Accord sur les drones avec l'Ukraine

Également dans l'édition de mercredi : Turnberry, les données américaines, le CFP

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce mercredi 15 juillet. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax en Ukraine.

À retenir :

🟢 Von der Leyen dévoile un partenariat historique avec l’Ukraine sur les drones

🟢 Exclusif : la wishlist tarifaire de Bruxelles révélée

🟢 Pas de solution miracle pour combler le déficit budgétaire de l’UE, déclare un ministre finlandais


L’Europe, vue de Bruxelles


Ursula von der Leyen signera aujourd’hui en Ukraine un nouvel accord de plusieurs milliards d’euros portant sur des drones avec Volodymyr Zelenskyy, lors de sa 11e visite depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie. Eddy, quiaccompagne la présidente de la Commission ainsi que d’autres journalistes, nous fait un reportage sur le terrain.

Depuis sa visite morose de février, le vent a considérablement tourné en faveur de Kiev. L’Ukraine étend ses opérations de combat en profondeur sur le territoire russe, avec des frappes de drones visant des raffineries et des signes d’inquiétude croissante au sein du Kremlin.

Kiev a également enchaîné les victoires diplomatiques. Les négociations d’adhésion à l’UE ont ouvert cette semaine le chapitre consacré à la politique étrangère, de sécurité et de défense, dans le cadre de la plus grande initiative d’élargissement de l’Union depuis 2004. Washington a adopté un ton plus favorable, tandis que le soutien militaire européen continue de se renforcer, la France ayant accepté cette semaine de vendre des avions de combat Rafale à l’Ukraine.

L’accord qui doit être signé aujourd’hui, révélé pour la première fois par TVP World, consacrera environ 10 milliards d’euros de fonds restants du programme de prêts de défense SAFE de l’UE à la création d’usines de drones de pointe dans les pays de l’est de l’Union.

L’objectif est une situation gagnant-gagnant. L’investissement de l’UE renforce les entreprises ukrainiennes et européennes, permettant de stocker des drones au sein de l’Union et d’accélérer rapidement la production, tandis que les fabricants européens accèdent à l’expertise de l’Ukraine sur le champ de bataille. La production de missiles sera abordée d’ici deux ans.

Tout ne progresse toutefois pas aussi rapidement. Tard hier soir à Bruxelles, les ambassadeurs de l’UE ne sont pas parvenus à s’accorder sur un nouveau train de sanctions contre la Russie, les intérêts nationaux ayant une nouvelle fois bloqué le processus. Le Coreper se réunira à nouveau ce matin pour tenter une nouvelle fois de sortir de l’impasse.

Plus d’informations à ce sujet dans notre prochaine newsletter, avec Eddy directement depuis Kiev.

Exclusif : l’UE fait pression pour obtenir des exemptions dans le cadre de l’accord de Turnberry

La Commission européenne a dressé une liste des produits qu’elle souhaite voir exemptés par Washington des droits de douane forfaitaires de 15 % prévus par l’accord de Turnberry entre l’UE et les États-Unis, selon une proposition consultée par ma collègue Sofia Sánchez Manzanaro.

Bruxelles fait valoir qu’elle a déjà respecté ses engagements en supprimant, à compter du 1er juillet, les droits de douane sur des centaines de produits industriels et agroalimentaires américains. Elle exhorte désormais Washington à appliquer ses taux tarifaires normaux, plutôt que le droit de 15 %, à des centaines d’exportations de l’UE qu’elle juge essentielles à la réindustrialisation, à l’agriculture et aux chaînes d’approvisionnement stratégiques des États-Unis, ou qui sont « de haute qualité » et « irremplaçables ».

La liste va du thon, du saumon fumé, des fromages Roquefort et Pecorino, des olives, de l’huile d’olive, des pâtes, du vin et des spiritueux – notamment le gin, le whisky et la vodka – aux robots industriels, aux équipements électriques, aux fils de suture chirurgicaux et aux kits de diagnostic.

Pas de solution magique pour le budget de l’UE

Le financement du prochain budget à long terme de l’UE reste l’un des combats politiques les plus épineux à Bruxelles, les gouvernements étant toujours dans l’impasse concernant les nouvelles taxes à l’échelle de l’UE. Les capitales et les institutions de l’UE se dépêchent de conclure un accord d’ici 2026, avant que le calendrier électoral chargé de l’année prochaine ne rende encore plus difficiles des négociations déjà compliquées.

Il n’y a pas d’argent « magique » à trouver, m’a affirmé mardi Joakim Strand, ministre finlandais chargé des affaires européennes, ainsi qu’à ma collègue Victoria Becker, spécialiste du CFP, en faisant valoir que toute nouvelle source de recettes doit aller au-delà d’un simple transfert de fonds des capitales nationales vers Bruxelles.

Plusieurs diplomates ont indiqué à Victoria que la France mène une initiative visant à trouver de nouvelles sources de recettes, en avançant une proposition alternative et en consultant d’autres capitales, tandis que les contributeurs nets restent sceptiques quant à l’élargissement de la fiscalité au niveau européen. « Nous ne croyons pas qu’on puisse soudainement trouver des dizaines ou des centaines de milliards d’euros sortis de nulle part », a déclaré Strand.

Helsinki reste ouverte à certaines options proposées par la Commission, notamment des taxes sur les déchets électroniques et le tabac, qui, selon les estimations de Bruxelles, pourraient rapporter 66 milliards d’euros par an, mais rejette des idées telles qu’un nouvel impôt sur les sociétés.

Les inquiétudes persistent autour d’un pacte avec les États-Unis

Les capitales de l’UE restent divisées sur un projet de pacte de sécurité aux frontières avec Washington, alors qu’une décision sur le dernier compromis en date se profile à l’horizon.

Les ambassadeurs seront invités aujourd’hui à se prononcer sur la question de savoir si le projet d’accord prévoit des garanties suffisantes en matière de partage des données, après des mois de négociations qui n’ont pas permis de surmonter les divergences.

L’UE a passé des mois à négocier les modalités d’accès des autorités américaines aux données des Européens se rendant aux États-Unis, y compris des informations biométriques sensibles telles que les empreintes digitales et les scans faciaux. L’absence d’accord pourrait priver certains pays de l’accès au programme américain d’exemption de visa. Lisez notre article complet.

Prolongation des négociations sur les sanctions

Les ambassadeurs de l’UE ont suspendu les négociations sur les sanctions contre la Russie peu après que la présidence irlandaise du Conseil a présenté des propositions de compromis sur les points d’achoppement restants.

Ils ont convenu de se réunir à nouveau dans le courant de la matinée pour tenter une nouvelle fois de parvenir à un accord sur le 21e paquet de sanctions contre la Russie, laissant ainsi aux diplomates la possibilité d’assister à la demi-finale de la Coupe du monde mardi soir.

Les ambassadeurs n’ont désormais plus que quelques heures pour décider s’il faut prolonger le plafonnement du prix du pétrole imposé par l’UE, qui interdit aux entreprises européennes de fournir des services, tels que l’assurance, aux pétroliers russes transportant du brut vendu au-delà du seuil fixé. Ce plafond s’élève actuellement à 44 dollars le baril, mais doit automatiquement passer à 58 dollars dans le courant de la journée – une évolution qui contribuerait à renflouer le trésor de guerre de Vladimir Poutine.

Kos réprimande une ministre serbe

Quelques jours après le soutien apporté par la Commission à l’ouverture d’un nouveau volet de négociations avec Belgrade, au motif que la Serbie a atteint les objectifs clés en matière de réformes, la commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a publiquement réprimandé la ministre serbe Snežana Paunović pour des propos semblant approuver le nettoyage ethnique.

Paunović a déclaré ce week-end au journal serbe Kurir qu’elle aurait procédé à un « nettoyage ethnique du Kosovo » à la fin des années 1990 si elle avait été à la place de Slobodan Milošević, alors dirigeant de la Serbie. De telles remarques « n’ont pas leur place en Europe », a affirmé Kos mardi, ajoutant qu’elle espère qu’elles ne reflètent que le point de vue d’une seule ministre et non celui du gouvernement serbe.

Paunović a ensuite insisté sur le fait qu’elle ne veut pas dire qu’il faut tuer qui que ce soit, mais qu’elle encourage ceux qui « se sentent moins comme des résidents de la Yougoslavie » à partir.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


QUIPROQUO LINGUISTIQUE : Lynn Boylan, députée européenne du Sinn Féin irlandais, a fait parler d’elle après s’être plainte, lors d’une réunion de la commission des affaires étrangères du Parlement européen – en présence de la ministre irlandaise des Affaires étrangères, Helen McEntee –, de ne pas pouvoir s’exprimer dans sa langue maternelle. On lui a rapidement fait savoir qu’un service d’interprétation en gaélique est disponible depuis le début. Boylan a répondu qu’elle ne s’était pas préparée.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Des responsables politiques allemands ont mis en garde contre de nouveaux complots d’assassinat iraniens en Europe après la publication, dans un journal pro-régime, de portraits de dirigeants occidentaux, dont Friedrich Merz, accompagnés de menaces explicites. Marc Henrichmann, président de la commission du Bundestag chargée de la surveillance des services de renseignement, a déclaré au Handelsblatt que les agences de sécurité iraniennes sont capables de mener des attaques sur le sol européen. Les autorités allemandes ont récemment déjoué un complot présumé visant Volker Beck, président de la Société germano-israélienne.

– Björn Stritzel

ROME 🇮🇹

Le gouvernement de Giorgia Meloni a essuyé un revers mardi après le rejet, à une voix près, par la Chambre des députés italienne, d’un amendement clé de sa réforme électorale phare. Cette mesure, qui aurait permis aux électeurs de choisir individuellement leurs candidats, a rencontré l’opposition des partenaires de la coalition, la Ligue et Forza Italia. La réforme dans son ensemble, qui accorde un bonus de sièges aux coalitions remportant plus de 42 % des voix, poursuit son parcours au Parlement.

– Alessia Peretti

VILNIUS 🇱🇹

Le Parlement lituanien a approuvé mardi le nouveau gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Mindaugas Sinkevičius, mettant fin à plusieurs semaines de négociations de coalition après que les sociaux-démocrates au pouvoir ont renoncé à gouverner avec le parti populiste Aube du Niémen. La coalition s’est engagée à maintenir les dépenses de défense au-dessus de 5 % du PIB, à poursuivre son soutien à l’Ukraine tout en garantissant le maintien d’une présence militaire américaine. Le programme du gouvernement a été adopté par 72 voix au Seimas, qui compte 141 sièges.

– Charles Szumski

BELGRADE 🇷🇸

Le président Aleksandar Vučić a déclaré qu’il compte redevenir Premier ministre après les élections prévues dans le courant de l’année. Dans une interview accordée au Financial Times, Vučić a indiqué que la Serbie organiserait « très probablement » des élections législatives avant le scrutin présidentiel, les premières devant avoir lieu début décembre. Il avait annoncé le mois dernier qu’il quitterait ses fonctions de président, ouvrant ainsi la voie à un retour à la tête du gouvernement.

– Pavle Kosic

PODGORICA 🇲🇪

Le Monténégro a provisoirement clos mardi deux nouveaux chapitres d’adhésion à l’UE et, après le lancement par le Parlement du processus de révision constitutionnelle la semaine dernière, a encore renforcé sa position de favori parmi les candidats à l’adhésion à l’Union. Le pays a désormais provisoirement clos 18 des 33 chapitres de négociation, franchissant ainsi la moitié du chemin dans ses négociations d’adhésion.

– Bronwyn Jones


Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trices : Sofia Sanchez Manzanaro, Victoria Becker, Bruno Waterfield, Maximilian Henning, Magnus Lund Nielsen

Traductrice : Clara Vassent