Alexander de Croo : priver la Hongrie de la présidence de l’UE pourrait être « contre-productif »

Le Premier ministre belge, Alexander de Croo, a estimé mardi (13 juin) que s'opposer à la présidence tournante du conseil de l'UE de la Hongrie pourrait être «  contre-productif  » et placerait potentiellement Budapest dans une «  position de luxe  ».

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Le Premier ministre belge Alexander De Croo. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Le Premier ministre belge, Alexander de Croo, a estimé mardi (13 juin) que s’opposer à la présidence tournante du conseil de l’UE de la Hongrie pourrait être «  contre-productif  » et placerait potentiellement Budapest dans une «  position de luxe  ».

La Hongrie est supposée prendre la présidence du Conseil pour six mois à partir de juillet 2024, après la Belgique et l’Espagne.

Mais dans une récente résolution, le Parlement européen a exprimé son inquiétude en ce qui concerne les questions d’État de droit au sein du gouvernement de Viktor Orbán, demandant aux États membres de l’UE de trouver une solution à ce problème.

Selon des sources diplomatiques, il y a toutefois peu de chances que les gouvernements nationaux suivent le Parlement européen et fassent pression pour suspendre la présidence hongroise.

Selon les médias belges, Alexander De Croo a déclaré mardi (13 juin), auditionné par les parlementaires belges, qu’il partageait l’inquiétude du Parlement européen concernant l’État de droit en Hongrie, mais que priver le pays de la présidence n’était « absolument pas une bonne idée ». Il a ensuite souligné le fait que la présidence n’était pas seulement un privilège, mais aussi un devoir.

En ce sens, empêcher la Hongrie d’être à la tête du Conseil pourrait être une mesure qui « place la Hongrie dans une position de luxe », puisque la présidence oblige un État membre à « montrer sa couleur » et à « être un conciliateur ».

En effet, la présidence est censée faire preuve de transparence sur ses intentions, et puisque son objectif est de trouver un consensus entre les États membres au sein du Conseil, le pays qui préside doit être en mesure de favoriser le dialogue, de construire des ponts et de résoudre les conflits qui peuvent survenir. Or, plusieurs États membres s’interrogent sur la capacité de la Hongrie à le faire.

Dans un podcast publié vendredi dernier (9 juin) par le journal en ligne Review of Democracy (RevDem), Alberto Alemanno, professeur de droit de l’Union européenne à HEC Paris, a déclaré qu’il était préoccupant que la Hongrie, et la Pologne qui prendra la suite de Budapest à la présidence du conseil, «  dirigent les débats au niveau européen ». Selon le professeur, cela «  pourrait nuire davantage à la réputation internationale et à la position de l’Union sur la scène extérieure  ».

Au niveau de l’UE, «  quel type d’agenda sera établi sous ces deux présidences  ?  », s’interroge-t-il, soulignant que ces présidences interviennent au début du nouveau cycle politique, et qu’« elles définiront le prochain programme de travail législatif de la Commission européenne  ».

« Quelle sera l’ampleur des luttes interinstitutionnelles  ? Je pense que cela pourrait nous amener en terre inconnue », a-t-il ajouté, soulignant le fait que «  tout d’un coup, le calendrier du Conseil et tout le travail qui peut être réalisé au quotidien pourraient être remis en question  ».

John Morijn, titulaire de la chaire de droit et de politique en relations internationales et professeur adjoint de droit européen des droits humains à l’Université de Groningue, a ajouté dans le même podcast, que la question était de savoir «  si un État membre comme la Hongrie ou la Pologne, […] est capable d’assumer ce rôle, dans un souci de bonne gouvernance  ».