Ajustement carbone aux frontières : des pays en voie de développement jugent la mesure « protectionniste »

« Ce qu’on attend en matière de politique climatique d’un pays africain n’est pas pareil qu’un pays européen », reconnait Raffaele Mauro Petricione, Directeur général de l’action pour le climat de la Commission européenne, ajoutant que « cela va donner lieu à des débats houleux ».

Euractiv France
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Si M. Sokona est d’accord sur « la marche à suivre pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et pour s’orienter vers des économies non carbonées, telles que décrites dans le dernier rapport au GIEC », il rappelle néanmoins qu’en Afrique, « 80% de l’électricité vient de combustibles fossiles » [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/g/hecke61" target="_blank" rel="noopener">hecke61 / Shutterstock </a>]

« Les pays qui ont moins de capacité financière et humaine sont lésés », analyse Youba Sokona, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Il cite notamment les pays à très faible émissions de CO2, pour qui le mécanisme ne sera pas forcément un avantage. 

Mardi (23 mars) était organisée une conférence sur l’ajustement carbone aux frontières afin d’entamer une discussion sur la cohérence du mécanisme et des objectifs de l’Accord de Paris, face aux défis que cela va engendrer pour les pays en voie de développement. À ce stade, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est vu comme « protectionniste » par certains pays d’Afrique.

La question de l’égalité, et de la non-discrimination face au futur mécanisme fait débat, aussi bien du côté des pays les moins développés, que du côté de l’Europe, qui peine à trouver un accord. « Ce qu’on attend en matière de politique climatique d’un pays africain n’est pas pareil qu’un pays européen », reconnait Raffaele Mauro Petricione, Directeur général de l’action pour le climat de la Commission européenne, ajoutant que « cela va donner lieu à des débats houleux ».

Timothy Gore, de l’Institut pour une politique européenne de l’environnement, partage les inquiétudes du vice-président Youba Sokona : « Tout dépendra de l’ampleur des mesures, quels produits seront inclus ? Ces pays dépendent beaucoup des exportations d’aluminium, ils seront très exposés. L’ambiguïté du discours européen, c’est de définir une petite catégorie de produits à haute intensité. Mais on ne sait pas qui va être affecté ».

L’Europe se veut rassurante

Si M. Sokona est d’accord sur « la marche à suivre pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et pour s’orienter vers des économies non carbonées, telles que décrites dans le dernier rapport au GIEC », il rappelle néanmoins qu’en Afrique, « 80% de l’électricité vient de combustibles fossiles ». 

Un chiffre jugé « catastrophique » par Raffaele Mauro Petricione. « L’énergie en Afrique est l’un des plus gros problèmes auquel on sera confronté à l’avenir », a-t-il déclaré. 

Le Directeur général a tout de même voulu se montrer rassurant : « Les pays en développement ont de la chance, dans le sens où on va commencer par quelques secteurs. Cela dépendra aussi de la mesure politique, ou des pays, et de ce qu’ils souhaitent faire pour lutter contre le réchauffement climatique ». 

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a également insisté sur le fait que cette mesure « ne relève pas du protectionnisme », et que ses règles ne seront pas « discriminatoires » à l’égard des producteurs non-européens.

Des propos qui n’ont pas totalement satisfait Youba Sokona : « Si on regarde les conclusions des dernières études sur l’Afrique, on voit que d’ici à 2030, on aura moins de 10% de l’énergie qui sera renouvelable », a-t-il alerté, avant de conclure : « On va certainement attirer de la production à forte émission de carbone et ça peut relancer le débat sur les fuites de carbone. Il faut regarder ça d’un point de vue plus global. »