Berlin et Paris ouverts à un compromis sur le pacte économique

Le plan allemand controversé en six points qui vise à stimuler la coordination économique dans la zone euro va probablement être édulcoré dans les prochaines semaines alors que la zone tente de mettre en place un paquet global pour résoudre sa crise de la dette souveraine.

Summit Barroso Van Rompuy 4 Feb2011 small.jpg
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Le plan allemand controversé en six points qui vise à stimuler la coordination économique dans la zone euro va probablement être édulcoré dans les prochaines semaines alors que la zone tente de mettre en place un paquet global pour résoudre sa crise de la dette souveraine.

La réponse au « pacte de compétitivité » de Mme Merkel, présenté avec le soutien du président français, Nicolas Sarkozy, lors d'un sommet réunissant les dirigeants de l'UE vendredi passé, a été accueilli par de nombreuses critiques.

Hier (8 février), le ministre italien des affaires étrangères a qualifié les propositions de Berlin d'irréalistes. La Belgique et le Luxembourg ont promis de résister aux pressions visant à abolir les liens entre les salaires et l'inflation. Même l'Autriche, proche alliée de l'Allemagne, est contre l'idée d'élever l'âge de la retraite.

Toutefois, les fonctionnaires allemands ont précisé, depuis que les critiques ont fusé au sommet de Bruxelles la semaine dernière, qu'ils étaient ouverts à un compromis sur le pacte qu'ils avaient élaboré en consultation avec la France.

« Vendredi n'a pas marqué la fin de la discussion, ce n'était que le début », a déclaré un fonctionnaire du gouvernement allemand qui préfère garder l'anonymat. « Ce n'était pas à prendre ou à laisser pour les autres Etats, mais il s'agissait plutôt d'une invitation à la discussion sur ces idées ».

Le ministre belge des affaires étrangères serait du même avis et l'a fait savoir lors d'une visite à Berlin mardi, affirmant que selon lui, le pacte de Mme Merkel était un peu plus qu'un ballon d'essai.

Des fonctionnaires de l'UE pensent également que l'Allemagne serait prête à céder sur certaines de ses demandes, notamment en ce qui concerne la suppression de l'indexation des salaires, une idée à laquelle Berlin n'aurait jamais été attachée, mais qu'elle aurait ajoutée au pacte en tant qu'outil de négociation.

Hier à Paris, la ministre française de l'économie, Christine Lagarde, a déclaré que l'objectif du pacte n'était pas que les économies européennes imitent l'Allemagne mais qu'elles promeuvent leurs propres bonnes pratiques afin de rendre toute l'Union plus compétitive.

Le pacte de compétitivité, qui devrait être adopté lors d'un sommet européen les 24 et 25 mars, a plutôt pour objectif une harmonisation progressive des politiques fiscales pour les entreprises, a-t-elle ajouté.

Le but était de construire une fondation plus solide pour la zone euro que celle qui existe à travers le Pacte de stabilité et de croissance, a insisté Mme Lagarde.

Sauver le pacte

Ce qui pourrait être conservé, selon des sources à l'UE, est la demande de l'Allemagne pour que ses partenaires de la zone euro inscrivent dans leurs lois nationales des limites de dettes et qu'ils mettent en rapport leurs politiques de retraite et les facteurs démographiques.

Un accord sur une approche européenne commune sur l'assiette de l'impôt sur les entreprises, une idée qui circule à Bruxelles depuis des années, pourrait également être possible à condition de ne pas demander une plus grande harmonisation des taux d'imposition des sociétés, un tabou pour l'Irlande.

Les grandes lignes d'un compromis devraient être tracées lors d'un sommet spécial des leaders de la zone euro du 11 au 13 mars, environ deux semaines avant que les dirigeants de l'UE ne dévoilent un accord global visant à enrayer la contagion dans la zone euro suite aux renflouements opérés en Grèce et en Irlande.

De grandes négociations

Tout signe qui indiquerait un potentiel danger pour les « grandes négociations » de fin mars risquerait de déstabiliser les marchés financiers, ce qui augmenterait la pression sur des pays souffrant de grands déficits comme le Portugal et l'Espagne qui ont vu leur coûts d'emprunts chuter ces dernières semaines dans l'espoir d'un accord.

C'est la raison pour laquelle les investisseurs observent de près les réactions aux propositions de Mme Merkel.

Son nouveau pacte a intensifié les craintes au sein des autres pays membres de l'UE que l'Allemagne impose son propre modèle économique au reste de l'Union et qu'elle refuse d'accepter un paquet plus large pour aider les pays de la zone euro en difficultés à moins qu'ils n’acceptent les demandes de Berlin.

Toutefois, les demandes de Mme Merkel en matière de compétitivité ont été formulées en fonction de la consommation nationale.

Elle devra affronter sept élections régionales cette année, y compris une élection cruciale en Baden-Wurttemberg, quelques jours après le sommet de l'UE des 24 et 25 mars. Elle subit également de fortes pressions de la part des électeurs allemands et de son parti conservateur, les chrétiens démocrates (CDU) pour mener des négociations serrées avec ses partenaires européens.

Les conservateurs ont approuvé un document cette semaine qui présente leurs propres idées sur la stabilisation de la zone euro. Ils vont plus loin que la proposition de Mme Merkel selon une copie à laquelle Reuters a eu accès où ils demandent des sanctions plus rapides et plus sévères à l'encontre des mauvais élèves du budget et appellent à ce que la « solidarité » allemande ne soit pas « à sens unique ».

Ce que Mme Merkel demandera exactement aux autres pays de la zone euro en mars en échange d'une augmentation de la capacité de prêt du mécanisme de sauvetage de l'Union, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), n'est pas clair, même dans les cercles berlinois.

Des fonctionnaires allemands ont affirmé que Berlin pourrait accepter de réduire les taux d'intérêt que l'UE fait payer à la Grèce et à l'Irlande pour leurs renflouements et de prolonger la période de remboursement de ces prêts.

Donner au FESF de nouveaux pouvoirs pour que des prêts soient accordés aux pays vulnérables afin qu'ils puissent racheter leurs obligations à prix réduit est également une idée prise en considération. Mais le fait de donner au Fonds le pouvoir d'acheter les obligations directement reste controversé. En effet, certains membres du gouvernement font pression pour une telle décision afin d'alléger le fardeau qui pèse sur les épaules de la Banque centrale européenne, alors que d'autres y sont fermement opposés.

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais pas EURACTIV)