Belgique : scandales et démissions au Parlement de Wallonie
Le Bureau du Parlement de Wallonie, y compris son président Jean-Claude Marcourt (Parti Socialiste), a démissionné suite à une série d’accusations de dépenses excessives. Ces démissions ne seront toutefois effectives qu’après la nomination d’un nouveau Bureau.
Le Bureau du Parlement de Wallonie, y compris son président Jean-Claude Marcourt (Parti Socialiste), a démissionné suite à une série d’accusations de dépenses excessives. Ces démissions ne seront toutefois effectives qu’après la nomination d’un nouveau Bureau, a indiqué M. Marcourt mardi (13 décembre).
Le Parlement de Wallonie est l’assemblée législative de la Région wallonne, l’une des trois régions de Belgique. Le Bureau du Parlement est principalement chargé de la gestion administrative et financière de l’Assemblée.
Vendredi dernier (9 décembre), les médias belges RTBF et Le Soir rapportaient que le président du Parti socialiste belge (PS), Paul Magnette, avait demandé la démission de l’ensemble du Bureau du Parlement de Wallonie. Les médias s’étaient fait l’écho de dépenses excessives de la part de certains administrateurs parlementaires et députés.
En ligne de mire, le greffier de l’assemblée, Frédéric Janssens, et son président, Jean-Claude Marcourt (PS), qui auraient fait exploser les dépenses lors d’un voyage à Dubaï en novembre de l’année dernière dans le cadre de l’Exposition universelle.
Ce même M. Janssens serait en outre au cœur d’un scandale de harcèlement et d’intimidation. En effet, en septembre, plusieurs médias belges rapportaient que le greffier était accusé de faire régner un véritable « climat de terreur » au sein de l’assemblée.
« Constituer un nouveau Bureau »
Sophie Pécriaux (PS) a été la première membre du Bureau — qui est composé de cinq personnes — à annoncer sa démission vendredi dernier.
Lundi (12 décembre), après que M. Marcourt a évoqué sa possible démission — à condition toutefois que le reste du Bureau démissionne avec lui —, M. Magnette a salué le geste, qui permettrait de « constituer un nouveau Bureau, élargi à l’opposition » cette fois.
Le Bureau du Parlement wallon est uniquement dirigé par des membres issus des partis de la coalition régionale, suite à une récente réforme. Ce faisant, l’opposition n’a plus eu accès au Bureau.
En dehors de Mme Pécriaux et de M. Marcourt, tous deux membres du PS, deux autres membres du Bureau actuel appartiennent au Mouvement Réformateur (MR, parti de centre droit) et le dernier membre appartient au parti écologiste (ECOLO).
Confronté à une forte pression politique et médiatique depuis la semaine dernière, M. Marcourt a finalement annoncé sa démission mardi, ainsi que celle de l’ensemble du Bureau.
Mardi matin, il a confié sur le plateau de RTL qu’il ne reconnaissait « aucune faute, ni personnelle, ni collective » et que la responsabilité n’était pas entièrement la sienne – les autres membres du Bureau seraient également à blâmer, selon lui.
Par ailleurs, il a expliqué que sa démission sera effective dès que la transition, nécessaire pour ne pas bloquer les activités parlementaires en amont du vote du budget wallon 2023, sera achevée.
À l’avenir, M. Marcourt fera toujours partie de l’assemblée, mais uniquement en tant que député.
En attendant, le Parlement wallon devrait élire un nouveau Bureau et un nouveau président mercredi prochain (21 décembre). Ce sera au président du PS, Paul Magnette, de trouver un successeur à M. Marcourt.
Le député André Frédéric (PS), qui, selon plusieurs médias, pourrait bien devenir le prochain président, a expliqué qu’il fallait « plus de transparence au niveau des décisions prises par le Bureau » et qu’il fallait également « rendre de la confiance et renforcer cette confiance », rapportait hier soir L’Écho.
Réactions de l’opposition
Le député wallon Germain Mugemangango (PTB, gauche) a commenté l’affaire secouant le Parlement de Wallonie sur Twitter, affirmant que la démission de M. Marcourt était « bien le minimum vu ce trip à Dubaï à 20.000 € ».
Il a également mentionné la responsabilité du reste du Bureau, qui « a laissé faire et qui a laissé déraper les dépenses du Parlement de Wallonie dans des chantiers qui se comptent en dizaines de millions d’euros », appelant à la démission de ses membres également.
« La classe politique doit abandonner son goût pour les privilèges aux dépens du contribuable. Le nouveau bureau devra renoncer aux rémunérations supplémentaires prévues. Il est aussi largement temps que les parlementaires voient leur rémunération à 6000 € divisée par 2 », a-t-il ajouté.
Sur Matin Première mardi, il expliquait qu’il faut « changer de culture politique : au lieu de s’intéresser aux privilèges et au luxe, il faut se rapprocher du niveau de vie des gens et prendre des mesures dans ce sens ».
« S’ils veulent faire le même Bureau avec les mêmes privilèges, ce sera sans nous », a-t-il conclu.
Il ne s’agit pas d’un cas isolé
Lundi, Samuel Cogolati (ECOLO), membre de la Chambre des représentants, l’une des deux chambres du Parlement fédéral du pays, a déclaré sur le plateau de LN24 qu’il était en faveur de plus de transparence. « Il faut absolument faire le ménage […], on ne peut plus accepter les pratiques du passé [dans le Parlement de Wallonie] », a-t-il ajouté.
Dans le cadre de l’émission, M. Cogolati a également été interrogé sur un autre membre du Parti socialiste belge, l’eurodéputé Marc Tarabella, dont le domicile a été perquisitionné dans le cadre de l’enquête pour des soupçons de corruption au Parlement européen. M. Tarabella, n’a pas été arrêté, mais il a été convoqué par la Commission de Vigilance fédérale du PS et devait être entendu mardi. Le socialiste s’est également suspendu du groupe des Socialistes et Démocrates du Parlement européen (S&D) pendant les enquêtes.
M. Cogolati a rappelé que, lorsqu’il avait eu l’occasion de discuter du boycott diplomatique du mondial au Qatar avec M. Tarabella sur le même plateau, ce dernier avait alors défendu la position du Qatar. « Je suis troublé par ces positions de certains politiciens aujourd’hui », a poursuivi M. Cogolati.
« Nous aussi, au Parlement belge, nous devons faire la lumière sur les tentatives d’ingérence de la part du Qatar. »
Il a ensuite expliqué avoir tenté en vain de former une majorité parlementaire pour « dénoncer les violations des droits des travailleurs au Qatar ».
« Je n’ai jamais vécu un lobbying aussi dur, ferme et intense », a-t-il confié.