Aucun progrès sur la libéralisation des visas pour le Kosovo

Avec la publication du rapport sur l’élargissement de l’UE pour 2022, il n’y a eu aucune avancée pour le Kosovo sur la libéralisation des visas, ce qui laisse la question entre les mains des États membres de l’UE, et ce malgré les appels lancés par la Commission européenne et le Kosovo.

/ Euractiv.com
Kosovo’s Prime Minister in Brussels
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, lors d'une conférence de presse dans le bâtiment du SEAE à Bruxelles, le 29 avril 2021. [EFE/KENZO TRIBOUILLARD / POOL]

Avec la publication du rapport sur l’élargissement de l’UE pour 2022, il n’y a eu aucune avancée pour le Kosovo sur la libéralisation des visas, ce qui laisse la question entre les mains des États membres de l’UE, et ce malgré les appels lancés par la Commission européenne et le Kosovo.

Le Kosovo reste le seul pays candidat potentiel ou effectif à une adhésion, ainsi que l’un des rares pays européens, dont les ressortissants ont encore besoin d’un visa pour entrer dans l’UE, que ce soit pour les loisirs, le travail ou l’éducation.

« En ce qui concerne la libéralisation des visas, la Commission s’en tient à son évaluation de juillet 2018, selon laquelle le Kosovo a rempli toutes les conditions requises. La proposition est toujours en attente au conseil, comme vous le savez », a déclaré Oliver Varhelyi, commissaire européen à l’élargissement, mercredi 12 octobre.

Le rapport indique également que le pays a rempli tous les critères pour une libéralisation des visas et que la proposition en suspens « devrait être traitée d’urgence » par le Conseil.

Toutefois, cela ne suffira pas à apaiser Pristina, qui attend cela depuis plus de quatre ans.

Une feuille de route pour la libéralisation des visas a été présentée en 2012, établissant les réformes que le pays doit faire avant de pouvoir les obtenir. En 2018, la Commission a confirmé que le Kosovo avait rempli toutes les conditions pour la libéralisation des visas et qu’elle devait lui être accordée.

Cependant, une telle démarche nécessite l’unanimité des 27 États membres du bloc, laquelle est difficile à obtenir si l’on considère que cinq États membres de l’UE ne reconnaissent toujours pas le Kosovo et que la France a fait obstacle à plusieurs reprises.

Une route longue et sinueuse

Le Kosovo a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Serbie en 2008, après la guerre du Kosovo de 1998-1999 qui a coûté la vie à des milliers d’Albanais du Kosovo et entraîné le déplacement de plus de 1,5 million de personnes. Les bombardements de l’OTAN ont mis fin à l’assaut de Belgrade, et les Nations unies, ainsi que l’UE et d’autres acteurs internationaux, ont depuis lors contribué à la reconstruction du pays.

Toutefois, cinq États membres de l’UE — Chypre, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et l’Espagne — refusent de reconnaître son indépendance, principalement en raison de leurs différends territoriaux.

Le Kosovo est actuellement reconnu comme un candidat potentiel à l’adhésion à l’Union et le parlement kosovar a adopté en mars une résolution demandant au gouvernement de « prendre toutes les mesures nécessaires pour rejoindre l’OTAN, l’Union européenne, le Conseil de l’Europe et d’autres organisations internationales ».

En juin, le Premier ministre kosovar Albin Kurti a déclaré qu’il prévoyait de soumettre officiellement une demande d’adhésion d’ici la fin de l’année — une nouvelle qui n’a pas été bien accueillie par la Serbie.

Davantage d’efforts sont nécessaires

Le dernier rapport par pays indique que le Kosovo a fait des progrès mais doit « intensifier ses efforts pour renforcer la démocratie, l’administration publique, l’État de droit et lutter contre la corruption ».

Les citoyens du pays restent fermement pro-UE, pro-Occident et pro-OTAN et les réformes, en particulier sous le gouvernement de M. Kurti, ont permis d’améliorer en profondeur des questions telles que la migration, la criminalité et l’État de droit.

Le rapport indique qu’au cours de l’année écoulée, le Kosovo a bénéficié d’une certaine stabilité et que « l’environnement politique a été propice à l’intensification des efforts déployés par le Kosovo pour renforcer la démocratie et l’État de droit, lutter contre la corruption et intensifier les activités législatives, notamment sur les réformes liées à l’UE ».

Il a également fait état d’un bon climat au sein du parlement, d’élections bien organisées et transparentes, ainsi que d’une société civile active et engagée, des éléments qui font souvent défaut chez nombre de ses voisins.

Le rapport demande également au Kosovo d’intensifier sa coopération avec la Serbie sur la question des crimes de guerre, le rétablissement des victimes et le renforcement des lois sur la violence domestique, l’égalité des sexes et les droits des enfants et des minorités.

Pas de progrès sans normalisation

Une autre question clé du rapport est la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie.

« Le Kosovo doit s’engager de manière plus constructive et faire de nouveaux efforts importants pour la mise en œuvre de tous les accords passés et contribuer à la conclusion d’un accord global de normalisation juridiquement contraignant avec la Serbie. [La conclusion d’] un tel accord est urgente et cruciale pour permettre au Kosovo et à la Serbie d’avancer sur leurs chemins européens respectifs », peut-on lire dans le document.

Le Kosovo et la Serbie sont engagés dans des pourparlers soutenus par l’UE depuis 11 ans mais sur la poignée d’accords signés, peu ont été mis en œuvre jusqu’à présent. M. Kurti a insisté sur une réciprocité totale dans de nombreux domaines afin d’affirmer la souveraineté du pays.

« La normalisation est importante et cruciale pour permettre au Kosovo et à la Serbie de progresser dans leurs politiques européennes respectives », a déclaré M. Varhelyi avant d’ajouter que « nous avons besoin d’un engagement total des deux parties, de manière constructive, pour que ce dialogue soit couronné de succès ».

L’une des principales pierres d’achoppement, outre la reconnaissance, qui n’a jamais été envisagée, est la demande de la Serbie de créer une association des municipalités serbes. Il s’agirait d’une structure soutenue par l’ethnie serbe, qui jouirait d’une autonomie totale au Kosovo sans relever de la compétence de Pristina.

Le gouvernement kosovar a rejeté cette possibilité dans un arrêt de la Cour constitutionnelle, qui l’a jugée inconstitutionnelle, et a déclaré que l’association pouvait être créée mais qu’elle ne pouvait pas disposer de pouvoirs exécutifs.

La question des plaques d’immatriculation est une autre question qui requiert une attention particulière. Pristina va exiger que tous les citoyens du Kosovo utilisent des plaques d’immatriculation émises par le gouvernement, ce qui aura des répercussions sur les Serbes du nord, qui restent fidèles à Belgrade. La nouvelle règle devrait entrer en vigueur à la fin du mois d’octobre.