Comment compter les sans domicile ? L'UE se met à la tâche
Reloger les personnes sans domicile est un travail colossal, qui nécessite d'abord de savoir combien et qui elles sont. L'Union européenne (UE), qui a adopté lundi (28 février) un plan d'action en la matière, commence à s'y atteler.
Reloger les personnes sans domicile est un travail colossal, qui nécessite d’abord de savoir combien et qui elles sont. L’Union européenne (UE), qui a adopté lundi (28 février) un plan d’action en la matière, commence à s’y atteler.
Dans le cadre de la présidence française de l’UE, les ministres de ses 27 Etats membres ont adopté, près de Paris, un plan de travail à l’objectif très ambitieux : ne plus avoir de personnes sans-abri dans leurs rues en 2030.
Les principales mesures concrètes de ce plan consistent à mieux les compter à travers tout le continent.
L’organisme statistique Eurostat recueillera ainsi, à partir de 2023, des données sur le nombre de personnes qui déjà été privées de domicile, dans le cadre de son enquête sur les conditions de vie.
« C’est la première fois qu’il y aura des données comparables pour tous les Etats membres de l’UE », se félicite auprès de l’AFP Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne d’associations travaillant avec des personnes sans-abri (Feantsa).
« Même si ça concerne les gens qui ont été sans-abri par le passé, ça permettra de comparer de façon cohérente (et de voir) où le problème est, ou était, plus important qu’ailleurs. Et je crois que ça, c’est très utile », ajoute-t-il.
Hommes, femmes, jeunes ?
D’autant plus utile que certains pays comptent régulièrement les SDF – jusqu’à tous les mois en Irlande – tandis que d’autres ne le font pas du tout ou très épisodiquement, comme la France où la dernière enquête de l’Institut national de la statistique (Insee) remonte à… 2012. La prochaine ne sortira pas avant 2025.
Si les politiques du logement ne sont pas une compétence de l’UE, compter reste capital pour savoir qui s’en sort le mieux et pourquoi.
« Quand on connaît la population qui doit pouvoir faire l’objet de politiques, les qualités de cette politique en seront améliorées », a déclaré le président de la plateforme européenne contre le « sans-abrisme », l’ex-Premier ministre belge Yves Leterme.
« Si vous voyez qu’il y a plus d’hommes seuls, ou plus de femmes, ou de jeunes sans domicile, il vous faut adapter vos politiques. Avoir des données est assez fondamental pour mener des politiques adaptées », explique aussi Freek Spinnewijn.
Se pose aussi la question de qui l’on considère comme sans domicile : les personnes à la rue bien sûr, mais quid des personnes en hébergement d’urgence ? De celles vivant dans un squat ou un bidonville ? Ou dormant sur le canapé de proches ? Certains pays les comptent, d’autres non.
Dans son plan d’action, la Commission européenne s’engage à travailler vers un « cadre d’observation commun » et à harmoniser les catégories.
« Du qualitatif »
Pour les personnes actuellement sans domicile, la Commission va lancer une campagne pour les recenser sur un temps très court dans toute l’UE, afin d’avoir des décomptes comparables.
C’est à partir de ce genre de données, ponctuelles, sur une nuit ou une semaine, que la Feantsa avait estimé, en 2020, à environ 700 000 le nombre de personnes dormant dans la rue, en hébergement d’urgence ou temporaire chaque nuit dans l’UE.
Mais impossible, par définition, d’avoir des chiffres exhaustifs.
Et chaque méthode comporte ses biais. Celle des comptages ponctuels, comme en France la Nuit de la solidarité dans plusieurs métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Saint-Etienne), a des limites. Les maraudes sont ainsi conduites par des bénévoles non formés, ce qui limite leur efficacité.
« Ce qu’on cherche, ce n’est pas forcément que des chiffres, c’est aussi du qualitatif », a précisé lundi la responsable Europe de la Fondation Abbé-Pierre, Sarah Coupechoux.
« C’est-à-dire qui sont ces personnes, pas seulement en termes de genre et d’âge ou de composition familiale, mais aussi quels sont leurs parcours, comment sont-elles arrivées dans les services » d’aide aux personnes sans-domicile, a-t-elle témoigné.
« On ne doit surtout pas passer des années à débattre d’une définition parfaite et harmonisée. Soyons pragmatiques », a souhaité de son côté la vice-présidente de la Feantsa, Ruth Owen. « Réinventer la roue ne marchera pas, ce n’est pas ce qu’on veut et on n’a pas le temps. »