Allemagne : la coalition au pouvoir se déchire sur la question migratoire
Certains membres de la coalition au pouvoir en Allemagne expriment de plus en plus vocalement leur opposition au tour très sécuritaire pris par le gouvernement sur la question migratoire. Les lettres ouvertes et les démissions se multiplient.
Certains membres de la coalition au pouvoir en Allemagne expriment de plus en plus vocalement leur opposition au tour très sécuritaire pris par le gouvernement sur la question migratoire. Les lettres ouvertes et les démissions se multiplient.
Alors que le gouvernement allemand a longtemps été ouvert à l’immigration, les réactions de l’opinion publique suite aux derniers attentats terroristes, dans lesquels des demandeurs d’asile déboutés étaient impliqués, a déclenché l’adoption de mesures très sévères.
Ainsi, selon Julian Pahlke, député des Verts allemands en charge des questions migratoires, « le droit international et la Convention sur les droits de l’homme sont attaqués ».
Outre le durcissement des contrôles aux frontières, la coalition du Parti social-démocrate (SPD), des Verts et des libéraux (FDP) souhaite supprimer les allocations accordées à certains demandeurs d’asile déboutés par le système de Dublin, et reprendre les expulsions vers l’Afghanistan, malgré l’emprise que les talibans exercent sur le pays.
Cette évolution du gouvernement allemande provoque un sentiment d’aliénation chez les défenseurs des droits humains. Certains députés hésitent ainsi à s’exprimer pour défendre les droits des exilés, car « parler de questions humaines n’est plus opportun », observe Julian Pahlke.
Ce dernier refuse au contraire de rentrer dans le rang, après avoir passé quatre ans comme sauveteur en Méditerranée. « J’ai vu [des réfugiés] se noyer sous mes yeux parce qu’il n’y avait pas assez de personnel d’urgence […], cela m’a marqué », confie-t-il.
D’autres membres du parti ont également souligné leur frustration face au soutien apporté par les ministres des Verts, Robert Habeck et Annalena Baerbock, aux mesures du gouvernement.
La semaine dernière, les dirigeants du mouvement de jeunesse des Verts ont collectivement quitté le parti, dénonçant l’incapacité du mouvement à reconstruire « une force de gauche forte en Allemagne ».
Julian Pahlke estime que ce départ est un « signal d’alarme », soulignant que les Verts doivent changer de cap en matière d’immigration, alors que leur popularité est en chute libre. Selon un sondage de l’Insa, le parti n’est plus crédité que de 10% des voix au niveau national, une première depuis sept ans.
Le Conseil de l’Europe intervient
Julian Pahlke insiste au contraire pour souligner que de nombreux exilés se noient en essayant d’atteindre l’Europe. Et mardi 1er octobre, l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui compte 591 membres et où le député représente l’Allemagne, a adopté un rapport sur la manière de traiter les exilés disparus en Méditerranée.
L’organisation demande à ses 46 États membres de rendre obligatoire la recherche et l’identification des exilés disparus ou décédés. Il leur est également demandé de prélever des échantillons d’ADN des défunts pour les inclure dans une base de données, afin que les membres des familles des disparus puissent obtenir des informations sur leurs proches et obtenir des visas pour enterrer leurs morts.
Le parti du chancelier divisé
Frank Schwabe, député du SPD et collègue de Julian Pahlke au Conseil de l’Europe, explique au contraire vouloir développer une version allemande de l’accord signé par Londres avec le Rwanda. Selon ce dernier, les migrants arrivés illégalement sur le sol britannique peuvent être transférés en Afrique, où sera examiné leur demande d’asile.
Bien que très controversé, ce modèle avait suscité de l’intérêt en Allemagne.
Frank Schwabe explique à Euractiv espérer que l’externalisation du traitement par l’UE des demandes d’asile sous la supervision de l’ONU dissuadera les migrants de faire le voyage.
Le Parti social-démocrate est divisé sur la politique du chancelier Olaf Scholz. « Certaines des mesures que nous avons prises m’ont causé des maux d’estomac », explique pour Euractiv Hakan Demir, membre du SPD. Quelque 13 000 membres du parti ont signé une lettre ouverte à la direction du mouvement, l’accusant d’épouser les positions de l’extrême droite.
Hakan Demir et 34 autres députés du SPD ont partagé cette semaine une tribune dans laquelle ils affirment partager ces inquiétudes, estimant que la ligne du chancelier sur l’immigration est « mauvaise ».
[Édité par Anna Martino]