Belgique : l’ex-juge du Qatargate se lance en politique

Michel Claise, l’ancien juge d’instruction belge chargé de l’affaire du Qatargate, se lance en politique : il est candidat aux élections législatives dans son pays, pour poursuivre son « combat » en faveur de la justice.

EURACTIV France avec AFP
Claise & De Smet
Michel Claise (à gauche) et François De Smet, président du parti DéFi et député (à droite). [<a href="https://www.defi.be/wp-content/uploads/24-01-09-michel_claise_francois_de_smet-1440x1006.png" target="_blank" rel="noopener">Site web du parti DéFi</a>]

Michel Claise, l’ancien juge d’instruction belge chargé de l’affaire du Qatargate qui a ébranlé le Parlement européen, se lance en politique : il est candidat aux élections législatives dans son pays, pour poursuivre son « combat » en faveur de la justice.

L’ancien magistrat, tout juste retraité, est en troisième position sur la liste pour la circonscription bruxelloise du parti centriste Démocrate Fédéraliste Indépendant (DéFI), qui dispose actuellement de deux sièges de députés à la Chambre. Les élections auront lieu en même temps que les européennes, le 9 juin 2024.

« Je me suis dit, plutôt que de continuer à critiquer le monde politique comme je l’ai fait, si je retroussais mes manches? », a expliqué à l’AFP l’ancien juge spécialisé dans la lutte contre la corruption et la criminalité financière, âgé de 68 ans.

Il a déclaré être « effrayé depuis des années » par la montée en puissance des organisations criminelles et avoir constaté « que le monde politique, non seulement ne réagissait pas, mais en plus diminuait les forces vives pour lutter contre le phénomène ».

Il soutient notamment l’idée d’un « plan Marshall pour redresser la justice belge », déplorant son « sous-financement extrêmement grave ».

« Je me bats aussi depuis des années pour la création d’un secrétariat d’État à la lutte contre la criminalité financière », ajoute l’ex-juge. « Ce qui m’importe c’est de pouvoir, dans le cadre de la campagne et de la préparation du programme, conscientiser [le public] sur l’importance de ces combats », dit-il.

Son expérience au sein de la justice belge, et plus spécifiquement dans le domaine de la criminalité financière avec les affaires des Panama Papers, SwissLeaks, ou encore Football Leaks, lui permettront de « contribuer à rendre le système plus juste et respectueux des citoyens » et seront « le fer de lance de son engagement » en politique, peut-on lire dans un communiqué du parti DéFi.

« L’amener au Parlement fédéral, c’est garantir que plus aucun gouvernement, plus aucun ministre de la justice, ne dormira tranquille. Ce sera un gain pour tous les Belges », a déclaré le président du parti, François De Smet.

Qatargate

Chargé de l’enquête du Qatargate portant sur les soupçons de corruption au sein du Parlement européen impliquant le Qatar et le Maroc, Michel Claise s’était dessaisi du dossier en juin 2023, en raison d’un risque de conflit d’intérêts, passant la main à une autre magistrate.

Plus d’un an après l’éclatement du scandale, l’enquête semble à la peine. À la demande des avocats de l’eurodéputée grecque Eva Kaili, inculpée dans ce dossier, la Cour d’appel de Bruxelles contrôle la régularité de la procédure, dans une sorte de procès de l’instruction.

Michel Claise, lui, assure n’avoir « aucune inquiétude » mais refuse de commenter davantage. Il dénonce « le nombre d’énormités, de fake news, de manipulations qui sont sortis à propos du dossier ». « Les dossiers se traitent dans les prétoires », souligne-t-il.

Pour rappel, l’enquête sur les soupçons de corruption au Parlement européen avait conduit en décembre 2022 à une vague d’interpellations et la saisie à Bruxelles de valises et sacs contenant 1,5 million d’euros en espèces aux domiciles de Mme Kaili et de l’ex-eurodéputé italien Pier-Antonio Panzeri.

Les enquêteurs soupçonnent des versements intervenus en échange de décisions ou prises de position politiques favorables au Qatar et au Maroc au Parlement européen, ce que Doha et Rabat ont fermement nié.

Outre Eva Kaili, qui clame son innocence, et Pier-Antonio Panzeri, cinq personnes ont été formellement inculpées. Plus aucune d’entre elles n’est incarcérée actuellement.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]