Auditions des commissaires : Maroš Šefčovič hausse le ton face à la Chine et aux États-Unis
Lors de son audition devant le Parlement européen lundi 4 novembre, le commissaire désigné au Commerce, Maroš Šefčovič, a choisi de montrer les muscles face aux concurrences commerciales américaines et chinoises, expliquant qu'il « défendrait » les intérêts de l'Europe.
Lors de son audition devant le Parlement européen lundi 4 novembre, le commissaire désigné au Commerce, Maroš Šefčovič, a choisi de durcir le ton concernant les concurrences commerciales américaines et chinoises, expliquant qu’il « défendrait » les intérêts de l’Europe. Un ton beaucoup plus ferme que celui employé il y a deux semaines dans ses réponses écrites aux questions des eurodéputés.
Le candidat slovaque au prochain Collège des commissaires a expliqué devant le Parlement européen qu’il comptait « se battre » pour garantir des conditions de concurrence équitables avec la Chine, et qu’il « défendrait » les intérêts de l’Europe si le continent était « confronté à des scénarios perturbateurs » après l’élection présidentielle américaine.
« Le commerce est aujourd’hui moins régi par les seules forces du marché — les pratiques déloyales et les interventions de l’État sont de plus en plus répandues, en particulier en l’absence d’un règlement mondial modernisé et d’un mécanisme de règlement des différends », a-t-il noté.
« Il est donc temps de redoubler d’efforts pour préserver des conditions de concurrence équitables : les industries de l’UE doivent bénéficier d’une aide rapide et efficace lorsqu’elles sont confrontées à des importations faisant l’objet de dumping ou à de subventions déloyales, à des surcapacités non liées au marché ou aux retombées négatives des politiques industrielles étrangères », a-t-il expliqué aux eurodéputés.
Il s’est également engagé à faire « un usage assertif de notre robuste système d’instruments de défense commerciale, tout en veillant à ce que notre réponse soit solide sur le plan juridique », ajoutant qu’il évaluerait dans quelle mesure « l’UE doit réviser ces instruments ».
États-Unis, Chine et Mercosur
L’actuel commissaire européen chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) a également expliqué qu’il tenterait d’améliorer les relations de l’Union avec les États-Unis, notamment en engageant une « refonte » du Conseil du commerce et de la technologie UE-États-Unis (CCT).
Créé en 2021 pour améliorer les relations transatlantiques après la présidence houleuse de Donald Trump, cet instrument de coordination pourrait être menacé par un éventuel retour du républicain à la Maison-Blanche, après le scrutin du 5 novembre.
« Le lien transatlantique est le plus naturel pour nous, il représente environ 29 % du commerce mondial et 5 000 milliards d’euros d’investissements mutuels », a noté Maroš Šefčovič lundi. « Quels que soient les résultats [de l’élection américaine], je présenterai donc une offre de coopération, y compris une réorganisation du Conseil du commerce et de la technologie UE-États-Unis. ».
« Dans le même temps, je serai prêt à défendre nos intérêts [si] nous sommes confrontés à des scénarios perturbateurs », a toutefois averti le Slovaque.
Maroš Šefčovič a également expliqué que Bruxelles devrait chercher à « réinitialiser [s]es relations commerciales avec la Chine, afin de garantir une plus grande équité, des conditions de concurrence équitables » et veiller à ce que le commerce entre les deux blocs reste « mutuellement avantageux ».
L’aspirant commissaire a également été interrogé par de nombreux eurodéputés français sur l’accord commercial UE-Mercosur, un accord que Paris a longtemps bloqué par crainte que des produits agricoles moins chers en provenance d’Amérique latine ne nuisent au secteur agricole de l’Hexagone. Des craintes partagées par de nombreux agriculteurs dans le reste de l’UE.
Alors que l’eurodéputé du Rassemblement national Christophe Bay (Patriotes pour l’Europe) accusait la Commission européenne de « manque de transparence » dans les négociations de l’accord, Maroš Šefčovič a annoncé que la direction générale du commerce de l’exécutif « brieferait » la commission du Commerce international du Parlement à ce sujet le 11 novembre.
Selon certaines sources, ces discussions techniques pourraient ouvrir la voie à une tentative de conclure un accord lors du sommet du G20 au Brésil, le 18 novembre prochain.
« J’espère que cet accord pourra être conclu sur des bases très équitables », a affirmé l’homme politique.
« Une fois que nous saurons que les négociations sont entrées dans la phase finale, alors, comme je vous l’ai promis, je viendrai vous voir avec un power point, avec une calculatrice, avec toutes les données nécessaires », a précisé Maroš Šefčovič, « et je préconiserai une discussion basée sur des données et sur des chiffres ».
Réforme de l’OMC et sanctions de l’UE
Les eurodéputés ont également demandé à Maroš Šefčovič de préciser sa volonté de mener une « réforme » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), « y compris en investissant dans la voie plurilatérale » — c’est-à-dire en optant pour des accords sur la base du volontariat afin d’obtenir davantage de traités, en commençant par des discussions entre « ceux qui le souhaitent » plutôt qu’avec l’ensemble des membres de l’organisation.
L’aspirant commissaire a noté que l’incapacité des États-Unis à nommer des juges siègant au sein de l’Organe d’appel de l’organisation signifiait que lorsque les nations font appel d’une décision de l’OMC, elles ne font que « faire appel des affaires dans le vide ».
Toutefois, il a souligné qu’il tenterait de résoudre ce problème en renforçant l’arbitrage d’appel provisoire multipartite, un système alternatif de résolution des différends de l’OMC actuellement soutenu par plus de 50 pays.
Maroš Šefčovič a également été interpellé par l’eurodéputé letton d’extrême droite Rihards Kols (Conservateurs et Réformistes européens) pour n’avoir mentionné l’Ukraine que vers la fin de son discours d’ouverture, et a été poussé à préciser comment il tenterait d’aborder le contournement des sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie.
« Le contournement des sanctions est totalement inacceptable et nous nous y attaquons de toutes nos forces », a-t-il déclaré, notant que l’UE tentait actuellement d’aborder la question par le biais de « contacts bilatéraux » avec la Turquie, les Émirats arabes unis et la Chine.
« Le contournement des sanctions fait partie de chaque dialogue et de chaque discussion que nous avons eus avec la Chine sur ces éléments », a-t-il déclaré, ajoutant que l’UE « travaille en étroite collaboration » avec l’envoyé de l’UE pour les sanctions, David O’Sullivan, ainsi qu’avec d’autres membres du G7, afin de résoudre le problème.
Lors d’une réunion à huis clos tard lundi soir, Maroš Šefčovič a reçu le soutien des coordinateurs représentant au moins deux tiers des eurodéputés des commissions qui ont mené son audition, ont indiqué à Euractiv deux sources au fait de la question.
La confirmation officielle que le Slovaque restera au Berlaymont pour un mandat supplémentaire devra cependant attendre le 21 novembre, lorsque les lettres d’évaluation de chaque candidat seront publiées, souligne un communiqué de presse du Parlement européen. S’il devait être confirmé dans ses fonctions, Maroš Šefčovič pourrait devenir d’ici 2027 le commissaire ayant le plus long mandat de l’histoire de la Commission.
Nicoletta Ionta & Magnus Lund Nielsen ont contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Laurent Geslin]