Captage et stockage du carbone : l’Allemagne présente ses stratégies

L’Allemagne va modifier sa loi sur le stockage du CO2 pour réduire les émissions de ses centrales au gaz et cherche à utiliser le captage du carbone dans les secteurs de l’industrie et de l’électricité, alors qu’elle prend des mesures pour devenir un pays à émissions négatives après 2050.

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Presentation of the German Annual Economic Report 2024
« Nous prenons aujourd’hui une décision pragmatique et responsable : le captage et le stockage du carbone ainsi que le captage et l’utilisation du carbone doivent être rendus possibles en Allemagne », a déclaré Robert Habeck, ministre de l’Économie et du Climat, lundi (26 février) à Berlin. [EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE]

L’Allemagne va modifier sa loi sur le stockage du CO2 pour réduire les émissions de ses centrales au gaz et cherche à utiliser le captage du carbone dans les secteurs de l’industrie et de l’électricité, alors qu’elle prend des mesures pour devenir un pays à émissions négatives après 2050.

En Allemagne, le stockage du CO2 pour une durée indéterminée sur le sol allemand, ou même son transport par gazoduc est illégal, ce qui représente un défi pour les entreprises qui misent sur le captage de leurs émissions pour décarboner leur activité. Berlin prévoit désormais de modifier la loi, surmontant ainsi une opposition de longue date au sein des milieux politiques.

« Nous prenons aujourd’hui une décision pragmatique et responsable : le captage et le stockage du carbone ainsi que le captage et l’utilisation du carbone doivent être rendus possibles en Allemagne », a déclaré Robert Habeck (Alliance 90/Les Verts), ministre de l’Économie et du Climat, lundi (26 février) à Berlin.

Lorsque l’industrie lourde émet du CO2, celui-ci peut être capté et stocké (CSC) ou utilisé dans des processus chimiques (CCU). L’adaptation de cette technologie en Allemagne s’accompagnera d’une nouvelle stratégie de gestion du carbone et sera rendue possible par une modification de la loi sur le stockage du CO2.

La technologie est « arrivée à maturité et [est] sûre », a expliqué M. Habeck, ajoutant que les industries difficiles à décarboner, telle que celle du ciment, « n’ont pas d’autre option ».

Le stockage du CO2 dans les sols étant plutôt impopulaire auprès des Länder allemands, le stockage à l’intérieur du pays ne sera autorisé que sous la mer, dans la partie allemande de la mer du Nord.

« Il y a suffisamment d’espace dans la zone économique exclusive de l’Allemagne » en mer du Nord, estime M. Habeck. Les zones de protection des espaces naturels ne sont pas éligibles pour le stockage du CO2, et il n’a pas précisé si le CO2 pouvait être stocké dans des zones militaires, qui occupent une grande partie de l’espace allemand en mer du Nord.

L’Allemagne a ratifié la Convention de Londres sur la pollution maritime et Berlin cherche maintenant à ratifier un amendement au traité qui prévoit des exemptions pour le stockage du CO2.

Un autre point délicat pour Berlin est le rôle que le captage et le stockage du carbone devrait jouer dans le secteur de l’électricité. Alors que les libéraux (FDP) considèrent les centrales électriques au gaz avec des systèmes de captage du CO2 comme une alternative bon marché à leurs homologues fonctionnant à l’hydrogène, les Verts et une partie du Parti social-démocrate (SPD) restent sceptiques.

Pour tenir compte de ces différences d’opinions, le captage et le stockage du CO2 dans le secteur de l’électricité ne pourra bénéficier d’une aide de l’État que s’il est appliqué à des centrales fonctionnant à la bioénergie.

Le CO2 capté provenant des centrales électriques au charbon ne pourra même pas accéder à une future infrastructure de transport par gazoduc, ce qui rendra les projets potentiels de « charbon propre » plus coûteux. Le gouvernement affirme que cette interdiction équivaut à une « interdiction de facto ».

La question de savoir si le captage du carbone jouera un rôle dans l’approvisionnement en électricité de l’Allemagne sera décidée lors de ventes aux enchères.

M. Habeck mise sur les règles de l’UE pour maintenir les centrales à gaz avec des technologies de captage et de stockage du carbone en dehors du secteur de l’électricité.

Adoptée en 2023, la loi visant à lutter contre les émissions de méthane dans le secteur de l’énergie obligera les fournisseurs de gaz naturel à identifier les fuites et à les signaler. Le méthane, qui s’échappe avant la combustion, est un puissant gaz à effet de serre, 80 fois plus nocif que le CO2 pour le climat sur une période de 20 ans.

La neutralité technologique ne fonctionne que « si toutes les émissions en amont sont tarifées », a souligné Ottmar Edenhofer, économiste du climat renommé qui préside un groupe de recherche à Potsdam.

En conséquence, le gouvernement allemand « est favorable à une mise en œuvre ambitieuse de la loi européenne sur le méthane », peut-on lire dans la stratégie allemande de gestion du carbone, qui précise que Bruxelles devrait examiner « la tarification prospective des émissions en amont de la chaîne des combustibles fossiles mis sur le marché de l’Union européenne ».

Viser zéro émission

Cette stratégie est la première stratégie à long terme de l’Allemagne en matière d’émissions négatives.

Alors que le pays vise la neutralité climatique d’ici à 2045, des émissions négatives seront nécessaires à partir de 2050 pour limiter la hausse des températures mondiales.

L’Alliance 90/Les Verts s’oppose depuis longtemps aux émissions négatives, craignant que les paris sur des technologies peu développées ne retardent le véritable changement nécessaire : la réduction des émissions.

Combinées, les deux stratégies sont « historiques pour l’Allemagne et l’Europe », a déclaré M. Edenhofer, ajoutant qu’à l’heure actuelle, Berlin envisage de stocker quelque « 50 millions de tonnes de CO2 par an » supplémentaires à partir de 2040.

Les ONG inquiètes, l’industrie gazière enthousiaste

Les projets de M. Habeck n’ont pas été bien accueillis par les ONG de protection de l’environnement.

« C’est un mauvais signal que de vouloir maintenant inclure les émissions des centrales électriques à combustible fossile », a déclaré NABU, un groupe de pression écologiste, bien qu’il ait initialement fait partie d’une alliance industrie-ONG appelant à une proposition rapide sur la gestion du carbone.

Germanwatch, un groupe de défense de la justice climatique, a déclaré que l’inclusion des émissions du secteur de l’énergie « menace de détruire le consensus social autour de tout type de captage et de stockage du carbone en Allemagne ».

Le groupe de pression de l’industrie gazière Zukunft Gas a salué l’idée que le captage et le stockage du carbone soient « rendus possibles pour les centrales électriques utilisant du gaz ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]