Christophe Hansen, la figure « consensuelle » appelée à diriger la politique agroalimentaire de l’UE
Les eurodéputés devraient donner ce lundi 4 novembre leur feu vert à la candidature du Luxembourgeois Christophe Hansen — considéré comme très consensuel — au poste de commissaire à l’Agriculture.
Les eurodéputés devraient donner ce lundi 4 novembre leur feu vert à la candidature du Luxembourgeois Christophe Hansen — considéré comme très consensuel — au poste de commissaire à l’Agriculture.
Le profil de Christophe Hansen correspond parfaitement au souhait de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, de « dépolariser » la politique agricole de l’Union lors de la législature 2024-2029.
Suffisamment conservateur pour le Parti populaire européen (PPE) dont il est membre, mais suffisamment soucieux de l’environnement pour rallier les socialistes et les verts, il devrait franchir sans encombre l’étape de l’audition de confirmation devant le Parlement européen.
Élevé dans une ferme à Wiltz, une petite ville située à la frontière avec la Belgique, Christophe Hansen est un Européen convaincu, et affirme avoir ressenti très tôt « l’impact positif de l’Union européenne ». Il a suivi des études en sciences de l’environnement et en gestion des risques à l’Université Louis-Pasteur de Strasbourg.
Christophe Hansen est actuellement président de l’association luxembourgeoise des éleveurs de volailles (USAL), un poste qu’il s’est engagé à quitter s’il devait être nommé à la Commission européenne.
Une solide expérience européenne
Christophe Hansen, qui parle couramment six langues (luxembourgeois, français, allemand, anglais, néerlandais, espagnol), peut se prévaloir d’une solide expérience à Bruxelles, après deux mandats d’eurodéputé dans les rangs du PPE.
Il a débuté sa carrière dans la bulle bruxelloise en tant que conseiller politique pour l’agriculture et l’environnement auprès de l’eurodéputée de centre-droit Astrid Lulling. Il a ensuite rejoint la représentation permanente du Luxembourg auprès de l’UE, où il a présidé un groupe de travail sur l’environnement pendant la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE.
Après avoir travaillé à la Chambre de commerce du Luxembourg à Bruxelles et au Comité économique et social européen (CESE), Christophe Hansen est revenu au Parlement en 2018, pour succéder à l’eurodéputée Viviane Reding.
Durant ses mandats au sein de l’hémicycle européen, il a traité des dossiers clés pour le commerce, l’environnement et le secteur agroalimentaire, notamment le règlement de l’UE sur la déforestation (EUDR) et la réforme des plans stratégiques nationaux (PSN) de la Politique agricole commune (PAC).
Un homme de consensus
Sur le plan politique et idéologique, Christophe Hansen a toujours su trouver un juste équilibre. Si certains membres du PPE critiquent durement le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) — en particulier sur les questions agricoles —, le Luxembourgeois s’est toujours distingué par son intérêt pour le développement durable.
Christophe Hansen a aussi fustigé le glissement à droite du PPE, notamment sur le dossier de la coopération avec l’Italienne Giorgia Meloni, cheffe de file du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Conservateurs et Réformistes européens, CRE).
Le quotidien Luxemburger Wort soulignait l’année dernière la flexibilité de Christophe Hansen, notant sa capacité à pencher tantôt vers l’écologie, tantôt vers une approche économique très libérale.
Selon un membre du Parti populaire chrétien-social (CSV) du Luxembourg, auquel appartient Christophe Hansen, ce dernier serait aussi « un parfait réseauteur », qui connait sur le bout des doigts « le jeu bruxellois ».
Sa cousine, Martine Hansen, est l’actuelle ministre luxembourgeoise de l’Agriculture et sa femme travaille au cabinet de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, comme il l’a indiqué dans sa déclaration d’intérêts publiée avant les auditions.
L’architecte de la prochaine PAC
Dans ses réponses écrites aux questions des eurodéputés, Christophe Hansen souligne l’importance d’équilibrer durabilité économique, environnementale et sociale. « Ces trois dimensions étant étroitement liées, nous ne réussirons pas à donner la priorité à l’une d’entre elles sans nous assurer que les autres sont également sur la bonne voie », estime-t-il.
En ce qui concerne la PAC post-2027, dont il sera l’un des principaux architectes, le Luxembourgeois plaide en faveur d’une plus grande flexibilité de la politique agricole de l’Union afin de refléter la diversité des États membres.
« Tous les pays n’ont pas les mêmes contraintes. Les mesures qui peuvent aider le Luxembourg n’auront peut-être pas le même impact dans des pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne », confiait-il à RTL cet été, suite à sa nomination.
Si cette nomination est confirmée lundi, la première tâche de Christophe Hansen sera d’élaborer une vision pour l’agriculture et l’alimentation qui garantisse la compétitivité et la durabilité du secteur sur le long terme. Ursula von der Leyen a fixé un délai de 100 jours — soit jusqu’en mars 2025 — pour présenter ce projet.
Le chemin est toutefois déjà plus ou moins tracé grâce aux conclusions du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture présentées en septembre ou encore grâce à la proposition de réforme de la PAC.
Face à des enjeux complexes, polarisateurs et pressants liés notamment au commerce, aux règlementations environnementales ou encore aux régimes alimentaires durables, parvenir à un équilibre au cours se son mandat sera sans doute le défi majeur pour cet homme politique attaché au consensus.
[Édité par Laurent Geslin]