Compétitivité de l’UE : Mario Draghi fait le bon diagnostic mais ses recommandations déçoivent les experts
Si l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, semble avoir diagnostiqué avec précision les problèmes de compétitivité qui minent l’Union européenne (UE), les solutions qu’il préconise manquent de panache, selon les experts.
Si l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, semble avoir diagnostiqué avec précision les problèmes de compétitivité qui minent l’Union européenne (UE), les solutions qu’il préconise manquent de panache, selon les experts.
Le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’Union devrait servir de base au nouveau plan de travail de la Commission européenne pour la législature 2024-2029. L’analyse du technocrate italien a cependant reçu un accueil mitigé.
L’innovation et la technologie ont été les thèmes centraux du rapport, mais les pistes pour trouver des solutions aux problèmes de l’UE et accroître sa compétitivité ont laissé les experts sur leur faim.
« L’analyse est vraiment bonne, mais les recommandations restent trop incrémentielles », explique à Euractiv Reinhilde Veugelers, collaboratrice du centre Bruegel et professeure en gestion, stratégie et innovation.
Andrea Renda, professeur adjoint de politique numérique et directeur de recherche au Centre for European Policy Studies (CEPS), rejoint le diagnostic de l’économiste italien, mais souligne que sa vision manque d’« étincelles ».
« Ce que je vois, c’est une série de propositions qui tentent de résoudre les échecs des deux dernières décennies, plutôt qu’un manifeste créatif et imaginatif qui pourrait faire prospérer l’Europe ces 20 prochaines années », confie le professeur à Euractiv.
Des interrogations sur les pistes de Mario Draghi
L’ancien Premier ministre italien a proposé de réformer Horizon Europe, le principal programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’UE, afin de se concentrer sur un ensemble plus restreint de priorités communes. Il a également suggéré de doubler le budget de ce dernier sur sept ans, en le portant de 93,5 milliards d’euros à 200 milliards d’euros.
Il souhaite également renforcer et réformer le Conseil européen de l’innovation (European Innovation Council, EIC), une initiative financée par Horizon Europe à hauteur de 10 milliards d’euros et qui vise à soutenir financièrement les technologies innovantes. Mario Draghi souhaite en faire une institution similaire à la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) américaine, qui s’appuie sur les marchés publics pour permettre le financement à grande échelle de technologies de rupture.
Andrea Renda et Reinhilde Veugelers sont favorables à une approche similaire à celle de la DARPA, mais ne sont pas d’accord sur le rôle que doit avoir l’EIC.
« L’EIC devrait être un programme ascendant pour soutenir les startups au niveau de l’UE », estime Reinhilde Veugelers, alors qu’une agence distincte plus spécialisée de type DARPA pourrait fournir un financement descendant complémentaire pour des initiatives à grande échelle.
Parallèlement, Andrea Renda pense que l’EIC doit être « complètement réorganisé » pour financer « les grandes missions et les projets d’envergure » comme sa propre synthèse de plusieurs propositions de projets d’envergure dans le domaine de l’IA.
Plus de liens entre la recherche et l’industrie
Le partage des connaissances entre l’industrie et le monde de la recherche, qui pourrait contribuer à la mise sur le marché de technologies innovantes, est un autre sujet controversé.
« Quels sont les instruments qu’il [Mario Draghi] propose qui s’attaquent réellement à ce problème ? », s’interroge Reinhilde Veugelers. « Il mentionne le programme Erasmus, mais ce programme est destiné aux étudiants ».
Selon elle, l’UE devrait plutôt augmenter la petite partie consacrée à la mobilité entre la science, les chercheurs et l’industrie dans le programme de financement de la recherche et de l’innovation Marie Skłodowska-Curie Actions.
Andrea Renda reconnaît quant à lui que « la description est beaucoup plus évidente que la prescription dans cette partie du rapport », mais il défend l’avis de l’ancien président de la BCE.
Dans l’esprit de Mario Draghi, tous ces problèmes pourraient être implicitement résolus par l’amélioration des conditions-cadres, comme des paris de recherche plus ciblés de type DARPA, a-t-il expliqué.
Peter Sarlin, le PDG de Silo AI, un groupe de recherche universitaire devenu une startup européenne récemment acquise par le concepteur américain de puces AMD, apprécie les conclusions de Mario Draghi.
Il explique également à Euractiv que « nous avons vraiment besoin de projets d’envergure, plutôt que d’avoir de nombreuses petites initiatives » à la fois du côté de la recherche et du côté industriel.
« Je pense que ce qui doit se passer maintenant, c’est que des centres de recherche comme le CEPS vont devoir aider en ajoutant beaucoup de détails », note Andrea Renda.
« Si cela ne se produit pas, je pense que [les propositions de Mario Draghi] seront mises de côté », conclut-il.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Laurent Geslin]