Angela Merkel punie pour sa politique d’austérité aux élections régionales

  Les conservateurs du parti de la chancelière Angela Merkel ont essuyé une défaite cuisante dimanche (13 mai) lors des élections dans le Land le plus peuplé du pays. Ces résultats pourraient encourager l’opposition de gauche à s’attaquer à la politique d’austérité promue par Mme Merkel dans l'Union européenne.

EURACTIV.com / Reuters

 
Les conservateurs du parti de la chancelière Angela Merkel ont essuyé une défaite cuisante dimanche (13 mai) lors des élections dans le Land le plus peuplé du pays. Ces résultats pourraient encourager l’opposition de gauche à s’attaquer à la politique d’austérité promue par Mme Merkel dans l'Union européenne.

La Rhénanie-du-Nord-Westphalie (RNW) est un Land allemand plus peuplé que les Pays-Bas et dont l'économie équivaut à celle de la Turquie. Le scrutin régional s'y est déroulé 18 mois en amont des élections nationales lors desquelles Mme Merkel tentera d'obtenir un troisième mandat.

Bien que Mme Merkel demeure populaire en raison de la vigueur de l'économie et de sa gestion de la crise de la dette dans la zone euro, la défaite cuisante de son parti en RNW la rend vulnérable, alors que son insistance pour la mise en oeuvre d'une discipline budgétaire renforcée en Europe lui attire les foudres de nombreux opposants.

Selon certaines prévisions, le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) de centre-gauche aurait remporté 38,9 % des voix, suffisamment pour former une majorité stable avec les Verts.

Les chrétiens démocrates de Mme Merkel (CDU) ont vu leur score plonger à 26,3 %, contre près de 35 % en 2010. Il s'agit de leur pire résultat depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Mme Merkel ne passe pas une bonne soirée », a déclaré Gero Neugebauer, politologue à la  Freie Universität de Berlin. « Le SPD est renforcé par cette élection qui va semer la zizanie à Berlin. »

Le SPD reprend du poil de la bête

Les élections en RNW influencent généralement la politique nationale. Il y a sept ans, la défaite humiliante dans ce Land du chancelier SPD de l'époque, Gerhard Schröder, l'avait poussé à demander la tenue d'élections anticipées qu'il avait perdues au bénéfice de Mme Merkel.

Au cours des deux dernières années, le SPD et les Verts ont mené une majorité fragile au gouvernement, sous la direction de Hannelore Kraft (SPD), la fille d'un ouvrier du tram proche du peuple. Sa victoire dimanche pourrait d'ailleurs la propulser sur la scène nationale.

Sigmar Gabriel, le dirigeant national du SPD, a déclaré que cette victoire convaincante pourrait faire courir la rumeur que Mme Kraft se présenterait contre Mme Merkel lors des élections fédérales l'an prochain, même si elle a promis de rester en RNW. Le SPD devrait choisir le candidat qui affrontera Mme Merkel d'ici la fin de l'année.

« C'est un signal clair pour Berlin », a déclaré Mme Kraft, séchant ses larmes dans un club de la capitale du Land, Düsseldorf, où les partisans du SPD ont fêté sa victoire.

Visite de François Hollande

Le nouveau président français, le socialiste François Hollande, devrait se rendre à Berlin peu après son investiture mardi (15 mai), dans le but de pousser Mme Merkel à passer de la seule austérité à des politiques davantage axées sur la croissance en Europe.

D'autres grands pays comme l'Italie voudraient que Mme Merkel adopte une approche plus équilibrée face à la crise de la dette. Les élections qui se sont tenues en Grèce la semaine dernière montrent en outre que la population reste farouchement opposée aux mesures d'austérité qui ont fait grimper le chômage à près de 25 % dans le pays.

La victoire des socialistes en France et les résultats des élections en RNW donneront un nouvel élan au SPD, derrière Mme Merkel dans les sondages nationaux, en amont des élections fédérales de septembre 2013.

La chancelière aura besoin du soutien de ses rivaux du centre-gauche pour faire approuver le pacte budgétaire qui devrait entériner la discipline budgétaire dans l'Union européenne.

Le SPD souhaite quant à lui que le vote sur le pacte soit reporté pour que le gouvernement puisse d'abord s'engager à appliquer des mesures axées sur la croissance.

Rhénanie-du-Nord-Westphalie : un signe avant-coureur ?

La RNW, qui partage une frontière avec la Belgique et les Pays-Bas, est l'un des Länder allemands les plus diversifiés.

Il héberge un tiers des entreprises d'envergure du pays, mais il compte également certaines des villes les plus pauvres d'Allemagne. Les entreprises du charbon et de l'acier de la région de la Ruhr où a grandi Mme Kraft ont à l'époque contribué au miracle économique d'après-guerre. Aujourd'hui, bon nombre d'entre elles ont fermé leurs portes et le taux de chômage est deux fois plus élevé que la moyenne nationale dans certaines régions.

Bon nombre des membres du parti de Mme Merkel rejetteront la faute de la défaite du parti sur son leader régional, Norbert Röttgen, le ministre allemand de l'environnement, qui a saboté sa campagne dès le début en refusant de s'engager à rester dans le Land en cas de défaite.

La RNW est le Land allemand le plus endetté et M. Röttgen a souhaitait donc la mise en place d'une plateforme de consolidation budgétaire. Mme Kraft plaidait quant à elle en faveur d'une approche plus douce de réduction de la dette en mettant l'accent sur l'investissement dans les villes, l'éducation et la jeunesse.

Certains verront ces résultats comme une double défaite pour Mme Merkel. Les électeurs de la RNW ont non seulement rejeté son parti, mais également les mesures d'austérité qu'elle impose à des Etats du sud de l'Europe comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

« Ces élections soulèvent la question de savoir si la population continuera de soutenir Mme Merkel pour ses politiques en Allemagne », a déclaré Erik Flögge, un étudiant partisan du SPD qui a participé au rassemblement du parti à Düsseldorf.

« La population ne veut pas que nous réduisions drastiquement les aides sociales, ce que nous voulons, c'est un Etat providence qui lutte également contre la dette. »

Les sondages montrent cependant qu'une majorité d'Allemands soutient Mme Merkel dans ses politiques en faveur de la réduction de la dette et que bon nombre d'entre eux ne souhaitent pas qu'elle adoucisse sa position envers les pays en difficulté dans la zone euro.

Libéraux et pirates

Le Parti libéral-démocrate (FDP), un parti pro-entreprises qui fait partie de la coalition de Mme Merkel au niveau fédéral, a récolté 8,3 % des voix, ce qui lui permet de revenir au parlement.

Le parti a ainsi mis fin à une série de performances régionales humiliantes dans le Land de Schleswig-Holstein la semaine dernière. Il a qualifié les résultats en RNW de preuves de la renaissance du parti après une dégringolade dans les scrutins nationaux des trois dernières années.

Le Parti pirate, qui milite pour la liberté de l'Internet et a débarqué sur la scène nationale l'an dernier, a poursuivi son ascension au niveau régional, entrant au parlement avec 7,8 % des voix après avoir enregistré des scores similaires dans trois autres Länder.

Les Verts ont récolté 11,8 % des suffrages.