Après la Géorgie, la Moldavie face à un scrutin présidentiel décisif
Ébranlée par la courte victoire du « oui » au référendum sur l’UE, la Moldavie élit dimanche 3 novembre son président, avec le choix crucial entre la dirigeante sortante pro-occidentale Maia Sandu et un candidat appelant à renouer avec Moscou.
Ébranlée par la courte victoire du « oui » au référendum sur l’UE, la Moldavie élit dimanche 3 novembre son président, avec le choix crucial entre la dirigeante sortante pro-occidentale Maia Sandu et un candidat appelant à renouer avec Moscou.
Après les législatives en Géorgie, marquées par une victoire du parti au pouvoir contestée par plusieurs chancelleries européennes, les yeux sont rivés vers Chișinău.
Dans ces deux ex-républiques soviétiques, la Russie est accusée d’ingérence dans le processus électoral, des allégations catégoriquement rejetées par le Kremlin.
Achat massif de votes, désinformation, propagande : « nous avons gagné honnêtement dans un combat injuste », avait lancé Maia Sandu au lendemain du très disputé référendum sur l’UE du 20 octobre, annonçant « un combat difficile » au second tour qui se tient dimanche dans ce pays de 2,6 millions d’habitants voisin de l’Ukraine.
Arrivée en tête avec 42,49 % des voix, cette ex-économiste de 52 ans devenue une personnalité européenne de premier plan affronte Alexandr Stoianoglo (25,95 %), ancien procureur de 57 ans soutenu par les socialistes prorusses.
« Escrocs »
L’avance est large mais la bataille est loin d’être gagnée pour la cheffe d’État. Plusieurs petits candidats ont appelé à soutenir son adversaire, invoquant comme en Géorgie le risque d’être entraînés dans un conflit armé avec Moscou et de subir le même sort que l’Ukraine.
Alexandr Stoianoglo, ton policé où les mots russes affleurent souvent, plaide lui pour une politique étrangère « équilibrée », de l’UE avec laquelle des négociations d’adhésion ont été officiellement ouvertes en juin, à la Russie.
Il avait boycotté le référendum, qualifié de « parodie » pour servir les ambitions de Maia Sandu, et conteste les résultats extrêmement serrés (50,35 % pour le « oui »).
Dans la dernière ligne droite, les autorités ont intensifié leurs efforts contre les risques d’interférence étrangère.
Dans les supermarchés par haut-parleurs ou sur leurs téléphones, les habitants ont reçu des messages les incitant à « se méfier des fraudes électorales ».
« Si on vous offre de l’argent pour voter contre un candidat dimanche, refusez », met en garde la police.
Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Maia Sandu exhorte les électeurs à « ne pas céder aux escrocs qui foulent votre dignité, volent votre liberté » et veulent « détruire la Moldavie pour les décennies à venir ».
Elle a aussi appelé le système judiciaire à « se réveiller » et à mieux lutter contre la corruption, accusant des « groupes criminels » d’avoir tenté de soudoyer jusqu’à 300 000 personnes.
Entre Est et Ouest
L’oligarque en exil à Moscou Ilan Shor est soupçonné d’avoir dans ce but transféré 39 millions de dollars (36 millions d’euros) depuis septembre via une banque russe.
Condamné l’an dernier par contumace pour fraude, lui dément toute illégalité, fustigeant un « État policier », « marionnette obéissante » de l’Occident.
Mais les experts pointent aussi les difficultés économiques du pays, l’un des plus pauvres d’Europe, sous perfusion de l’aide européenne.
Pendant que Maia Sandu sillonnait les capitales, en quête de soutien financier, la situation de nombreux Moldaves s’est dégradée sur fond de réduction des livraisons de gaz russe et d’explosion des prix de l’énergie.
Après quatre ans de pouvoir et un virage pro-UE drastique, la Moldavie apparaît profondément divisée.
Entre d’un côté une diaspora et une capitale majoritairement acquises à la cause européenne, et de l’autre, des villages reculés et deux régions, la province séparatiste de Transdniestrie et la Gagaouzie, tournées vers la Russie.
« À la fois l’Est et l’Ouest veulent nous attirer de leur côté », résume dans les rues de Chișinău Maria, une trentenaire qui a refusé de donner son nom de famille.
Cette téléconseillère dit à l’AFP ne vouloir « dépendre de personne » et prône « des relations avec les deux camps ».
Pour Denis Parnao, étudiant de 19 ans, c’est « le développement de la Moldavie » qui est en jeu dimanche. « Nous allons perdre des ressources financières et notre image auprès de nos partenaires européens va être abîmée » si Maia Sandu ne gagne pas, estime-t-il.
Kalman Mizsei, conseiller du gouvernement au nom de l’UE, se montre confiant dans « la poursuite du chemin européen ».
« À côté de la terrible guerre en Ukraine et des mauvaises nouvelles en Géorgie, je veux encore espérer que la Moldavie va continuer à offrir une lueur d’espoir », a-t-il réagi devant des journalistes.