La Commission hésite encore à venir en aide aux éleveurs de porcs en détresse
L’exécutif européen a déclaré qu’il ne comptait pas encore intervenir directement dans ce qui est l’une des pires crises qu’aient connues les éleveurs de porcs européens.
L’exécutif européen a déclaré qu’il ne comptait pas encore intervenir directement dans ce qui est l’une des pires crises qu’aient connues les éleveurs de porcs européens. La Commission européenne reste persuadé que le secteur s’en sortira tout seul.
Le secteur européen de la viande porcine traverse une crise majeure caractérisée par une chute des prix due à l’impact des mesures de confinement liées à la pandémie sur les services d’alimentation et à la hausse du coût des intrants, ainsi que par une baisse des exportations vers la Chine et la propagation de la peste porcine africaine (PPA).
Lors de leur dernière réunion à Bruxelles lundi (17 janvier), les ministres de l’Agriculture de l’UE ont discuté de la question et ont à nouveau demandé à la Commission européenne de mettre en place des mesures de marché exceptionnelles pour le secteur.
Toutefois, l’exécutif européen a informé les ministres que, bien qu’il partage leurs préoccupations quant à la situation difficile que connaît le marché actuellement, ce n’était pas le moment d’intervenir sur le marché au niveau de l’UE, car la reprise du secteur se dessinait.
« Avec la reprise qui se profile, il ne faut pas créer l’espoir que les mesures de l’UE peuvent résoudre tous les problèmes », a expliqué le commissaire européen chargé de l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, aux ministres, ajoutant que les acteurs du marché devraient prendre des mesures raisonnables à cet égard.
Pour la Commission, il y a des signes clairs de reprise sur le marché puisque les prix des porcelets ont commencé à augmenter en octobre et que cette tendance s’est poursuivie.
Les prix des carcasses de porcs ont également atteint un plancher en novembre avant de commencer à augmenter juste avant Noël, une tendance qui s’est poursuivie en janvier. Cette évolution est jugée encourageante car, dans le cycle habituel de production, les prix chutent à cette période de l’année avant de remonter au printemps.
En revanche, une intervention de Bruxelles à l’heure actuelle enverrait un mauvais signal et encouragerait en fait les producteurs à maintenir, voire à augmenter, leur production, estime la Commission européenne.
« Je n’exclus pas une intervention si le besoin s’en fait sentir, mais nous devons veiller à ne pas dégrader la situation », a expliqué M. Wojciechowski devant des eurodéputés la semaine dernière.
Les outils existants
Cependant, les éleveurs de porcs sont toujours inquiets car, bien que les prix du porc et des porcelets aient connu une légère hausse récemment, ils restent toujours inférieurs aux coûts de production.
Au cours de la première semaine de janvier, le prix moyen du porc dans l’UE était de 1,33 € le kilo pour une carcasse de 100 kilos et de 34,20 € par tête pour les porcelets.
« Le secteur porcin traverse la crise la plus grave qu’il ait jamais connue. Les prix sont bas, et même s’ils ne sont pas les plus bas jamais enregistrés, le coût de production est quant à lui le plus élevé jamais enregistré », a confié à EURACTIV Antonio Tavares, président du groupe de travail sur le porc du lobby des agriculteurs de l’UE, la Copa-Cogeca.
Il a ajouté que même les exploitations les plus performantes perdaient plus de 40 € par porc.
M. Wojciechowski a suggéré que les États membres utilisent les outils existants tels que les mesures nationales ciblées pour le secteur porcin et les fonds du programme de développement rural de la Politique agricole commune (PAC).
Un autre outil existant est celui des règles dites « de minimis », qui constituent une dérogation aux règles générales en matière d’aides d’État et permettent aux autorités nationales de soutenir les agriculteurs sans avoir à obtenir l’approbation préalable de la Commission européenne.
« Ces outils, qui sont à votre disposition depuis le début, sont les plus appropriés pour faire face à la situation », a indiqué M. Wojciechowski aux ministres.
Toutefois, le commissaire a pour l’instant exclu les programmes prévus par l’Organisation commune des marchés agricoles (OCM), le « filet de sécurité » des marchés agricoles en cas de crise au niveau des prix.
Les outils de soutien de l’OCM comprennent notamment des mesures de compensation pour les pertes de marché liées aux mesures sanitaires prises pour lutter contre les maladies animales ou encore des dérogations aux règles de concurrence habituelles pour les producteurs de viande de porc en ce qui concerne, par exemple, la transformation, le stockage ou la planification de la production.
Une autre mesure exceptionnelle est une forme très traditionnelle d’intervention publique de l’UE, appelée l’aide au stockage privé, qui consiste à retirer temporairement des produits des marchés déséquilibrés dans le but de réduire une offre excédentaire à court terme et de rétablir un certain équilibre sur le long terme.
La PPA en Italie
Les premiers cas confirmés de peste porcine africaine dans les régions italiennes du Piémont et de la Ligurie — proches de la région productrice du « jambon de Parme » — jettent également une ombre sur le secteur.
« Je dois reconnaître que l’apparition de la PPA en Italie au début du mois est une très mauvaise nouvelle », a confié M. Wojciechowski aux ministres.
On ne sait pas encore comment la maladie est arrivée en Italie, mais le génotype de ce virus est différent de celui présent sur l’île de Sardaigne, où la situation est endémique depuis plus de 40 ans sans qu’aucun foyer ne soit apparu sur le continent.
« Toutefois, nous avons bon espoir que les dégâts puissent être contenus. La situation devra néanmoins être suivie de très près », a déclaré le commissaire polonais.
L’évolution de la situation en Italie a déjà suscité des réactions dans des pays étrangers. En effet, le Japon, le Koweït, la Chine, la Suisse et Taïwan ont interdit les importations de viande de porc et de préparations à base de porc en provenance d’Italie, ce qui inquiète les éleveurs de porcs italiens.