutien de la proposition, pourrait remporter une victoire aujourd’hui après avoir intensifié la pression politique, rapporte ma collègue Claudie Moreau. La loi a expiré en avril, mais le vote d’aujourd’hui à Strasbourg pourrait la reconduire pour deux ans supplémentaires, tandis que les négociations se poursuivent en vue d’une solution permanente. Lisez l’article complet.
Erdoğan adresse un message sans détour aux alliés de l’OTAN
Le président Recep Tayyip Erdoğan a profité du sommet de l’OTAN qu’il a accueilli cette semaine à Ankara pour bombarder ses alliés occidentaux d’exigences visant à ce qu’ils cessent de mettre la Turquie à l’écart, tout en échappant à toute critique concernant son bilan en matière de droits de l’homme et de démocratie. Pietro Guastamacchia vous donne tous les détails. Erdoğan a également offert aux dirigeants mondiaux, en guise de cadeau d’adieu, des pistolets gravés, accompagnés de véritables munitions.
Des dirigeants, dont Mark Rutte, ont affiché leur unité à l’issue du sommet, contredisant les prévisions selon lesquelles la présence de Donald Trump aurait rendu la réunion tumultueuse. Trump a également donné son feu vert à l’Ukraine pour lancer la production nationale des missiles Patriot de fabrication américaine. Lisez le résumé d’Alice Tidey et de notre équipe de défense ici.
Grims exclu du PPE
Au total, 131 députés du PPE ont voté hier soir à bulletin secret pour exclure le député slovène Branko Grims du groupe. Quelques minutes avant le vote, Grims a prononcé ce qu’un observateur a qualifié de discours passionné, se présentant comme un conservateur et un démocrate-chrétien exemplaire.
Cela n’a pas suffi. Pas plus que l’appel de dernière minute du Premier ministre slovène Janez Janša, qui se trouvait à Ankara, exhortant ses collègues à ne pas l’exclure. Grims n’est pas parti sans faire de bruit, ayant organisé un événement sur l’immigration à Strasbourg avec le CRE et les Patriotes. Il a même réussi à apposer le logo du PPE sur l’affiche de l’événement.
Une partie de sa réplique au groupe consistait à rappeler qu’il avait reçu le soutien de… Elon Musk. Grims va désormais rejoindre les députés non inscrits du Parlement et se trouve face à un choix difficile : rester au sein du SDS, qui est fermement lié au PPE, ou démissionner et rejoindre un autre groupe politique.
Acheter européen ? Paris en veut plus
La France souhaite donner à la Commission les pouvoirs nécessaires pour étendre les règles proposées en matière de « made in Europe », prévues par la loi sur l’accélérateur industriel, à d’autres secteurs, notamment la construction navale, le ferroviaire et certains segments de l’industrie pharmaceutique, selon des propositions d’amendements consultées par mon collègue Stefano Porciello.
Paris souhaite également renforcer les exigences en matière de contenu local pour des produits tels que l’acier, le lithium et les aimants permanents, tout en exigeant de ses partenaires commerciaux qu’ils déposent une demande individuelle pour accéder aux marchés publics et aux programmes de subventions de l’UE. Lisez l’article complet.
Opinion : les marchés se trompent peut-être sur Le Pen
Marine Le Pen étant désormais autorisée à se présenter à la présidence française, les marchés sous-estiment peut-être les risques budgétaires et politiques d’une victoire du Rassemblement national, affirme Simon Nixon, chroniqueur chez Euractiv.
Les investisseurs sont restés sereins jusqu’à présent, mais les finances publiques françaises sous pression, les projets de dépenses de Marine Le Pen et les limites des outils de gestion de crise de la zone euro pourraient encore mettre Bruxelles, Paris et les marchés obligataires sur une trajectoire de collision. Lisez la dernière tribune de Nixon.
Revers pour Marta Kos alors que la Serbie marque le pas
On parle d’« intégration graduelle », mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille faire du surplace. La tentative de la Serbie d’approfondir ses liens avec le marché unique de l’UE s’est heurtée à un mur mercredi, lorsque huit pays de l’Union ont refusé d’ouvrir la prochaine phase des négociations d’adhésion.
C’est un revers pour la commissaire à l’élargissement, Marta Kos, qui a tenté de donner un nouvel élan au processus.
L’Autriche fait partie des pays frustrés par cette impasse. « La Commission a clairement et à plusieurs reprises déclaré que les conditions d’ouverture du volet 3 ont été remplies. La Serbie s’est engagée et a tenu ses promesses dans ce domaine », a déclaré Claudia Bauer, ministre autrichienne des Affaires européennes. « Il est clair que le programme de réformes doit être poursuivi de manière cohérente. Mais ignorer les progrès accomplis sape la crédibilité de l’Europe. Nous avons besoin de faits, pas de sentiments. »
Bruno Waterfield vous propose l’article complet ici.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’OTAN a un plan pour le retrait américain
- Kiev annonce à Athènes que les attaques contre les navires russes se poursuivront
- Un ministre belge souhaite que l’Europe prenne l’initiative en matière de contrôle des PFAS
Rond-point Schuman
LA GUERRE DES CITATIONS : Deux des grands noms – et des grandes gueules – du monde des commentateurs de l’UE s’affrontent en duel. Mujtaba « Mij » Rahman s’en est pris cette semaine à Alberto Alemanno sur X au sujet de sa réaction à l’annonce de la candidature de Marine Le Pen à la présidence française. « Comme on s’y attendait », a déclaré Alemanno, ajoutant que c’est une excellente nouvelle pour les adversaires de Le Pen.
Rahman, qui travaille pour Eurasia Group et dont on retrouve souvent les articles dans les pages du FT, a fait valoir que le responsable italien chargé de l’éthique au sein de l’UE a tort sur les deux points. « Votre ton, typiquement agressif et condescendant, est insupportable, et souvent erroné », a rétorqué Alemanno. Rahman a eu le dernier mot : « Vos analyses sont toujours déplorables » a-t-il répondu. Allez, les gars. Ne pouvons-nous pas simplement convenir que vous avez tous les deux toujours tort ?
NOUVELLE CONSEILLÈRE DE VDL : Alexandra Cupsan-Catalin est sur le point de devenir la nouvelle responsable des questions migratoires auprès d’Ursula von der Leyen, reprenant une partie du portefeuille précédemment géré par Charmaine Hili, qui s’est récemment installée à New York pour rejoindre l’équipe de l’ancien Premier ministre belge Alexander De Croo au PNUD.
Suite au départ de Charmaine Hili, certaines parties de ce portefeuille ont été temporairement reprises par le nouveau fonctionnaire français auprès de l’UE, Julien Mousnier. Alexandra Cupsan-Catalin travaillait auparavant au sein du cabinet de Henna Virkkunen, la commissaire chargée des technologies.
Les capitales
MADRID 🇪🇸
Donald Trump a qualifié mercredi l’Espagne d’« horrible allié » après le refus de Pedro Sánchez d’autoriser l’utilisation des bases gérées conjointement par les États-Unis et l’Espagne pour mener des frappes contre l’Iran. S’exprimant lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Trump a également critiqué les dépenses de défense de Madrid et a de nouveau menacé les échanges commerciaux bilatéraux. Le bureau de Sánchez a déclaré qu’il répondrait « sereinement », affirmant que les relations avec Washington restent mutuellement bénéfiques tant sur le plan commercial que sur celui de la défense.
– Inés Fernández-Pontes
BERLIN 🇩🇪
La ministre de la Justice, Stefanie Hubig, a déclaré qu’elle « examinerait de près » la refonte prévue par le gouvernement de la loi sur la liberté d’information, prenant ainsi ses distances par rapport aux restrictions proposées. Dans une interview accordée à la chaîne publique ARD, Hubig a souligné l’importance de la transparence gouvernementale. Les projets de la coalition prévoient notamment d’interdire aux ONG de demander des informations officielles et d’élargir les motifs de sécurité nationale sur la base desquels les autorités peuvent refuser la divulgation.
– Björn Stritzel
PARIS 🇫🇷
Les membres du Parti socialiste doivent se prononcer jeudi sur le mode de sélection de leur candidat à l’élection présidentielle de 2027, les dirigeants du parti n’étant pas parvenus à s’entendre sur les modalités de sélection. Les membres devront choisir entre une primaire ouverte à toute la gauche, hors La France Insoumise, ou un scrutin plus restreint au sein du pôle socialiste. Le résultat devrait déterminer la stratégie du parti concernant la reconstruction de l’unité de la gauche.
– Clara Vassent
VILNIUS 🇱🇹
La Lituanie développe un logiciel basé sur l’IA visant à intégrer des radars, des capteurs acoustiques, des caméras et d’autres systèmes de défense au sein d’une plateforme unique afin d’améliorer la détection des drones en approche, a déclaré le ministre de la Défense Robertas Kaunas à Euractiv. Il a indiqué que plusieurs entreprises lituaniennes travaillent déjà à la mise au point de cette technologie, qui pourrait à terme être déployée dans toute l’Europe, alors que les États baltes sont confrontés à une recrudescence des incursions aériennes. Lisez l’article complet.
– Charles Cohen
SOFIA 🇧🇬
La Bulgarie a signé mercredi, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, un accord portant sur l’acquisition de sept dragueurs de mines belges et néerlandais et, aux côtés de la Roumanie et de la Turquie, a élargi le groupe opérationnel de lutte contre les mines de la mer Noire afin de protéger les infrastructures sous-marines critiques. Le Premier ministre Roumen Radev a déclaré que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont démontré la nécessité de renforcer les capacités de la Bulgarie et de consolider l’unité des alliés.
– Konstantin Karadjov
LJUBLJANA 🇸🇮
Selon les estimations de l’OTAN, la Slovénie devrait être le seul membre de l’Alliance à rester cette année en deçà de l’ancien objectif de 2 % de dépenses de défense fixé par l’Alliance. Le Premier ministre Janez Janša a déclaré que le pays a dû « baisser un peu la tête » lors du sommet d’Ankara, imputant cette situation à des contraintes budgétaires non résolues, tout en insistant sur le fait que la Slovénie « doit tenir parole » concernant ses engagements envers l’OTAN.
– Bronwyn Jones
Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara
Contributrices.teurs : Claudie Moreau, Anupriya Datta, Stefano Porciello, Elisa Braun, Alice Tidey, Pietro Guastamacchia, Kjeld Neubert, Charles Cohen
Traductrice : Clara Vassent