Cloud : la Commission autorise des subventions publiques pour un projet paneuropéen

La Commission européenne a autorisé sept États membres de l’UE de subventionner à hauteur de 1,2 milliard d’euros maximum un projet d’intérêt commun de recherche « continuum cloud-to-edge avec des multifournisseurs ».

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EU Commissioner Reynders presents IPCEI developing cloud in Brussels
Ce projet permettra à l’avenir de soutenir des applications innovantes telles que « les véhicules automatiques et connectés, ou le suivi de patients en temps réel à distance » et « réduira la nécessité de transmettre de grands volumes de données à des serveurs centralisés », a déclaré Didier Reynders mardi (5 décembre). [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

La Commission européenne a autorisé sept États membres de l’UE de subventionner à hauteur de 1,2 milliard d’euros maximum un projet d’intérêt commun de recherche « continuum cloud-to-edge avec des multifournisseurs ».

Les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) sont des projets transnationaux dont l’importance stratégique justifie une dérogation aux règles de l’UE en matière de subventions publiques.

En avril 2022, sept États membres ont notifié à la Commission un PIIEC intitulé « Next Generation Cloud Infrastructure Services ». Cependant, il a fallu plus d’un an et demi à la Commission pour qu’elle donne son feu vert aux subventions.

Selon les informations d’Euractiv, ce retard serait dû au fait que Margrethe Vestager, alors commissaire à la Concurrence, n’était pas convaincue par le projet.

Après que cette dernière s’est retirée en septembre en raison de sa candidature pour la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI), le dossier a été repris par le commissaire à la Justice, Didier Reynders.

La Commission européenne a désormais validé ce projet, qui devrait faire progresser les objectifs de la stratégie de l’UE en matière de données et soutenir l’innovation européenne en remédiant aux défaillances de marché sur le secteur du cloud.

Ce projet permettra à l’avenir de soutenir des applications innovantes, notamment « des véhicules automatiques et connectés, ou le suivi de patients en temps réel à distance » et « réduira la nécessité de transmettre de grands volumes de données à des serveurs centralisés », a déclaré M. Reynders mardi (5 décembre).

Ainsi, la France, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne et l’Espagne dépenseront conjointement jusqu’à 1,2 milliard d’euros de subventions publiques, ce qui devrait permettre de mobiliser 1,4 milliard d’euros d’investissements privés supplémentaires. Le montant exact de la contribution de chaque pays n’a pas encore été rendu public.

Le commissaire à la Justice a annoncé que le coût total du projet nécessiterait un financement public inférieur de 30 % à ce qui avait été calculé précédemment.

Par ailleurs, si les projets de R&D s’avèrent plus rentables que prévu, les entreprises qui ont bénéficié des subventions devront rembourser une partie de l’argent reçu grâce à un mécanisme de récupération (« claw-back » en anglais).

Réactions du secteur privé

Il semblerait que les entreprises privées considèrent qu’il y a un décalage entre le temps de l’innovation et le temps de décision du financement public.

Orange a tout de même « vivement salué » la décision tardive de la Commission pour ce PIIEC, tout comme Deutsche Telekom, qui a déclaré mercredi (6 décembre) que ce projet « établirait un ensemble commun de normes techniques » dans l’informatique cloud-to-edge.

En effet, cette technologie permettra aux acteurs de l’UE de commencer à développer des standards communs pour des services futurs, notamment une couche logicielle commune qui permettra aux véhicules automatiques de fonctionner selon les mêmes standards dans les 27 États membres membres de l’UE sur le marché unique.

La décision de la Commission d’accepter ce financement du PIIEC via des aides d’État va dans le sens des objectifs de la décennie numérique, qui vise la création de 10 000 terminaux locaux (edge nodes) dans l’UE d’ici à 2030, et de la stratégie européenne pour les données, qui prévoit que 80 % du volume de données traitées passeront par des terminaux locaux d’ici à 2025, contre 20 % en 2021.

Axes de travail

Le projet doit à présent prouver sa capacité à fournir des services numériques en temps réel et avec une latence minimale.

Grâce aux terminaux locaux, une technologie grâce à laquelle les données sont stockées de manière décentralisée et à proximité des utilisateurs finaux dans plusieurs petits datacenters, le temps de latence est réduit entre les appareils finaux et les datacenters centralisés du cloud.

Pour ce projet, quatre groupes de travail ont été définis. Tout d’abord, Deutsche Telekom et Telefónica España dirigeront le développement d’une infrastructure logicielle qui fera le lien entre terminaux locaux et centraux (edge et cloud).

Atos, SAP et Telecom Italia, entre autres, travailleront pour leur part à développer une architecture commune qui devra permettre d’opérer et mettre à jour le système.

L’entreprise hongroise 4iG et polonaise CloudFerro se pencheront quant à eux sur le développement de services sur ce système

Enfin, Siemens et Fincantieri seront chargés de développer des prototypes de services finaux par secteur, notamment dans les domaines de la santé ou de l’énergie.

Prochaines étapes

Le projet devrait durer jusqu’en 2031, les premiers résultats étant attendus pour 2027.

Didier Reynders a déclaré qu’il s’attendait à la création de 1 000 emplois directs et indirects hautement qualifiés et de 5 000 autres au moment de la phase de commercialisation.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]