Bruxelles revoit à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro
La Commission européenne a fortement réduit ses prévisions de croissance pour la zone euro ce lundi 19 mai. Elle met en garde contre les tensions commerciales croissantes et l'incertitude géopolitique, qui risquent de fragiliser davantage une économie déjà en difficulté.
La Commission européenne a fortement réduit ses prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro ce lundi 19 mai. Elle met en garde contre les tensions commerciales croissantes et l’incertitude géopolitique, qui risquent de fragiliser encore davantage une économie déjà en difficulté.
Bruxelles table désormais sur une croissance de 1,1 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro en 2025, contre 1,5 % prévu dans ses projections de novembre. La croissance de la production dans les 20 pays de la zone euro est elle aussi revue à la baisse, passant de 1,3 % à seulement 0,9 %.
Cette révision s’explique en grande partie par la forte réduction des prévisions pour l’Allemagne, première économie de l’Union européenne. Fortement dépendantes des exportations, les industries allemandes subissent de plein fouet les tensions commerciales internationales, exacerbées par l’instauration récente de droits de douane décidés par le président américain Donald Trump.
L’économie allemande devrait stagner cette année, bien en deçà de la croissance de 0,7 % prévue en novembre. La France et l’Italie, les deuxième et troisième plus grandes économies de l’UE, ont également vu leurs taux de croissance réduits de 0,8 % à 0,6 % et de 1 % à 0,7 % respectivement.
À l’inverse, l’Espagne fait figure d’exception. Quatrième économie de l’UE, elle bénéficie d’un regain de consommation privée et d’un renforcement de l’investissement, ce qui pousse Bruxelles à relever sa prévision de croissance à 2,6 %, soit une hausse de 0,3 point de pourcentage.
« En tant qu’économie la plus ouverte du monde, l’UE ressent les tensions », a analysé Maarten Verwey, directeur général de la Commission chargé des affaires économiques et financières.
Le ralentissement de la croissance mondiale « pèsera inévitablement » sur les industries de l’UE orientées vers l’exportation, a-t-il ajouté, notant que la « détérioration du climat » parmi les citoyens et les entreprises entrave également la consommation et l’investissement dans l’ensemble du bloc.
Ces nouvelles prévisions s’inscrivent dans une tendance persistante : cela fait désormais deux ans que Bruxelles révise régulièrement à la baisse ses perspectives de croissance, en raison d’une demande intérieure faible, d’un investissement en berne et d’une intensification de la concurrence mondiale.
Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a néanmoins salué lundi la « résilience » de l’Union, malgré « un contexte de fortes tensions commerciales » et « une incertitude croissante au niveau mondial ». Il a également mis en avant la hausse attendue des salaires réels et le ralentissement de l’inflation comme éléments encourageants.
L’inflation dans la zone euro devrait passer de 2,4 % en 2024 à 2,1 % en 2025, selon les projections de la Commission, soit un niveau conforme aux estimations de novembre et légèrement supérieur à l’objectif de 2 % fixé par la Banque centrale européenne (BCE).
Les perspectives d’inflation pour 2026 ont également été ramenées de 1,9 % à 1,7 %, le renforcement de l’euro entraînant une baisse du prix des importations.
Les exportateurs européens restent pénalisés par des droits de douane américains de 25 % sur les voitures, l’acier et l’aluminium, ainsi qu’un droit « universel » de 10 % sur tous les autres produits. Ce dernier pourrait grimper à 20 % dès juillet, avec la fin de la suspension par Donald Trump des droits de douane réciproques à l’égard des partenaires commerciaux des États-Unis.
Les prévisions de la Commission devaient initialement être publiées vendredi dernier, mais ont été reportées à lundi après que les États-Unis et la Chine ont réduit leurs droits de douane respectifs de 115 points de pourcentage, ce qui a contraint Bruxelles à revoir ses calculs.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]