Ce que les talibans attendent de l'Europe
Également dans l'édition de mercredi : E5, V4, l'année électorale « géante » de 2027
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 24 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Les talibans veulent que l’Europe accepte leurs diplomates
🟢 E-qui ? Merz fait venir l’E5 à Berlin
🟢 L’Espagne et l’Italie se dirigent vers des élections anticipées
Rond-point Schuman : Comment dit-on « Schadenfreude » en irlandais ?
L’Europe, vue de Bruxelles
Après des mois de querelles politiques et une opposition farouche de la part des députés européens, des organisations de défense des droits de l’homme et même de Malala Yousafzai, une délégation talibane composée de cinq membres s’est posée mardi à Bruxelles pour une visite aux enjeux considérables.
Munis de visas spéciaux, ses membres ont participé à une série de réunions avec des responsables de l’UE et des représentants de 15 capitales, délivrant un message clair : si l’Europe souhaite expulser des Afghans, elle devra traiter avec les talibans.
Ce voyage controversé fait l’objet d’une attention particulière depuis que cette lettre d’information en a révélé les plans pour la première fois en avril. La Commission a présenté ces discussions comme un exercice technique axé sur le rapatriement des Afghans présents en Europe ayant été condamnés pour des crimes.
À huis clos, cependant, les talibans ont fait part de leurs propres exigences. Selon des personnes proches des discussions, la délégation a insisté auprès des responsables européens pour que soient rétablis les services consulaires destinés aux Afghans sur l’ensemble du continent et, à terme, pour que soient acceptés les diplomates nommés par les talibans au sein des ambassades afghanes.
Leur message est le suivant : « Si vous voulez des retours, pas de problème, mais vous devrez accepter notre personnel », a indiqué une source à Nicoletta.
La délégation était dirigée par Abdul Qahar Balkhi, responsable de la communication au ministère des Affaires étrangères des talibans et l’un des principaux interlocuteurs internationaux du mouvement.
Dans une déclaration transmise à Rapporteur, Balkhi a précisé que les discussions ont porté sur les mesures visant à « relancer un large éventail de services consulaires pour les Afghans dans l’espace de l’UE ». « Nous espérons créer une dynamique positive pour préserver les droits consulaires des Afghans résidant à l’étranger », a-t-il ajouté.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large des talibans visant à étendre leur présence diplomatique en Europe.
Près de cinq ans après le retour au pouvoir du groupe, la plupart des ambassades afghanes à travers le continent restent dotées de diplomates nommés sous l’ancienne république. L’Allemagne est le seul pays de l’UE à avoir accepté les diplomates nommés par les talibans et a déjà repris les expulsions vers l’Afghanistan.
Le simple fait d’avoir été invités à Bruxelles constitue une avancée diplomatique pour les talibans. Cette visite marque une nouvelle étape dans leurs efforts de longue haleine pour transformer leur pouvoir national en légitimité à l’étranger.
E-qui ?
Qui devrait représenter l’Europe lors d’éventuelles négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie ? Les dirigeants du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et de la Pologne rejoindront Friedrich Merz à Berlin aujourd’hui pour ce que beaucoup considèrent comme un test de ce format. Personne ne s’attend à ce que l’UE elle-même prenne les rênes.
Ce sommet dit E5 précède le sommet de l’OTAN qui se tiendra le mois prochain en Turquie et intervient alors que diplomates et responsables s’attendent à ce que des négociations de cessez-le-feu entre Kiev et Moscou puissent débuter d’ici quelques semaines.
Un haut diplomate de l’UE a déclaré à Euractiv que l’E3 – composé du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne – serait le groupe naturel pour diriger les efforts européens.
« Lorsqu’il s’agit d’intérêts fondamentaux en matière de sécurité, les acteurs concernés sont les États capables de fournir ces garanties. L’E3 dispose de capacités supérieures à celles des autres », a indiqué ce diplomate, faisant référence aux capacités militaires, notamment la dissuasion nucléaire britannique et française.
Lisez l’article complet de Bruno Waterfield et de l’équipe.
L’Espagne et l’Italie au bord des élections
Pedro Sánchez subit une pression croissante en Espagne après la condamnation de l’un de ses plus proches alliés dans une affaire de corruption qui pourrait marquer un tournant pour son gouvernement. La condamnation cette semaine de l’ancien ministre des Transports, José Luis Ábalos, à 24 ans de prison pour avoir dirigé un réseau de pots-de-vin a intensifié l’attention portée aux procédures judiciaires plus larges impliquant des personnalités proches du Premier ministre, écrit Inés Fernández-Pontes dans son article.
En Italie, Bloomberg a rapporté que Giorgia Meloni envisage d’avancer les élections prévues pour 2027 afin de limiter le coût politique de la baisse de sa cote de popularité. Le scrutin, qui doit avoir lieu avant la fin de l’année 2027, pourrait se tenir dès le mois d’avril, et Meloni aurait discuté de cette possibilité avec Sergio Mattarella, le président italien.
L’Espagne se prépare de toute façon à des élections en 2027. Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, a qualifié la semaine dernière cette année d’« année électorale géante », la France, la Pologne et la Finlande se rendant également aux urnes.
« Le V4 est de retour »
Les quatre pays du groupe de Visegrád ont annoncé mardi, lors d’un sommet en Hongrie, la renaissance de leur alliance, s’engageant à renforcer leur coopération en matière de migration, de compétitivité industrielle et du prochain budget à long terme de l’UE.
Péter Magyar a imputé les récentes difficultés du groupe à Viktor Orbán, tandis que Donald Tusk s’est félicité du retour de Budapest sur la scène diplomatique. Les dirigeants de la Hongrie, de la Pologne, de la Tchéquie et de la Slovaquie ont également réaffirmé leur opposition au pacte européen sur les migrations. Lisez l’article complet de Mátyás Varga.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Opinion : on ne peut pas laisser la Grande-Bretagne décider seule de son avenir
- Un commissaire exclut l’interdiction de la tarification dynamique des billets
- Bruxelles reproche aux États membres leur réticence face à la réforme de la PAC
Rond-point Schuman
COMMENT DIT-ON « SCHADENFREUDE » EN IRLANDAIS ? Le contraste est saisissant. Cette semaine, la Grande-Bretagne commémore le dixième anniversaire du référendum sur le Brexit ; de son côté, l’Irlande s’apprête à assumer la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois.
Micheál Martin, le Premier ministre irlandais, a souligné que le Brexit n’a fait que renforcer l’attachement de l’Irlande à l’UE, lors d’une conférence de presse avec Roberta Metsola mardi en Irlande, au cours de laquelle tous deux ont mis en avant l’enthousiasme de l’Irlande pour l’Europe.
« L’Irlande affiche le sentiment pro-européen le plus fort de tous les États membres de l’Union européenne, ce qui a été grandement favorisé par ce qui s’est passé avec le Brexit ; cela a même renforcé ce sentiment, car nous avons pu constater de nos propres yeux l’impact que cela avait sur le Royaume-Uni », a-t-il déclaré.
Martin a toutefois averti que le chemin à parcourir reste semé d’embûches. « Nous devons mieux communiquer sur certains des avantages de l’Union européenne que nous tenons pour acquis. Mais les Irlandais comprennent bien, lorsqu’il s’agit de l’Europe, son impact économique », a-t-il ajouté.
Les capitales
VARSOVIE 🇵🇱
Donald Tusk s’est engagé mardi à ne pas attiser les tensions avec l’Ukraine, affirmant que les intérêts stratégiques de la Pologne dépendent de liens étroits avec Kiev, malgré un différend croissant concernant l’histoire de la guerre. Il a mis en garde contre les politiciens des deux camps qui exploitent les sentiments anti-ukrainiens ou anti-polonais à des fins politiques nationales et a souligné que les plus de 200 accords attendus lors de la Ukraine Recovery Conference, qui se tient cette semaine à Gdańsk, témoignent de l’importance de la coopération future.
– Charles Szumski
ROME 🇮🇹
La France et l’Italie s’apprêtent à signer une feuille de route de coopération en matière de défense pour la période 2026-2031 lors du sommet franco-italien qui se tiendra jeudi à Antibes, alors que Paris et Rome cherchent à redéfinir leurs relations après des années de tensions entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni. Le sommet sera axé sur le renforcement de la coopération existante, notamment en ce qui concerne le système de défense aérienne SAMP/T NG, la mobilité militaire et une stratégie commune face aux défis sécuritaires en Méditerranée et sur le flanc sud de l’Europe. Lisez l’article complet.
– Pietro Guastamacchia
HELSINKI 🇫🇮
La coalition de centre-droit au pouvoir en Finlande a mis à nu mardi, lors d’une conférence de presse extraordinaire, des divisions de plus en plus profondes concernant les modifications contestées des critères d’aides d’État proposées par le ministre des Affaires sociales, Wille Rydman. Le Premier ministre Petteri Orpo a déclaré que ces projets seraient remaniés, tandis que la ministre des Finances, Riikka Purra, a accusé un partenaire de la coalition de saper l’action du gouvernement, soulignant ainsi les tensions croissantes au sein de l’alliance quadripartite.
– Charles Szumski
PODGORICA 🇲🇪
La Chine a approuvé de nouveaux dons d’un montant de 13 millions d’euros en faveur du Monténégro, a annoncé le Premier ministre Milojko Spajić après avoir rencontré le Premier ministre chinois Li Qiang lors du « Davos d’été » du Forum économique mondial à Dalian. Spajić, dont le pays est le principal candidat à l’adhésion à l’UE dans les Balkans occidentaux, a précisé que les discussions ont également porté sur les infrastructures, la transition écologique, l’éducation, la science, le tourisme et les enjeux mondiaux.
– Bronwyn Jones
PARIS 🇫🇷
L’Assemblée nationale française examinera en septembre et octobre un projet de loi de grande envergure sur les violences sexuelles et de genre, a déclaré mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu, à la suite de l’indignation publique suscitée par l’affaire Lyhanna. Ce projet de loi comprend 78 mesures soutenues par l’ensemble des partis. Lecornu a indiqué que plusieurs dispositions seraient introduites par décret dès juillet, qualifiant la violence à l’égard des femmes et des enfants de problème systémique nécessitant une réponse plus large que celle des seules forces de l’ordre et de la justice.
– Charles Szumski
BRATISLAVA 🇸🇰
Les partis d’opposition slovaques et les experts budgétaires ont réfuté l’affirmation de Robert Fico selon laquelle le pays ne serait confronté à aucun problème grave de finances publiques. Le Conseil pour la responsabilité budgétaire a estimé que les comparaisons avec des pays de l’UE plus fortement endettés sont trompeuses, soulignant que la dette de la Slovaquie augmente plus rapidement que celle de nombreux États membres de l’UE et que le pays est confronté à l’une des perspectives budgétaires à long terme les plus faibles de l’Union, malgré trois plans d’assainissement budgétaire mis en œuvre par le gouvernement en autant d’années.
– Natália Silenská
MADRID 🇪🇸
La porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, a défendu mardi Pedro Sánchez face aux appels à la démission lancés après la condamnation de l’ancien ministre des Transports, José Luis Ábalos, à 24 ans de prison pour une affaire de pots-de-vin liée à la pandémie. Saiz a affirmé que le gouvernement a assumé la responsabilité politique « dès le début » et que les socialistes au pouvoir ont condamné sans équivoque le comportement d’Ábalos, malgré la pression croissante exercée par les partenaires de la coalition et l’opposition.
– Inés Fernández-Pontes
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trice : Elisa Braun, Thomas Moller-Nielsen, Pietro Guastamacchia
Traductrice : Clara Vassent