Belgique : les propos du Premier ministre sur les chômeurs sèment le trouble au sein de la coalition
Lors d’un discours, le Premier ministre Alexander De Croo a évoqué les chômeurs, et notamment ceux qui « ne veulent pas travailler », afin de soutenir la proposition de limitation dans le temps les allocations de chômage, ce qui a suscité de vives réactions au sein de la coalition.
Lors d’un discours prononcé à l’approche de la fête du Travail, le Premier ministre belge Alexander De Croo a évoqué les chômeurs, et notamment ceux qui « ne veulent pas travailler », afin de soutenir la proposition de limitation dans le temps les allocations de chômage, ce qui a suscité de vives réactions de la part de certains partis de la coalition gouvernementale.
Le Premier ministre a clairement exprimé sa position sur le chômage dans son discours devant les partisans des Libéraux et démocrates flamands (Open Vld, Renew Europe) réunis à Blankenberge dimanche (30 avril) : davantage de personnes doivent travailler et la pression exercée sur ceux qui travaillent est trop forte.
« Le problème n’est pas que les épaules les plus fortes ne portent pas assez, mais qu’il y a trop peu d’épaules », a-t-il déclaré, soulignant « l’inégalité entre ceux qui travaillent et contribuent et ceux qui ne veulent pas travailler ».
Het probleem in ons land is niet dat de sterkste schouders niet genoeg dragen.
Het échte probleem is dat er te weinig schouders zijn
Er moeten meer mensen aan de slag.
Mijn volledige 1 mei-toespraak in Blankenberge ➡️ https://t.co/M4Vo4Sp7Fy pic.twitter.com/clm0SlfmKa
— Alexander De Croo 🇧🇪🇪🇺 (@alexanderdecroo) April 30, 2023
Pour résoudre ce problème, il souhaite déposer un projet de loi prévoyant que les personnes qui refusent à plusieurs reprises un emploi perdent leurs allocations, une proposition qui avait déjà été critiquée par certains partis, notamment les socialistes.
« Apparemment, les mentalités ont évolué », a expliqué Alexander De Croo, faisant référence au fait que, la semaine dernière, Conner Rousseau, président du parti social-démocrate flamand Vooruit (membre de la coalition des sept partis, groupe S&D) a indiqué qu’il souhaitait limiter l’octroi des allocations de chômage à deux ans, avec l’obligation d’accepter un « emploi de base ».
« C’est pourquoi nous remettrons nos propositions sur la table du gouvernement, dans le cadre de la réforme fiscale », a poursuivi le Premier ministre.
Il a également mis l’accent sur le fait que l’on ne peut pas « rester indéfiniment sous perfusion du chômage », ajoutant que « bien sûr, les personnes qui rencontrent des difficultés, tombent malades ou perdent leur emploi, doivent pouvoir compter sur notre solidarité », mais que cela n’est possible que si « davantage de personnes contribuent ».
M. De Croo a lancé une pique aux socialistes, affirmant qu’ils s’en prennent aux travailleurs de la classe moyenne en les considérant comme percevant de « gros salaires » simplement parce qu’ils mettent de l’argent de côté.
« Les familles qui vont travailler […], réalisent leur rêve de posséder leur propre entreprise, les personnes qui construisent quelque chose en travaillant dur, doivent soudain contribuer encore plus, comme si elles ne le faisaient pas déjà aujourd’hui. »
« Il n’y a pas de honte à aller travailler. La vraie honte, c’est qu’il y a des gens qui vont travailler tous les jours et qui se retrouvent avec moins que ceux qui ne le font pas », a déclaré M. De Croo.
Si les socialistes flamands se sont ouverts à la proposition de limiter les allocations de chômage, pour le Parti socialiste francophone (PS), il s’agit d’une ligne rouge à ne pas franchir.
Lundi (1er mai), Paul Magnette (PS) a déclaré que le chef du gouvernement outrepassait son rôle de conciliateur et s’exprimait en tant que « leader de la droite flamande », et non en tant que Premier ministre.
« Un Premier ministre n’attaque pas ses partenaires, il se place au-dessus de la mêlée, il n’oppose pas les travailleurs aux sans-emploi, il respecte l’accord de gouvernement », a-t-il indiqué, rappelant que la limitation des allocations n’était pas dans l’accord de gouvernement.
M. Magnette a également expliqué que les bas et moyens salaires devaient être augmentés afin de rendre le travail attrayant. Cela signifie « faire payer ceux qui ont les moyens de payer » et non pas « attaquer les chômeurs », une rhétorique de droite selon lui.
Mardi (2 mai), le chef du parti, Ahmed Laaouej, a décrit M. De Croo comme un « chef de bande libéral ».
En tant que premier parti de la coalition, M. Laaouej a déclaré que le PS n’était pas d’accord avec les propositions et la méthode de travail de M. De Croo. « Il est temps qu’Alexander De Croo retrouve son calme et son sens des responsabilités », a-t-il déclaré sur La Première.
Pour lui, il ne faut pas punir les chômeurs de longue durée en réduisant ou en supprimant leurs allocations, car cela n’augmenterait pas le taux d’emploi. « Les vrais problèmes sont la formation […] et la discrimination à l’embauche », a-t-il expliqué.
Quant aux partis libéraux de la coalition, les présidents du Mouvement réformateur (MR, Renew Europe) et de l’Open VLD, Georges-Louis Bouchez et Egbert Lachaert, se sont également prononcés en faveur de la limitation des allocations de chômage dans le temps.
Enfin, le parti écologiste francophone Ecolo, également membre de la coalition, ne souhaite pour sa part pas voir cette proposition aboutir.
« Certains responsables politiques insistent sur l’importance du différentiel de revenu entre travail et non-travail. C’est effectivement un facteur essentiel de mobilisation vers le travail. Mais il doit se réaliser par de meilleurs revenus du travail, pas en remettant en cause les acquis essentiels du gouvernement […] en matière de revalorisation des allocations les plus basses ou d’investissement dans la transition de l’économie », ont déclaré Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane (Ecolo) dans un communiqué lundi.