Adhésion de la Turquie : L'ouverture d'un nouveau chapitre est attendue aujourd’hui
La gestion gouvernementale des manifestations qui agitent la Turquie depuis trois semaines a froissé les relations avec l’UE. Une décision sur les négociations d’adhésion d’Ankara, attendue aujourd’hui (24 juin), semble dès lors incertaine. Un reportage d’EURACTIV Turquie.
La gestion gouvernementale des manifestations qui agitent la Turquie depuis trois semaines a froissé les relations avec l’UE. Une décision sur les négociations d’adhésion d’Ankara, attendue aujourd’hui (24 juin), semble dès lors incertaine. Un reportage d’EURACTIV Turquie.
Beaucoup espèrent qu'un nouveau chapitre des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE soit ouvert lors d'une réunion des ministres européens des affaires étrangères aujourd'hui à Luxembourg, car la France a levé son droit de veto sur le chapitre 22 relatif aux politiques régionales.
Une conférence intergouvernementale prévue le 26 juin devrait donner un nouvel élan aux négociations d'adhésion, pratiquement gelées ces trois dernières années (voir « Contexte »).
L'impasse risque toutefois de persister en raison des commentaires de la chancelière allemande, Angela Merkel, sur la gestion des manifestations par le gouvernement turc.
>> Lire : La Turquie réplique aux critiques de l’UE
La semaine dernière, les diplomates européens qui préparent la conférence intergouvernementale UE-Turquie ne sont pas parvenus à s'accorder sur l'ouverture d'un nouveau chapitre, car l'Allemagne et les Pays-Bas ont bloqué la décision. Le porte-parole du ministère allemand des affaires étrangères, Andreas Peschke, a confirmé vendredi que l'Allemagne et « d'autres pays » exprimaient des réserves quant à ce sujet.
Même si ce n'est pas officiellement à l'ordre du jour, les ministres européens des affaires étrangères qui devraient se rencontrer à Luxembourg aujourd'hui (24 juin) devraient discuter de l'ouverture éventuelle du chapitre 22. Si les États membres de l'UE ne trouvent pas d'accord, l'ouverture de ce chapitre ne sera pas approuvée mercredi (26 juin) lors de la conférence intergouvernementale UE-Turquie.
La Turquie, qui négocie son adhésion depuis 2005, a ouvert 13 chapitres sur 33 et n'en a clos provisoirement qu'un. Aucun chapitre n'a été ouvert depuis 2010, ce qui provoque une grande désillusion en Turquie. Huit chapitres sont toujours bloqués en raison du conflit en cours avec Chypre et du veto de la France sur plusieurs dossiers.
Aucun lien direct avec les manifestations
Selon M. Peschke, il n'existe aucun lien direct entre les manifestations en Turquie et les négociations d'adhésion. Il a précisé que le chapitre qui devrait être ouvert cette semaine était « technique » et que la position de l'Allemagne ne remettait pas en doute la poursuite du processus d'adhésion, mais plutôt la manière de le poursuivre.
Lors d'un déplacement en Turquie en février dernier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a soutenu la poursuite des négociations « ouvertes », mais a exprimé des réserves quant à l'adhésion de la Turquie à l'UE.
Dans un communiqué écrit, le ministre turc des affaires européennes, Egemen Ba???, s'est dit déçu des tentatives allemandes de bloquer le chapitre et a appelé à la suite des négociations.
Kemal K?l?çdaro?lu, le président du principal parti turc de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a écrit à Angela Merkel et au premier ministre néerlandais, Mark Rutte, afin de soutenir l'ouverture du nouveau chapitre. Il a ajouté que même s'il partageait les craintes des deux dirigeants quant à l'état de la démocratie en Turquie, l'ouverture des chapitres de négociations était nécessaire afin d'aborder ces inquiétudes d'un point de vue européen.
Soutien nordique
« Tenter de bloquer les progrès de la Turquie serait une grosse erreur en ce moment », a publié sur Twitter le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, qui soutient l'adhésion d'Ankara depuis longtemps. La poursuite de la procédure est « plus nécessaire que jamais » et constitue une source de « soutien clé pour les réformateurs », a-t-il ajouté.
L'eurodéputée libérale néerlandaise Marietje Schaake a demandé à l'UE d'agir « collectivement et de manière responsable » et a écrit sur son site Internet que « la prise de décisions radicales en réponse à une crise n'est pas la bonne solution ».
À cause des tensions entre Ankara et d'autres capitales européennes, plusieurs réunions à l’échelle de l’UE sont annulées ou retardées.
Une réunion de la commission parlementaire mixte UE-Turquie, prévue à Bruxelles la semaine prochaine, est désormais incertaine. La participation de la Turquie dépendra en grande partie de la décision d’ouvrir le nouveau chapitre, selon des sources.
Une résolution du Parlement européen adoptée il y a deux semaines critique la réponse sévère du gouvernement turc aux manifestations nationales. Cette décision a déclenché une réponse furieuse d'Ankara : le premier ministre, Recep Tayyip Erdo?an, a déclaré qu'il ne reconnaissait ni la résolution ni « ce Parlement européen ».
L'annulation de déplacements révèle également les relations tendues. Le déplacement du ministre turc de la justice, Sadullah Ergin, la semaine dernière à Bruxelles et d'une délégation du Parlement européen en Turquie a été annulé.
Les élections en Allemagne pointées du doigt
La Turquie accuse Angela Merkel d'utiliser les négociations d'adhésion d'Ankara dans sa campagne en amont des élections législatives en Allemagne le 22 septembre.
Un projet de programme du parti de la chancelière, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), consulté par Reuters indique : « Nous rejetons l'adhésion complète de la Turquie ». Ankara surchargerait l'Union européenne en raison de sa taille et de l'infrastructure de son économie, selon ce projet. Le Parti pour la justice et le développement (AKP) au pouvoir dispose du statut de membre observateur au sein du Parti populaire européen, où siège la CDU.
M. Ba??? a réagi violemment jeudi à Istanbul à ce document dévoilé.
« Si Madame Merkel cherche un sujet pour les affaires intérieures en ce qui concerne les élections, ce ne devrait pas être la Turquie. Si Madame Merkel regarde ce qu'il est advenu à ceux ayant recours à ce genre de sujets, comme [Nicolas] Sarkozy, elle remarquera que la fin ne se présente pas sur les meilleurs auspices pour ceux qui se mêlent de la Turquie », a-t-il déclaré, en faisant allusion à la défaite de l'ancien président français Nicolas Sarkozy lors des élections de l'année dernière.
Selon Der Spiegel, ces remarques auraient irrité le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle. L'ambassadeur de la Turquie à Berlin a été convoqué pour discuter vendredi. En guise de représailles, le ministère turc des affaires étrangères a également convoqué l'ambassadeur allemand.