Avant le second tour des législatives, la Russie en soutien au RN

Alors que le Rassemblement national (RN) est arrivé en tête du premier tour des élections législatives anticipées, la Russie s’est exprimée mercredi (3 juillet), apportant son soutien au parti d’extrême droite quelques jours avant le second tour décisif.

Euractiv.com
Marine Le Pen arrives at Rassemblement National (RN) party headquaters in Paris
Si le Kremlin n’a jamais fait mystère de sa connivence politique et idéologique avec l’extrême droite française, le soutien explicite au RN marque une nouvelle étape dans la tentative russe d’influencer sur le résultat des élections anticipées. [YOAN VALAT/EPA-EFE]

Alors que le Rassemblement national (RN) est arrivé en tête du premier tour des élections législatives anticipées, le ministère des Affaires étrangères russe a apporté, mercredi (3 juillet), son soutien au parti d’extrême droite, quelques jours avant un second tour décisif.

Le RN est sorti largement vainqueur du premier tour des législatives en France du dimanche (30 juin), avec plus de 33 % des voix, loin devant la coalition des gauches du Nouveau Front populaire (27 %) et le mouvement Ensemble du président Emmanuel Macron (20 %).

« Le peuple français souhaite une politique étrangère souveraine qui serve ses intérêts nationaux et une rupture avec le diktat de Washington et de Bruxelles », a déclaré dans l’entre-deux-tours le directeur adjoint du département de l’information et de la presse du ministère russe des Affaires étrangères, Andrey Nastasin.

« Les responsables français ne pourront pas ignorer ces changements profonds dans l’attitude de la grande majorité des citoyens », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait déjà déclaré lundi (1er juillet) que la Russie surveillait les élections françaises « de très, très près ».

Des commentaires laconiques qui en disent long. Si le Kremlin n’a jamais fait mystère de sa proximité idéologique avec l’extrême droite française, le soutien explicite des autorités russes au RN est une démonstration évidente de leurs tentatives de peser sur la vie politique française.

Avec l’objectif de voir s’installer au gouvernement un parti qui a toujours maintenu une certaine ambiguïté avec le régime de Vladimir Poutine, et d’influer certaines décisions de la France au niveau international, en premier chef l’aide militaire et financière de Paris à l’Ukraine.

Une étude publiée le soir du premier tour des élections législatives a en outre révélé que la Russie avait mené des campagnes de désinformation ciblées sur les réseaux sociaux, dans le but de polariser le débat, d’encourager un vote d’extrême droite et de tenter de mettre à mal le « front républicain ».

Un rapport parlementaire publié en juin 2023 affirmait que le RN était « aligné » sur le Kremlin : « Ce lien s’explique […] par une forte convergence de vues avec la Russie sur un certain nombre de valeurs politiques et de questions géopolitiques », peut-on y lire.

En outre, des liens étroits se sont tissés entre des représentants du Kremlin et du RN au fil des années : le député européen Thierry Mariani, récemment réélu, en fut l’un de ses plus actifs protagonistes.

Le RN était également « le seul parti français financé en partie par un prêt initialement accordé par une banque russe, puis repris par une société russe », ajoute le rapport parlementaire. Ce prêt a été intégralement remboursé en septembre dernier.

La direction du RN a systématiquement nié les accusations de collusion avec la Russie. Plus récemment, elle a même changé de ton vis-à-vis du Kremlin : le président du parti Jordan Bardella ne cesse par exemple de dénoncer l’invasion russe en Ukraine.

« Je ne laisserai pas l’impérialisme russe absorber un État allié comme l’Ukraine », a-t-il affirmé lors d’un débat télévisé la semaine dernière. Ce dernier s’est par ailleurs engagé à continuer de financer et d’armer Kiev, tout en excluant l’envoi d’instructeurs militaires sur sol ukrainien, ou la livraison de missiles à longue portée.

Sur TFI mercredi soir (3 juillet), Marine Le Pen expliquait que les déclarations du ministère russe étaient certainement « une provocation », et « peut-être aussi une ingérence ».

« Le parti de Marine Le Pen, à l’exception de quelques considérations tactiques pour s’assurer le pouvoir, ne change[ra] pas sur les questions fondamentales» et reviendra à une position pro-Russe après le second tour, souligne Michel Duclos, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, dans une note publiée la semaine dernière.

Les services de sécurité français ont révélé en février l’existence d’un réseau de propagande pro-russe à l’échelle de l’UE, baptisé « Portal Kombat », qui compte au moins 200 sites web diffusant de fausses informations sur la guerre en Ukraine.