Avec la fin de la COP29, la situation des droits humains pourrait encore se dégrader en Azerbaïdjan

Alors que la COP29 touche à sa fin, des ONG internationales s’inquiètent de la situation des droits humains dans le pays, qui devraient continuer de se détériorer alors que Bakou a acquis une importance géopolitique significative depuis le début de l’invasion totale de l’Ukraine en février 2022.

EURACTIV.com
End of COP heralds tough times for Azerbaijan human rights and peace diplomacy
L’Europe tient également à maintenir la paix dans son voisinage immédiat, qui a été menacé par les ambitions impériales de Moscou et reste incomplet depuis que les forces armées de l’Azerbaïdjan ont repris à l’Arménie la région contestée du Haut-Karabakh en 2023 — ce qui a encore renforcé la confiance de Bakou. [Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photo credit: Getty Images and Wikipedia Commons]

Alors que la COP29 touche à sa fin, des ONG internationales s’inquiètent de la situation des droits humains dans le pays, qui devraient continuer de se détériorer alors que Bakou a acquis une importance géopolitique significative depuis le début de l’invasion totale de l’Ukraine en février 2022.

Pendant quelques jours, l’Azerbaïdjan a été au centre de la diplomatie mondiale. Plus de 65 000 délégués de près de 200 pays étaient réunis dans la capitale, Bakou, pour tenter de s’entendre sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour autant, les défenseurs des droits humains s’inquiètent de ce que se passera dans le pays, après la fin de la conférence, lorsque l’attention du monde sera concentrée ailleurs, et alors que la répression contre les opposants au régime ne fait que se renforcer.

« Il est important que l’attention de la communauté internationale [sur les droits humains] ne faiblisse pas, même après la COP », souligne Robin Wagener, coordinateur allemand pour la coopération avec le Caucase du Sud, la République de Moldavie et l’Asie centrale.

Une mission délicate alors que l’Azerbaïdjan occupe une importante position géopolitique depuis l’invasion généralisée de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, et que le gouvernement de Bakou semble de plus en plus sûr de lui.

Riche en pétrole et en gaz, l’Azerbaïdjan fournit des combustibles fossiles à l’Europe, et remplace une partie des approvisionnements russes. Sa situation géographique en fait aussi une plaque tournante des flux commerciaux vers l’Asie.

L’Europe tient à maintenir la paix dans son voisinage immédiat, une paix menacée par les ambitions de Moscou et par l’offensive menée par les forces armées azerbaïdjanaises contre l’Arménie et le Haut-Karabakh en 2023.

Ce conflit n’a d’ailleurs pas manqué de raviver l’attention de l’Europe pour la région, en particulier celle de l’Allemagne, la plus grande économie de l’Union européenne (UE), explique Marcel Röthig, expert du Caucase du Sud au sein de la Fondation Friedrich Ebert.

En l’espace de 12 mois, le chancelier Olaf Scholz a reçu à deux reprises le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, à Berlin. Ce dernier avait participé avec la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, aux négociations de paix entre Bakou et Erevan, dont les préparatifs avaient eu lieu à Berlin.

Un éléphant dans la pièce

Les diplomates occidentaux ont donc certaines difficultés à aborder les sujets qui fâchent avec l’Azerbaïdjan, l’un des pays les moins bien notés sur les 192 évalués par l’indice 2024 « Liberté dans le monde » de l’organisation à but non lucratif Freedom House. Plus de 300 prisonniers politiques seraient à l’heure actuelle en prison, plus que jamais auparavant, note Marcel Röthig, en citant des ONG azerbaïdjanaises.

Par exemple, Gubad Ibadoghlu, économiste à l’Université technique de Dresde et éminent critique des politiques environnementale et de droits humains en Azerbaïdjan, aurait selon ses proches été kidnappé dans sa voiture au Royaume-Uni. Il serait depuis en captivité, tout comme le militant pour le climat Amar Mammadli.

La COP n’a pas amélioré le sort de ces prisonniers. « La situation des droits humains en Azerbaïdjan s’est détériorée, malgré une attention accrue avant la COP », continue Robin Wagener. Bakou n’a pas non plus signé d’accord de paix avec l’Arménie, comme l’espérait Erevan avant la conférence.

Les critiques ignorées

Ceux qui se sont exprimés avant et pendant la conférence ont été ignorés ou sanctionnés. L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe — l’organisation de défense des droits humains basée à Strasbourg — avait voté au début de l’année la suspension de la délégation azerbaïdjanaise, qui ne respectait pas les normes de l’institution.

Peu avant la COP29, Bakou a interdit l’entrée aux 76 délégués du Conseil de l’Europe qui avaient voté en faveur de cette suspension, les empêchant d’assister au sommet.

L’un d’entre eux, Frank Schwabe, député allemand et chef du groupe « Socialistes, Démocrates et Verts » au sein de l’institution, a expliqué qu’il avait été mandaté pour assister à la COP en tant que membre de la sous-commission « Politique climatique » du Bundestag.

Selon les règles de l’ONU, Bakou aurait dû révoquer son interdiction pour la durée de la COP, a-t-il soutenu, mais rien de tel ne s’est produit.

Lorsque le Parlement européen avait adopté une résolution critique liée au choix de l’Azerbaïdjan comme pays hôte de la COP, le conseiller en politique étrangère du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, Hikmet Hajiyev, avait critiqué l’institution.

Une lettre signée par douze eurodéputés, qui demandait au gouvernement azerbaïdjanais de pouvoir s’entretenir avec les prisonniers politiques pendant la COP29, n’a reçu aucune réponse.

Plus de pression de la part de l’Europe ?

« Les gains conséquents en termes de réputation et de prestige » que Bakou pourrait tirer de la COP devraient renforcer le sentiment de toute-puissance de l’Azerbaïdjan et rendre toute négociation encore plus délicate.

Pour Robin Wagener, l’approche allemande a consisté à évoquer discrètement quelques préoccupations concernant les droits de l’homme à huis clos « avant la COP, pendant la COP et après la COP », par exemple, au sein du Conseil de l’Europe. Grâce à cette pression, l’emprisonnement de Gubad Ibadoghlu a été transformé en assignation à résidence.

Pour Frank Schwabe, les dissidents azerbaïdjanais devraient pouvoir recevoir l’asile politique en Europe, tandis que les organisations internationales devraient continuer à sanctionner le pays.

Selon Marcel Röthig, l’UE devrait ainsi parler d’une même voix et l’Allemagne adopter le ton très ferme employé par Paris et ainsi contribuer à la paix avec l’Arménie. « Aucune pression concrète n’a pour l’heure été exercée sur Bakou », explique-t-il pour Euractiv.

[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]