À Strasbourg, confrontation entre Ursula von der Leyen et Viktor Orbán

Viktor Orbán présentait le programme de la présidence hongroise du Conseil de l’UE lors de la plénière du Parlement européen à Strasbourg mercredi 9 octobre, mais l’évènement a tourné à la confrontation avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

EURACTIV.com
European Parliament session in Strasbourg
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban (C) regarde la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen (G) s'exprimer lors d'une session plénière pour la présentation du programme d'activités de la présidence hongroise au Parlement européen à Strasbourg, France, le 9 octobre 2024. [EPA-EFE/Christophe Petit Tesson]

Viktor Orbán présentait le programme de la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne (UE) lors de la plénière du Parlement européen à Strasbourg, mercredi 9 octobre, mais l’évènement a tourné à la confrontation avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Après un premier report, le Premier ministre hongrois a finalement présenté les priorités de la présidence hongroise du Conseil à la plénière du Parlement européen ce mercredi matin. Toutefois, l’atmosphère s’est rapidement détériorée dans l’hémicycle.

Pendant une grande partie de son discours, Viktor Orbán a repris les priorités qu’il avait déjà présentées la veille lors d’une conférence de presse. Ce qui avait commencé comme un plaidoyer pour des solutions en faveur de contrôles plus stricts de l’immigration et de l’amélioration de la compétitivité de l’Europe a ensuite rapidement tourné court.

Le dossier migratoire

Prenant la parole après lui, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a critiqué les propos du dirigeant hongrois concernant la protection de l’Europe contre l’immigration clandestine. Elle a directement remis en question l’approche de Budapest en matière de « protection de ses frontières ».

« Vous avez déclaré que la Hongrie “protégeait ses frontières” et qu’en Hongrie, “on enfermait les criminels” ». Pourtant, « l’an dernier, les autorités de votre pays ont libéré de prison des passeurs et des trafiquants avant qu’ils n’aient terminé de purger leur peine », a rappelé la présidente de la Commission.

« Ceci n’est pas protéger notre Union, c’est se défausser d’un problème sur son voisin », a-t-elle ajouté.

Aide à l’Ukraine et proximité avec le Kremlin

Ursula von der Leyen a également fortement insisté sur l’importance du soutien financier et militaire de l’Europe à l’Ukraine.

Elle s’est ainsi directement opposée à l’appel au cessez-le-feu lancé par le Premier ministre hongrois et à sa déclaration controversée selon laquelle « l’Ukraine ne peut pas gagner sur le champ de bataille ».

« Certains rejettent encore la responsabilité de cette guerre non pas sur l’envahisseur, mais sur le peuple envahi », a insisté l’Allemande. « Est-ce qu’ils reprocheraient aux Hongrois l’invasion soviétique de 1956 ? Reprocheraient-ils aux Tchèques et aux Slovaques la répression soviétique de 1968 ? Reprocheraient-ils aux Lituaniens la répression soviétique de 1991 ? »

Viktor Orbán a rejeté cette comparaison historique, la qualifiant d’« erreur totale ».

Il a ensuite appelé à un changement de stratégie au niveau de l’UE. « L’Union européenne dispose d’une stratégie erronée », a-t-il déclaré, ajoutant que si cette approche n’était pas modifiée, « nous serons tous perdants ».

La cheffe de l’exécutif européen a également critiqué la proximité entre Budapest et Moscou, notamment en matière de dépendance énergétique.

« Au lieu de diversifier ses sources d’énergie comme convenu à Versailles, la Hongrie a cherché d’autres moyens d’acheter des combustibles fossiles à la Russie », a déploré Ursula von der Leyen.

« En 2023, vous, les pays occidentaux, avez acheté 44 % de plus de pétrole brut à la Russie qu’avant. Les recettes fiscales de ces entreprises sont allées dans les caisses russes. Et ensuite, vous nous accusez d’amitié avec la Russie », s’est défendu le Premier ministre hongrois.

Outre l’immigration et la question ukrainienne, la présidente de la Commission a aussi attaqué la gestion économique du gouvernement Orbán et le régime de visas accordé aux Russes par le pays — un régime qui permettrait à des derniers d’entrer facilement dans l’Union européenne.

La Commission doit rester neutre

De manière plus générale, Viktor Orbán a critiqué les remarques d’Ursula von der Leyen, lui rappelant le véritable objectif de sa venue à Strasbourg.

« Je suis venu ici pour présenter le programme de la présidence hongroise […], mais vous avez décidé d’en faire un affrontement entre partis politiques », a réagi le Premier ministre.

Rejetant fermement ses déclarations, le dirigeant nationaliste a affirmé que la Commission devait agir en tant que gardienne des traités et maintenir sa neutralité.

Il a également déclaré qu’il n’était « pas juste » de se concentrer sur les différences entre la Hongrie et la Commission alors que son objectif était de discuter des priorités du Conseil, ajoutant que cela ne se serait pas produit dans le passé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]