Comment les médias européens se sont transformés en entreprises événementielles
Également dans l'édition de mercredi : le Seigneur des Ténèbres du Berlaymont, Huawei-gate, la tech, le dégel Hongrie-Ukraine
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 3 juin. Ici Eddy Wax, en compagnie de Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
🟢 Enquête : le boom des événements médiatiques à Bruxelles
🟢 Le PPE tente de sauver les siens du scandale Huawei
🟢 La Commission intensifie ses efforts en faveur de la souveraineté technologique
Sur le rond-point : Le Seigneur des Ténèbres du Berlaymont
L’Europe, vue de Bruxelles
Il est bien connu que les rendez-vous avec Ursula von der Leyen sont difficiles à obtenir. En huit ans de couverture de l’actualité bruxelloise, je ne l’ai jamais rencontrée.
Mais un lobbyiste pharmaceutique influent n’a pas eu besoin d’un rendez-vous pour s’entretenir en tête-à-tête avec la présidente de la Commission. Il lui a suffi d’assister à un dîner de gala fastueux, sponsorisé par les médias, où elle était l’oratrice principale.
Les événements sponsorisés par les médias sont devenus une source de revenus de plus en plus importante pour les médias bruxellois – mais ils constituent également une zone grise où les règles habituelles du lobbying sont difficiles à appliquer.
Lorsque les éditeurs, les décideurs politiques, les lobbyistes et les entreprises sponsors se réunissent autour d’une même table, des questions se posent inévitablement quant à la transparence, l’influence et l’accès. Et oui, cela s’applique également à Euractiv.
Elisa Braun et Miriam Sáenz de Tejada ont passé des semaines à examiner le modèle économique qui sous-tend l’essor des événements lucratifs organisés par les médias européens. Voici quelques-unes de leurs conclusions :
- Une place à la bonne table peut coûter des dizaines de milliers d’euros
- Des dirigeants de médias estiment que les marges sur ces événements peuvent atteindre 65 %
- Politico facture jusqu’à 85 000 € pour un package de sponsoring
Le PPE tente de sauver l’un des siens
Le PPE tente de protéger l’un de ses principaux députés alors que la commission des affaires juridiques du Parlement européen se prononce aujourd’hui sur la levée de l’immunité de députés européens impliqués dans l’enquête pénale belge sur les activités de lobbying de Huawei à Bruxelles.
Selon trois responsables interrogés par Rapporteur, le groupe de centre-droit tente de protéger Salvatore De Meo, qui nie toute malversation mais fait l’objet d’une recommandation de la commission visant à lever son immunité. Le vote à bulletin secret d’aujourd’hui pourrait tourner en sa faveur, si le PPE parvient à convaincre suffisamment de députés de voter contre.
Parmi les autres députés visés par des demandes de levée d’immunité figurent Fulvio Martusciello (PPE), considéré comme une figure clé de l’enquête, Nikola Minchev (Renew) et le socialiste Daniel Attard, qui nient tous avoir commis des actes répréhensibles. Ces votes, qui doivent encore être confirmés par l’ensemble du Parlement, interviennent plus d’un an après que les procureurs belges ont déposé leurs demandes.
La commission n’a pas recommandé la levée de l’immunité d’Attard. Le député européen maltais a été la victime d’une erreur d’identité commise par les procureurs belges.
Ce vote intervient alors que les procédures d’immunité s’enlisent de plus en plus dans la politique partisane. Le mois dernier, le Parlement a rejeté de manière controversée une demande des procureurs européens visant à lever l’immunité d’Angelika Niebler, membre du PPE.
La Commission risque de s’attirer les foudres des États-Unis avec son offensive technologique
La commissaire européenne chargée de la technologie, Henna Virkkunen, doit dévoiler aujourd’hui des plans visant à réduire la dépendance numérique de l’Union vis-à-vis des États-Unis et de pays d’Asie.
Bruxelles souhaite attirer le fabricant de puces taïwanais TSMC pour étendre sa présence en Europe, tout en incitant les entreprises locales à réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs de cloud américains, afin de donner aux Européens un plus grand contrôle sur leurs données.
« Soit vous travaillez avec nous, soit vous ne le faites pas », a déclaré Andrew Puzder, l’ambassadeur américain auprès de l’UE, à Théophane Hartmann le mois dernier, avertissant que le paquet proposé sur la souveraineté technologique pourrait être perçu comme protectionniste et tendre davantage les relations commerciales transatlantiques.
Les institutions européennes joignent de plus en plus le geste à la parole. Le Parlement s’apprête à remplacer Google par Qwant, le moteur de recherche français axé sur la protection de la vie privée, comme moteur de recherche principal. Lisez l’article complet de Maximilian Henning.
Metsola ne peut pas rester, selon le SPD allemand
La présidence du Parlement européen devrait passer aux Socialistes et Démocrates en janvier, a déclaré mardi un haut responsable du SPD allemand. Roberta Metsola devrait, selon toute vraisemblance, vouloir rester en poste et remporter un troisième mandat sans précédent à mi-parcours du mandat quinquennal de l’UE, comme nous l’avons précédemment rapporté.
« Il y a un accord et je m’attends à ce que les parlementaires allemands, comme Manfred Weber, respectent cet accord », a indiqué Matthias Miersch, chef du groupe social-démocrate au Bundestag allemand, aux journalistes à Bruxelles.
« Nous avons d’excellents sociaux-démocrates ici à Bruxelles, tels que René Repasi et Katarina Barley, et d’après ce que je peux voir, il y a eu un accord entre les groupes », a-t-il souligné, en réponse à une question de mon collègue Nikolaus J. Kurmayer.
Weber a minimisé les spéculations concernant les élections de mi-mandat, affirmant que les discussions ne commenceraient pas avant septembre. « Passons un été tranquille », a-t-il déclaré le mois dernier.
Katarina Barley, ancienne ministre allemande de la Justice et l’une des vice-présidentes du Parlement, est considérée comme la candidate potentielle la plus sérieuse du S&D, bien qu’elle n’ait pas encore indiqué si elle avait l’intention de se présenter.
Dégel entre la Hongrie et l’Ukraine
Péter Magyar a annoncé qu’il était prêt à rencontrer Volodymyr Zelenskyy en début de semaine prochaine pour finaliser un accord sur les droits de la minorité hongroise en Transcarpatie, un obstacle majeur à l’avancement de la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’UE.
S’exprimant à Berlin aux côtés de Friedrich Merz, Magyar a indiqué que les négociations techniques progressaient sur les droits linguistiques, éducatifs et culturels de la minorité. Budapest attend de Kiev qu’elle codifie une proposition en 11 points.
« Utiliser sa langue maternelle à l’école ou dans l’administration n’est pas un luxe ; c’est un droit humain fondamental », a déclaré Magyar, ajoutant que tout pays souhaitant adhérer à l’UE doit respecter ces droits.
Alors que son prédécesseur, Viktor Orbán, avait systématiquement bloqué la candidature de l’Ukraine, le nouveau gouvernement Tisza a adopté une approche différente, conditionnant son soutien à des garanties sur les droits des minorités et à des progrès dans le déblocage des fonds européens gelés.
La Commission devrait proposer l’ouverture du premier volet de négociations pour l’Ukraine et la Moldavie le 16 juin.
La to-do list de Frederiksen
Mette Frederiksen, entourée de trois autres chefs de parti, a dévoilé mercredi le programme de son nouveau gouvernement de coalition.
Ce document de 70 pages – que Euractiv a révélé en exclusivité avant les médias danois – promet des soins dentaires gratuits, une baisse de la TVA sur les fruits, la suppression de la tranche d’imposition la plus élevée et une impulsion pour une élaboration plus efficace de la politique étrangère de l’UE.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Il faut éviter la « phobie de la Chine », met en garde un député européen spécialisé dans le commerce
- Un complexe touristique lié à Kushner complique la candidature de l’Albanie à l’UE
- L’offre de Macron en matière de dissuasion nucléaire gagne de nouveaux soutiens
Rond-point Schuman
LE « SEIGNEUR DES TÉNÈBRES » DU DANEMARK : Martin Engell-Rossen s’installe à Bruxelles en tant que chef de cabinet de Dan Jørgensen, le commissaire à l’énergie. Avant d’arriver au Berlaymont, il était le conseiller politique le plus proche de Mette Frederiksen. Dans une rare interview accordée à Altinget, il a confié qu’il s’entretenait encore « très souvent » avec la Première ministre danoise car « nous sommes des amis proches », tout en insistant sur le fait qu’ils ne discutaient pas nécessairement des affaires européennes.
Les critiques l’ont surnommé le « Seigneur des Ténèbres » de la politique danoise. Pourtant, a-t-il ajouté, il ne se passe « pas une semaine » sans que des collègues ne lui demandent comment le Danemark a géré le populisme et ce qui se cache derrière le succès politique de Mette Frederiksen.
BONS BAISERS DE LISBONNE : La banque centrale du Portugal a émis une pièce commémorative de 5 € célébrant le multiculturalisme dans la péninsule ibérique, sur laquelle la Russie figure parmi les huit pays représentés par des bras tendus. Les autres pays sont l’Angola, le Mexique et l’Espagne. La Banque du Portugal m’a renvoyé vers la Monnaie portugaise, affirmant que c’était elle qui avait conçu la pièce. La Monnaie n’a pas répondu.
Les capitales
MADRID 🇪🇸
Mardi, Alberto Núñez Feijóo a rejeté une proposition du parti séparatiste catalan Junts visant à discuter d’une éventuelle motion de censure contre Pedro Sánchez. S’exprimant à Barcelone, le chef du Parti populaire a refusé de donner suite à l’invitation de Junts de rencontrer le dirigeant en exil Carles Puigdemont en Belgique, affirmant qu’il ne cherchait ni « raccourcis », ni « faveurs », ni accords politiques. « Je rendrai sa dignité à mon pays, avec ou sans aide », a-t-il déclaré.
– Inés Fernández-Pontes
LISBONNE 🇵🇹
Le Portugal se prépare à des perturbations généralisées aujourd’hui en raison d’une grève générale de 24 heures appelée par la confédération syndicale CGTP contre le projet de réforme du travail « Travail XXI » proposé par le gouvernement. Les syndicats affirment que ces mesures affaibliraient les droits des travailleurs et la sécurité de l’emploi. Des centaines de vols devraient être annulés, tandis que les transports publics, les écoles et les services administratifs risquent d’être fortement perturbés. Les hôpitaux ne devraient assurer que les soins d’urgence.
– Charles Szumski
ATHÈNES 🇬🇷
Le parti grec Nouvelle Gauche a été plongé dans le chaos mardi après la démission de six députés, laissant son avenir incertain. Les législateurs devraient rejoindre ELAS, le nouveau parti lancé par l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras, qui occupe actuellement la deuxième place dans les sondages d’opinion, derrière le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie. Syriza, le parti autrefois dirigé par Tsipras, fait quant à lui face à une pression croissante, les sondages suggérant qu’il pourrait avoir du mal à revenir au Parlement lors des prochaines élections.
– Sarantis Michalopoulos
VARSOVIE 🇵🇱
Le procureur général de Pologne, Waldemar Żurek, a demandé au Parlement européen de lever l’immunité du député européen du PiS Patryk Jaki et d’autoriser sa détention pour qu’il soit interrogé. Les procureurs affirment que l’ancien vice-ministre de la Justice a abusé de son autorité en ordonnant des décisions illégales en matière de personnel au sein de l’administration pénitentiaire. Jaki a rejeté ces accusations, qualifiant cette affaire de tentative politiquement motivée du gouvernement visant à s’en prendre à ses opposants.
– Charles Szumski
SKOPJE 🇲🇰
António Costa a réaffirmé mardi que la Macédoine du Nord devait modifier sa Constitution pour reconnaître la minorité bulgare avant que les négociations d’adhésion à l’UE puissent avancer. Skopje a cherché à obtenir l’assurance qu’elle ne se heurterait pas à de nouveaux obstacles après avoir changé de nom en vertu de l’accord de Prespa, pour finalement se voir confrontée à de nouvelles exigences de la part de Sofia. Dans le même temps, le parti d’opposition SDSM a appelé à la tenue d’un référendum sur la question de savoir si le pays devait poursuivre ses efforts en vue de l’adhésion à l’UE.
– Bronwyn Jones
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Elisa Braun, Miriam Sáenz de Tejada, Magnus Lund Nielsen, Théophane Hartmann, Nikolaus J. Kurmayer, Björn Stritzel
Traductrice : Clara Vassent