C'est la saison des centres de retour

Également dans l'édition de vendredi : élargissement, CESE, Chine, Verhofstadt, Pahlavi

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 5 juin. Ici Nicoletta Ionta, en compagnie d’Eddy Wax à Bruxelles.

À savoir :

🟢 Les pays en quête d’hôtes pour des centres de retour controversés

🟢 La France et l’Allemagne poussent à une refonte du processus d’élargissement de l’UE

🟢 Bruxelles laisse entrevoir une nouvelle arme commerciale contre la Chine

Sur le rond-point : La dynastie Verhofstadt perdure


L’Europe, vue de Bruxelles


Ce qui était autrefois un tabou politique est en train de s’imposer rapidement. À la suite de l’accord provisoire conclu cette semaine entre le Parlement et le Conseil sur les nouvelles règles en matière d’expulsion, les pays de l’UE se précipitent désormais pour mettre en place des « centres de retour » pour les migrants.

En marge des réunions ministérielles, au sein de groupes de travail, lors de petits-déjeuners et de discussions tardives, les ministres s’attaquent à des questions essentiellement techniques : où, comment et quand construire des installations destinées à accueillir en dehors de l’UE les demandeurs d’asile dont le dossier a été rejeté, dans l’attente de leur expulsion.

Certains gouvernements espèrent que les discussions aboutiront à la désignation de pays d’accueil d’ici l’automne. La Commission, qui a refusé de mener les négociations, reste en retrait.

Les pays nordiques coordonnent leurs propres efforts, tandis qu’une autre coalition – composée des Pays-Bas, du Danemark, de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Grèce – explore depuis des mois les modèles et les emplacements possibles. Un autre groupe de pays examine également un projet pilote de centres d’accueil, selon des diplomates et des ministres.

« Nous devons mettre [cette question] sur la table à l’automne, pour voir s’il est possible de dévoiler les noms des pays », m’a indiqué le ministre néerlandais de la Migration, Bart van den Brink, lors d’une interview à Luxembourg. Lorsqu’on lui a demandé si un accord quelconque pourrait être conclu d’ici la fin de l’année, il a répondu : « C’est notre ambition. »

Le concept reste délibérément flexible, et de nombreux détails dépendront en fin de compte de l’accord conclu avec le pays qui acceptera d’accueillir ces installations, ont indiqué plusieurs diplomates et responsables.

Selon le ministre néerlandais, les installations proposées ne seraient pas des centres de détention, mais des lieux où les migrants pourraient séjourner temporairement avant d’être renvoyés dans leur pays d’origine ou ailleurs. « Ce sera un endroit où ils pourront rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent, puis partir. »

D’autres gouvernements semblent travailler sur des concepts tout aussi larges.

« L’idée générale est de mettre en place ces centres dans certaines régions, peut-être en Afrique ou en Asie et au-delà », a déclaré cette semaine aux journalistes Nicholas A. Ioannides, vice-ministre chypriote chargé des migrations.

Pour la Suède, qui coordonne la recherche d’un pays partenaire parmi les pays nordiques, l’accent sera probablement mis sur la nationalité.

« Il serait judicieux de commencer par cibler un groupe spécifique de personnes, comme une certaine nationalité », m’a affirmé Johan Forssell, le ministre suédois de la Migration. « Cela serait logique pour que le projet fonctionne. Et, bien sûr, cela aurait également des conséquences sur l’emplacement d’un tel centre. »

Malgré l’intérêt croissant, même certains des plus fervents défenseurs du projet reconnaissent que des questions clés restent en suspens. « J’aimerais qu’un accord soit conclu dès demain », a déclaré Forssell. « Mais nous n’en sommes pas encore là. »

La France et l’Allemagne repensent l’élargissement

Les dirigeants de l’UE se réunissent aujourd’hui au Monténégro pour un sommet sur les Balkans occidentaux, où ce pays de la côte adriatique devrait être présenté comme le candidat modèle de la région. Jusqu’à récemment, on s’attendait à ce que les dirigeants n’apportent guère plus que des tarifs d’itinérance moins élevés pour permettre aux pays des Balkans à la traîne de continuer à rêver d’un avenir à Bruxelles.

La France et l’Allemagne ont désormais apporté de nouvelles idées sur la table. Un document informel franco-allemand préparé pour le sommet propose de réformer le processus d’adhésion fastidieux auquel sont confrontés des pays tels que l’Albanie, la Serbie et la Macédoine du Nord, en offrant des avantages plus concrets avant l’adhésion à part entière.

Ce document développe les brèves références faites par Friedrich Merz à la Moldavie et aux Balkans occidentaux lorsqu’il a lancé l’idée du statut de « membre associé » pour l’Ukraine. Pour plus de détails, lisez l’article d’Eddy.

Une omission notable, cependant, est l’absence de tout engagement politique visant à aider le Monténégro à surmonter ce qui pourrait être son plus grand obstacle : obtenir le soutien unanime des 27 États membres. « Ce que j’attendais après la lettre de Merz, c’était simplement l’assurance qu’ils feraient passer le Monténégro », a déclaré Milan Nič, chercheur senior au Conseil allemand des relations étrangères.

« Il y a clairement une dynamique en faveur de l’élargissement », a indiqué António Costa à Rapporteur. « Les propositions récentes montrent qu’il existe une nouvelle volonté de simplifier et d’accélérer le processus. »

Un nouvel outil commercial contre la Chine ?

La Commission européenne a laissé entendre qu’elle développait un nouvel outil de défense commerciale contre la Chine, une initiative qui risque de tendre davantage les relations entre Bruxelles et Pékin, rapporte mon collègue Thomas Moller-Nielsen.

Denis Redonnet, responsable de l’application des règles commerciales au sein de l’exécutif européen, a déclaré jeudi que les « distorsions très, très intenses » créées par l’économie chinoise signifiaient que « les instruments commerciaux traditionnels atteindront inévitablement, à un moment donné, leurs limites ». Ces remarques ont été formulées alors que Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce, rencontrait Li Chenggang, vice-ministre chinois du Commerce, en marge d’une réunion des ministres du Commerce de l’OCDE à Paris.

« Mon objectif est d’adopter une approche pratique et axée sur les résultats pour répondre à nos préoccupations – et non une escalade », a indiqué Šefčovič avant un discours très attendu prévu aujourd’hui. « Mais toute voie à suivre doit être significative et durable. » Lisez l’article complet de Thomas.

Pressions pour durcir les règles de protection des Ukrainiens

Les discussions de jeudi sur la prolongation du régime de protection temporaire de l’UE pour les Ukrainiens fuyant l’invasion russe ont révélé un large soutien en faveur de la prolongation de ce dispositif au-delà de l’année prochaine, mais aussi un soutien croissant de la part de certains pays en faveur de restrictions, notamment l’exclusion des hommes ukrainiens en âge de servir dans l’armée, selon trois diplomates.

Ce régime, qui a offert une protection à plus de quatre millions de personnes, doit actuellement prendre fin l’année prochaine. La France s’est imposée comme l’opposant le plus virulent à toute tentative de restreindre l’éligibilité, ont indiqué les diplomates.

Le débat sur la restriction de l’accès aux hommes ukrainiens en âge de combattre a été rapporté pour la première fois par Euractiv lundi. Magnus Brunner, le commissaire européen chargé de la migration, a annoncé jeudi qu’une proposition visant à prolonger le régime était attendue dans les semaines à venir.

Le CESE, frappé par un scandale, fait appel au Médiateur

Le personnel du Comité économique et social européen a déposé une plainte officielle auprès du Médiateur de l’UE suite aux démarches entreprises par la direction de l’institution pour identifier un lanceur d’alerte anti-corruption.

Trois syndicats ont affirmé que la base juridique utilisée pour enquêter sur la source de lettres anonymes alléguant des fautes de la part du secrétaire général du comité « n’a, à notre connaissance, aucun fondement légal ».

« Cette combinaison – de larges pouvoirs d’enquête sans fondement juridique clair – est inacceptable », ont-ils écrit jeudi dans un courriel adressé à l’ensemble du personnel. Les syndicats ont accusé le CESE de se concentrer sur l’identification de la source des allégations plutôt que sur leur contenu.

Dans un nouveau rebondissement, le Comité lui-même prépare une évaluation de la directive européenne sur la protection des lanceurs d’alerte.

Pahlavi dans un nouveau bras de fer avec le Parlement

Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, est en désaccord avec le Parlement européen au sujet d’une visite potentielle, s’opposant à ce qu’il apparaisse aux côtés d’autres figures de l’opposition iranienne et de représentants de minorités religieuses.

Des sources ont confié à Rapporteur qu’après avoir décliné une invitation antérieure en raison d’un conflit d’horaires, Pahlavi a contacté le Parlement le mois dernier et proposé de rencontrer des membres de la commission des affaires étrangères les 24 ou 25 juin.

Mais les coordinateurs des groupes politiques ont convenu que toute intervention devrait inclure des représentants d’autres mouvements d’opposition iraniens et de minorités religieuses, y compris des personnalités baloutches et baha’ies. Selon ces sources, Pahlavi a répondu qu’il n’était pas intéressé par une participation à moins que les autres participants n’aient « un poids et une cohérence similaires ».

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


LA DYNASTIE VERHOFSTADT FAIT SON RETOUR : Charlotte Verhofstadt, fille de l’ancien Premier ministre belge et député européen de longue date Guy Verhofstadt, travaille au Parlement européen en tant qu’assistante de la députée européenne libérale flamande Hilde Vautmans, une proche alliée de son père à l’époque où celui-ci dominait l’assemblée.

UN DÉPUTÉ EUROPÉEN DÉSIGNÉ POUR UN POSTE CLÉ : Le président roumain Nicușor Dan a proposé son conseiller et député européen Renew, Eugen Tomac, comme prochain Premier ministre du pays.

AUKEN EST DE RETOUR : La fille de la députée européenne Margrete Auken fait partie du nouveau gouvernement danois. Ida Auken – pasteure comme sa mère – est ministre de la Santé et des Affaires ecclésiastiques.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

L’Allemagne n’a pas réussi à décrocher un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, s’inclinant lors d’un scrutin à bulletin secret malgré une vaste campagne de lobbying. En lice avec l’Autriche et le Portugal pour deux sièges attribués au Groupe des États d’Europe occidentale et autres, l’Allemagne a obtenu 104 voix, contre 134 pour le Portugal et 131 pour l’Autriche. C’est la première fois que Berlin échoue à se faire élire au sein de cet organe composé de 15 membres.

– Victoria Becker

PARIS 🇫🇷

Emmanuel Macron s’est rendu au Monténégro jeudi à la veille du sommet UE-Balkans occidentaux, devenant ainsi le premier chef d’État français à le faire depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Macron a exhorté Podgorica à poursuivre les réformes nécessaires pour intégrer l’UE et a réaffirmé le soutien de la France à son parcours vers l’adhésion. Au cours de cette visite, le groupe de construction français Bouygues a signé un contrat d’une valeur de plus de 300 millions d’euros pour la construction d’un centre hospitalier universitaire dans la capitale.

– Clara Vassent

MADRID 🇪🇸

Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a nié avoir eu connaissance d’une campagne présumée menée par d’anciens responsables socialistes visant à discréditer des juges, des procureurs et des policiers impliqués dans des enquêtes pour corruption liées à l’entourage proche de Pedro Sánchez. Des documents judiciaires indiquent que le groupe était en contact avec des hauts responsables de la Garde civile nommés par Marlaska dans le but d’entraver les enquêtes. Marlaska a déclaré qu’il n’avait pas connaissance d’une quelconque ingérence et a insisté sur le fait que les forces de sécurité espagnoles agissaient en toute indépendance.

– Inés Fernández-Pontes

PRAGUE 🇨🇿

Andrej Babiš a apporté son soutien à Friedrich Merz pour mener les efforts de l’UE visant à mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine. S’exprimant à la veille du sommet UE-Balkans occidentaux, Babiš a déclaré que l’Union devrait nommer un envoyé unique, mandaté par le Conseil européen et la Commission, pour diriger les négociations avec Moscou. L’Europe a enfin reconnu la nécessité de négocier avec Vladimir Poutine, a-t-il indiqué, qualifiant Merz de « choix évident ».

– Aneta Zachová

SOFIA 🇧🇬

La Bulgarie se rend au sommet UE-Balkans occidentaux de vendredi à Tivat avec des conditions concernant la Macédoine du Nord qui continuent de bloquer de fait les progrès du processus d’adhésion de Skopje. Bien que Sofia ait levé son veto officiel en 2022 dans le cadre de la proposition française, elle insiste pour que la Macédoine du Nord mette en œuvre le traité d’amitié de 2017 et modifie sa constitution afin de reconnaître les Bulgares comme un peuple constitutif avant que les pourparlers puissent avancer. Le Premier ministre Hristijan Mickoski continue de rejeter ces exigences.

– Konstantin Karadjov

BELGRADE 🇷🇸

António Costa a rencontré le président serbe Aleksandar Vučić à Belgrade avant le sommet UE-Balkans occidentaux, appelant à des progrès plus rapides en matière d’État de droit, de médias et de réformes électorales. Costa a également souligné l’importance de la mise en œuvre de l’accord d’Ohrid et de la poursuite du dialogue avec le Kosovo. Vučić a déclaré que la Serbie poursuivrait les réformes recommandées par la Commission de Venise et les mesures de lutte contre la corruption, tout en accusant le Kosovo de manquer d’engagement envers le processus de normalisation.

– Bronwyn Jones

SARAJEVO 🇧🇦

Après deux jours de discussions, les responsables américains et européens ne sont pas parvenus à s’entendre sur le successeur du Haut Représentant international sortant en Bosnie, Christian Schmidt. Washington a imputé à « l’indécision européenne » le blocage de son candidat favori, le diplomate italien Antonio Zanardi Landi, et a averti qu’il pourrait reconsidérer son rôle au sein de la présence internationale. Le Français René Troccaz reste un autre candidat de premier plan pour le poste.

– Bronwyn Jones


Editrices.teurs Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeur : Thomas Moller-Nielsen

Traductrice : Clara Vassent