Accueil tiède pour l’initiative européenne en matière de réfugiés [FR]
Hier (2 septembre), la Commission européenne a présenté son programme collectif pour la réinstallation des réfugiés, accueillie de manière mitigée par les experts.
Hier (2 septembre), la Commission européenne a présenté son programme collectif pour la réinstallation des réfugiés, accueillie de manière mitigée par les experts.
La part de l’UE fu fardeau total dans le monde est actuellement très faible, avec moins de 4 400 réfugiés réinstallés à l’intérieur de l’UE, comparés aux 10 000 en Australie par exemple.
En conséquence, le programme de réinstallation conjoint présente par la Commission européenne a été largement salué comme un pas dans la bonne direction pour améliorer ces chiffres, une mesure qui devrait également réduire le nombre de demandeurs d’asile essayant d’entrer illégalement en Europe, selon l’exécutif européen.
Gilles Van Moortel du bureau bruxellois de l’HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés) a confié à EURACTIV que son organisation espère que la proposition augmentera le nombre de réfugiés dans l’UE – « Plus, c’est mieux », a-t-il affirmé.
Selon Van Moortel, l’impulsion vers un tel accord s’est construite depuis un certain nombre d’années ; la France, la Pologne, la République tchèque et la Roumanie ont récemment développé leurs propres programmes de réinstallation, avec un nombre toujours plus important de réfugiés admis dans des pays comme la Belgique, l’Allemagne ou le Luxembourg.
La proposition de la Commission note qu’actuellement, seulement 10 Etats membres assurent une réinstallation annuellement, et que toutes ces activités de réinstallation sont menées sans beaucoup de consultation ni de coordination entre les Etats membres de l’UE.
Le nouveau programme n’obligera pas les Etats membres à réinstaller les réfugiés, mais leur offira des incitations financières – s’élevant à 4 000 euros par réfugié – provenant du Fonds européen pour les réfugiés, sous les auspices du futur Bureau de soutien européen pour l’asile.
M. Van Moortel a expliqué que la réinstallation devait être bien organisée, soulignant l’importance de l’intégration. Alors qu’existe un débat de longue date – souvent animé – entre les différents Etats membres sur la méthode d’intégration la plus effective, le porte-parole du HCRNU estime que la nouvelle proposition devrait renforcer la coopération pratique entre les Etats membres, notamment la coopération potentiellement sensible entre des pays qui ont des politiques favorables aux réfugiées depuis longtemps, comme la Suède ou les Pays-Bas.
Réinstallation pour quelques privilégiés ?
D’autres, cependant, adoptent une approche attentiste vis-à-vis de la proposition de la Commission.
Un porte-parole du Centre d’information sur les réfugiés et l’asile (ICAR) à Londres a déclaré à EURACTIV que bien que le programme conjoint soit un pas dans la bonne direction, ils ne s’attendent pas à ce qu’un accord soit facilement atteint entre les Etats membres qui s’opposent sur la question de la meilleure manière d’intégrer les réfugiés.
De plus, ICAR a déclaré vouloir prendre avec des pincettes les prétentions de la proposition affirmant démontrer la solidarité humanitaire concrète avec les pays tiers.
De nombreux Etats membres traitent les demandes d’asile avant même que les réfugiés aient une chance de mettre un pied en Europe, explique ce porte-parole, ajoutant qu’il s’agit là de personnes soigneusement sélectionnées dans les camp de réfugiés du HCRNU, sur la base de critères socio-économiques, c’est-à-dire les besoins de chaque Etat membre.
Il s’agit là de réinstallation pour quelques privilégiés, ont-ils conclu et cela semble contraire à l’esprit de la proposition telle qu’elle soit présentée.
La députée britannique libérale Sarah Ludford, partisane d’un système d’asile européen commun, a également exprimé son scepticisme vis-à-vis des intentions des Etats membres de l’UE, déclarant à EURACTIV que cette proposition pouvait avoir de la valeur si elle signifiait que les personnes en danger et méritant une protection ne devaient pas endurer un périple risqué jusqu’en Europe. Mais elle ne peut pas être une excuse pour les Etats membres pour esquiver leurs responsabilités de garantir l’accès à des systèmes d’asile nationaux de haute qualité pour des personnes qui parviennent jusqu’à nos plages.
Le fait que l’Italie renvoie les réfugiés en mer afin d’éviter d’avoir à examiner les requêtes remet en question la bonne foi de certains Etats membres, a-t-elle dit.
Aucun contrôle de Bruxelles sur les politiques d’asile, selon un député britannique
Dans le même temps, un autre eurodéputé britannique, le conservateur Timothy Kirkhope, a déclaré hier que bien que la coopération et la solidarité à travers l’Europe soit importante lorsqu’il s’agit des charges auxquelles font face les pays aux frontières de l’UE, une approche coopérative telle que proposée par la Commission pouvait saper notre capacité à décider qui pouvait obtenir à l’asile et qui nous acceptons sur notre territoire, a-t-il dit.
La Commission européenne a déclaré que les gouvernements décideraient au final du nombre de personnes qu’ils accepteront, mais il nous faut des garanties en béton que cela ne sera pas la prochaine étape vers le transfert à Bruxelles de notre politique d’asile, a-t-il conclu.