Bonus écologique : la Chine dans le viseur de l’exécutif

De nouvelles incitations financières pour aider les consommateurs à acheter un véhicule électrique seront déployées en France à partir de janvier 2024 afin de soutenir les industries automobiles françaises et européennes en concurrence avec leurs rivaux chinois, a annoncé le gouvernement lundi.

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Pour le gouvernement, l’objectif d’une réforme du « bonus écologique » est clair : « récompenser les voitures électriques les plus vertueuses, en particulier celles fabriquées en France et en Europe », affirmait dimanche (17 septembre) la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher sur BFMTV. [SHUTTERSTOCK/asharkyu]

Un nouveau « bonus écologique » sera mis en œuvre dès janvier 2024 pour rendre plus accessible l’achat de véhicules électriques français et européens, a annoncé le gouvernement mardi (19 septembre). Objectif principal : ralentir l’arrivée massive de voitures chinoises.

À l’origine, le « bonus écologique » consistait en une prime forfaitaire de 5 000 euros applicable à tout achat d’un véhicule électrique, quel que soit sa provenance, et ce dans un souci d’accompagner les utilisateurs vers une mobilité au quotidien plus décarbonée.

Mais l’heure est à la réforme d’une aide financière qui oubliait de prendre en compte tout le processus de production de la voiture et de ses composants, notamment la batterie.

« Seules les émissions de gaz à effet de serre à l’usage étaient prises en compte comme critère environnemental », explique le gouvernement au Figaro. Une image bien trop contraignante du vrai coût environnemental d’un véhicule électrique, souligne l’exécutif, qui veut peaufiner les critères d’éligibilité en se concentrant notamment sur la production d’acier et d’aluminium, l’usage de métaux critiques, l’assemblage ou encore le transport. Un décret doit être publié en ce sens mardi.

Pour le gouvernement, l’objectif d’une réforme du « bonus écologique » est clair : « récompenser les voitures électriques les plus vertueuses, en particulier celles fabriquées en France et en Europe », affirmait dimanche (17 septembre) la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher sur BFMTV.

Et d’ajouter qu’un tel renforcement des chaînes de production européennes est « gagnant pour l’emploi […] et c’est gagnant pour le portefeuille des Français ».

La valeur du bonus pourra atteindre 5 000 euros à l’achat, voire 7 000 euros pour les ménages les plus modestes. La mesure devrait coûter un milliard d’euros, ajoute l’exécutif.

Arrivée massive de voitures chinoises

Si la révision du bonus s’ancre dans un effort général de décarbonation de l’économie française et européenne, elle n’est pas décorrélée de l’arrivée massive de voitures électriques chinoises sur le marché européen.

Avec les nouveaux critères, « une voiture fabriquée en Chine avec de l’électricité produite à partir de charbon ne bénéficiera pas du bonus écologique », ajoute Mme Pannier-Runacher. Cela inclut des modèles de voitures tels que « la Dacia Spring ou la MG chinoise », bien que la liste complète des véhicules exclus ne soit pas encore publiée : elle ne devrait l’être qu’en décembre.

La France, dont sont issus les géants de l’automobile Renault et Stellantis, surveille la Chine comme le lait sur le feu, alors que les voitures électriques chinoises se déversent sur le marché européen : de 8 % de part de marché en 2022, elles devraient atteindre les 15 % en 2025, selon les chiffres de la Commission européenne.

Le cabinet spécialisé Ptolemus Consulting Group estime que le prix moyen d’une voiture électrique chinoise a chuté d’environ 50 % entre 2015 et 2022, passant de 67 000 euros à 32 000 euros.

Dans le même temps, le prix des voitures électriques européennes a augmenté de 17 %, passant de moins de 49 000 euros à plus de 55 000 euros.

« Les constructeurs automobiles français et européens sont en état d’alerte maximum à cause du renversement très rapide des exportations européennes vers la Chine [dans l’automobile] », explique à Euractiv Elvire Fabry, chargée de recherche à l’Institut Jacques Delors.

Contrairement aux constructeurs automobiles européens, qui se sont notamment concentrés sur des voitures haut de gamme — et donc plus chères — leurs homologues chinois ont fait le choix d’aller vers des modèles « entrée de gamme » et plus accessibles, précise Mme Fabry.

La Chine en ligne de mire

Le renforcement de la filière automobile française passe donc, en partie, par une réforme du « bonus écologique », estime l’exécutif, qui ne cache pas sa volonté de réduire en même temps sa dépendance à l’égard de l’Empire du Milieu — et multiplie les prises de position contre la domination économique chinoise.

Le mois dernier, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire annonçait son intention d’élargir le champ d’application du contrôle des investissements étrangers au secteur minier, afin de contrôler plus efficacement l’extraction et le traitement des métaux critiques tels que le lithium, nécessaire à la production de batteries électriques.

La Chine domine la transformation de bon nombre de ces matières premières, même quand elle ne les extrait pas. Alors que seulement 9 % du lithium mondial est extrait en Chine, environ 60 % du raffinage de cette ressource y est effectué, selon un rapport de l’Institut allemand de recherche économique (DIW).

En outre, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen annonçait la semaine dernière l’ouverture d’une enquête pour subventions chinoises abusives dans le secteur de l’automobile, après des mois de lobbying intensif de la part des Français.

« Il s’agit d’une industrie cruciale pour une économie propre, avec un énorme potentiel pour l’Europe. Mais les marchés mondiaux sont aujourd’hui inondés de voitures électriques chinoises moins chères. Et leur prix est maintenu artificiellement bas par d’énormes subventions », a-t-elle déclaré dans son discours sur l’état de l’Union mercredi (13 septembre).

Mme Fabry, quant à elle, estime que le succès chinois est effectivement le résultat de 15 années de subventions et réduction d’impôts tous azimuts pour soutenir la croissance du secteur.

Alors que la Chine prend aujourd’hui le tournant d’une économie de marché en mettant progressivement fin aux aides d’État, l’annonce d’une enquête par la Commission témoigne, plus que jamais, de la détermination des Européens à lutter en faveur d’une concurrence loyale et d’une plus grande réciprocité de la part de la Chine, précise la chercheuse.

C’est donc par le prisme d’un détachement (« decoupling », en anglais) entre l’UE et la Chine que doit être analysée la réforme du « bonus écologique » : C’est une mesure de bon sens, emblématique de notre stratégie industrie verte. Ce sera une première en Europe », conclut M. Le Maire.