Bruxelles veut calculer les retraites en fonction de l'espérance de vie

La Commission européenne tente de convaincre les Etats membres d'adopter des « ajustements automatiques » dans leurs législations sur les retraites de manière à ce que celles-ci se basent sur la longévité, peut-on lire dans un document obtenu par EURACTIV.

Pensions 9June2010.JPG
Pensions 9June2010.JPG

La Commission européenne tente de convaincre les Etats membres d'adopter des « ajustements automatiques » dans leurs législations sur les retraites de manière à ce que celles-ci se basent sur la longévité, peut-on lire dans un document obtenu par EURACTIV.

Trois commissaires sont activement engagés dans l'élaboration de la politique de l'UE sur les retraites afin d'encourager les réformes et d'influencer les décisions prises par les Etats membres.

László Andor, le commissaire européen chargé de l'emploi et des affaires sociales, Michel Barnier, en charge du marché intérieur, et Olli Rehn, responsable des affaires économiques, organisent des réunions régulières avec pour objectif de définir l'action de l'exécutif de l'UE dans le domaine des retraites.

Lors de leur dernière réunion, le 9 février, ils ont discuté de la manière dont la Commission pourrait s'assurer que les Etats membres examinent des questions comme le recul de l'âge de la retraite en le reliant à l'espérance de vie [ainsi que] la réduction des systèmes de retraite anticipée », peut-on lire dans le document de la réunion auquel à eu accès EURACTIV.

La Commission prévoit de tenir un « débat d'orientation » sur la question démographique au cours de la première réunion du Collège en mars. Ce débat pourrait avoir des conséquences sur la politique de la Commission en matière de retraites, selon le document.

Après avoir collecté différentes positions auprès des parties prenantes pour son livre vert sur les retraites, la prochaine étape pour la Commission sera la publication d'un livre blanc au troisième trimestre de 2011 qui définira plus clairement les objectifs de l'exécutif de l'UE en ce qui concerne la réforme des retraites.

Les dirigeants de l'UE qui se rencontreront pour une réunion fin mars devraient également aborder la question des retraites en relation avec les propositions franco-allemandes pour un « Pacte de compétitivité », qui envisage des systèmes de retraite « adaptés au développement démographique ».

Toutefois, Bruxelles avance avec précaution sur ce thème controversé. Même si la majorité des parties s'accorde à dire qu'une réforme est nécessaire, les Etats membres ne sont pas tous convaincus que des ajustements automatiques soient la solution. La population est également souvent opposée à ce genre de réforme.

Le Parlement soutient Barroso sur les retraites

La nature controversée de ce thème fut confirmée hier (16 février) par une résolution adoptée au Parlement européen qui omettait les références aux ajustements automatiques.

Les Socialistes & Démocrates (S&D) et la gauche (GUE/NGL) sont opposés à l'idée de reculer l'âge de la retraite et pensent que des ajustements sont inutiles.

Le texte original, rédigé par l'eurodéputée néerlandaise du PPE, Ria Oomen-Ruijten, stipule que l'espérance de vie augmente et demande dès lors aux Etats membres d'envisager de lier l'âge de la retraite à l'espérance de vie ».

Malgré le soutien de l'influent PPE et du groupe ALDE, la phrase a dû être effacée du texte final.

Pour la gauche, d'autres moyens pourraient être utilisés afin de récolter les fonds nécessaires pour rendre les retraites viables sur le long terme, comme de nouvelles taxes, surtout sur le secteur financier.

Le groupe S&D, pour sa part, n'est pas convaincu que l'espérance de vie continuera d'augmenter dans les prochaines années et affirme que cela dépendra de facteurs imprévisibles, peut-être liés aux conditions de vie et à l'accès aux soins, qui ne sont pas les mêmes pour tous les citoyens.

Autres questions

Les eurodéputés ont également discuté d'autres éléments moins controversés, comme la transférabilité des retraites pour les citoyens qui ont passé leur vie professionnelle dans différents Etats de l'UE.

La résolution souligne aussi l'inquiétude des eurodéputés concernant les informations inadéquates fournies au public par les autorités publiques et les organismes de retraites concernant les besoins, les possibilités, les droits accumulés, les résultats possibles et l'état actuel des affaires sur les retraites de vieillesse ».

En effet, obtenir des informations pertinentes sur les droits à la retraite se révèle souvent être une tâche difficile dans beaucoup de pays de l'UE.