Accord de financement de 35 millions d'euros : le Finlandais Orpo sous le feu des critiques

En Finlande, le simple fait de donner l'impression d'un manquement aux règles fait l'objet d'une surveillance très étroite

EURACTIV.com
Petteri Orpo à Bruxelles en mars 2026 [Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images]

HELSINKI – Le Premier ministre finlandais Petteri Orpo subit une pression croissante de la part de ses adversaires politiques et des médias, qui lui demandent de se présenter devant le Parlement, convoqué en session extraordinaire, afin de répondre aux questions concernant son rôle dans un accord de financement public controversé.

Cette polémique a dominé l’actualité politique finlandaise cet été, Orpo étant resté largement à l’écart de l’attention publique pendant ses vacances.

Ses adversaires politiques y voient une opportunité à moins d’un an des élections législatives, tandis qu’un nouveau sondage révèle que le public considère Orpo comme le Premier ministre finlandais le moins performant de l’histoire récente.

Entrée dans l’arène

La controverse porte sur une aide d’État conditionnelle de 35 millions d’euros promise au projet « Helsinki Garden », un projet mûri de longue date visant à intégrer de force une nouvelle arène destinée aux sports et aux concerts dans le centre-ville, à proximité du stade olympique existant.

Le projet est dirigé par Jan Vapaavuori, ancien maire d’Helsinki, ministre de l’Économie et vice-président de la Banque européenne d’investissement. Il est également membre du Parti de la coalition nationale (centre-droit) d’Orpo.

Au départ, Helsinki Garden avait sollicité une garantie de prêt de l’État de 110 millions d’euros auprès du ministère des Finances, mais les médias finlandais ont obtenu des documents internes montrant que les responsables du ministère considéraient le projet comme un investissement risqué, invoquant d’éventuels dépassements de coûts et de délais ainsi que l’existence de projets de salles similaires à proximité.

Toutefois, selon certaines informations, Vapaavuori aurait continué à faire pression sur de hauts fonctionnaires et des responsables politiques, dont Orpo, avant que le dispositif de soutien de 35 millions d’euros ne soit approuvé. Vapaavuori a également omis d’enregistrer ses contacts avec les ministres et les fonctionnaires dans le registre de transparence du lobbying, bien qu’il ait depuis déclaré qu’il compte le mettre à jour.

Le Premier ministre a nié que des liens partisans ou personnels aient joué un rôle quelconque dans l’obtention de cet engagement de 35 millions d’euros. Mais en Finlande, qui occupe la deuxième place de l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International, le simple soupçon d’irrégularité suscite une attention particulière.

L’opposition exige des explications

Niina Malm, vice-présidente des sociaux-démocrates de l’opposition, a déclaré qu’Orpo devrait faire une déclaration devant les députés afin de dissiper tout doute quant à l’existence, dans l’engagement de financement du Helsinki Garden, d’une conduite contraire à l’éthique ou d’un comportement inacceptable dans la société finlandaise.

« Le Premier ministre a la responsabilité de veiller au respect de la responsabilité parlementaire, et ces questions restées sans réponse sont particulièrement graves compte tenu de la situation budgétaire difficile de la Finlande, d’autant plus que le pays fait actuellement l’objet d’une procédure pour déficit excessif de la Commission européenne », a-t-elle déclaré à Euractiv.

Les sociaux-démocrates ne sont pas les seuls à exiger des réponses pour savoir si le financement du projet a été approuvé malgré des évaluations des risques insuffisantes ou un lobbying personnel qui aurait pu favoriser les donateurs du Parti de la coalition nationale.

Le Parti du Centre s’est interrogé sur la manière dont la ministre des Finances, Riikka Purra, dirigeante du Parti des Finlandais (anti-immigration), a pu approuver l’octroi de 35 millions d’euros à Helsinki Garden tout en réduisant simultanément le financement des installations sportives à travers le pays. L’Alliance de gauche a fait valoir que les réponses écrites fournies par Orpo au Parlement contiennent des informations fausses ou délibérément trompeuses – ce qui, selon elle, justifierait sa démission.

Une enquête menée par le principal quotidien finlandais, Helsingin Sanomat, a également conclu qu’Orpo a fourni de « fausses informations » au sujet du projet dans ses déclarations publiques et que « les calculs présentés par les responsables du projet n’ont pas été vérifiés avant que le gouvernement ne prenne sa décision concernant un soutien conditionnel ».

Malm a déclaré qu’il incombe à Orpo de « présenter les faits et de dissiper tout soupçon de conduite contraire à l’éthique ».

« Tant que cette question restera en suspens et qu’Orpo ne répondra pas à ces questions, un nuage de suspicion continuera de planer sur l’ensemble du projet. »

Le Parlement ne devrait pas être convoqué

Bien que l’opposition ait exigé la convocation du Parlement, seul le président de l’Assemblée, Jussi Halla-aho, est habilité à convoquer une session extraordinaire.

Cependant, Halla-aho, qui appartient au Parti des Finlandais, partenaire minoritaire de la coalition d’Orpo, ne devrait pas convoquer l’Eduskunta, qui compte 200 membres.

Le gouvernement finlandais n’a pas été en mesure de mettre un ministre à disposition pour commenter cet article.

(cs, bw)