Communication de l'UE : la stratégie de sortie de crise de Mme Wallström [FR]

Après cinq années passées à chercher la bonne approche pour mieux faire connaître l'Europe, la vice-présidente de la Commission européenne Margot Wallström en a conclu que la seule manière d'avancer était de donner au nouveau commissaire le contrôle de la législation sur la citoyenneté, avec les programmes et le budget qui vont avec, a-t-elle confié à EURACTIV lors d'un entretien.

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Après cinq années passées à chercher la bonne approche pour mieux faire connaître l’Europe, la vice-présidente de la Commission européenne Margot Wallström en a conclu que la seule manière d’avancer était de donner au nouveau commissaire le contrôle de la législation sur la citoyenneté, avec les programmes et le budget qui vont avec, a-t-elle confié à EURACTIV lors d’un entretien.

Nous sommes partis de zéro. Au commencement, c’était comme crier dans le désert, a déclaré Mme Wallström, revenant sur ses cinq années passées au poste de commissaire aux Relations interinstitutionnelles et à la stratégie de communication. Mais nous avons commencé à faire changer la culture politique : du statut de bouc émissaire nous sommes passés à celui de partenaire, a-t-elle ajouté, avant d’avertir que les résultats ne seraient pas visibles avant plusieurs années. 

Afin de parvenir à des résultats, selon elle, il faut donner à son portefeuille un travail législatif autonome et des moyens financiers propres. Avec les nouvelles dispositions du traité de Lisbonne, la communication peut être tout naturellement associée à un portefeuille dédié à la citoyenneté, a affirmé la commissaire suédoise, révélant à EURACTIV sa stratégie de sortie pour faire franchir un pas supplémentaire à la communication européenne.

Selon Mme Wallström, il existe des législations couvrant les droits de vote et les programmes citoyens dans d’autres départements de la Commission. Ceux-ci devraient être réunis sous le même parapluie d’une direction générale pour la communication et la citoyenneté.

Cela donnerait au prochain commissaire la plateforme et les possibilités d’engager la société civile, concernée par des dossiers législatifs particuliers, a-t-elle souligné. 

Un mandat entravé par un manque de fonds.

Les dépenses de l’UE en matière de communication sont souvent englobées dans des programmes politiques, où les règles juridiques sont destinées aux activités de communication à l’intention des intervenants ou du grand public. 

Voilà qui rend très difficile pour les directions générales le fait de rendre des comptes de manière systématique, a expliqué la secrétaire générale de la Commission Catherine Day, dans une lettre envoyée au comité du contrôle budgétaire du Parlement européen et à laquelle EURACTIV a pu avoir accès. 

Un bilan des dépenses de communication, sur la base des principales activités menées en 2007, montre que le budget total est de 300 millions d’euros. Mais cela comprend les 88 millions de dépenses administratives liées à l’OPOCE, le bureau européen des publications, 22 millions pour la publication des offres de marchés publics, et 18 millions pour le Journal officiel. Seuls 15 millions sont attribués par Mme Day à la communication attachée à d’autres programmes. 

Les premiers pas dans des eaux inconnues

Présentant ses objectifs pour son mandat devant le Parlement lors d’une audition en septembre 2004, Mme Wallström avait expliqué que la priorité première devait être la création d’une culture de coopération entre les institutions de l’UE, cesser de se chamailler et de blâmer les autres institutions et décideurs politiques quand les choses tournent au vinaigre. 

Dans les premières années de son mandat, Mme Wallström a passé une partie non négligeable de son temps à essayer de trouver une base juridique dans le traité pour conclure un accord interinstitutionnel sur la politique de communication. Ce n’est qu’à la fin de 2007 qu’elle a présenté sa proposition intitulée « Communiquer sur l’Europe en partenariat » et qu’elle a réussi à conclure un accord politique, signé en octobre 2008. 

Nous n’avons pas perdu de temps. Il s’agissait de préparer le terrain, a-t-elle dit. Je savais dès le début qu’un seul mandat ne suffirait pas pour changer quelque chose qui est ancré au cœur d’une institution, mais nous avons évolué dans la bonne direction et avons fait quelques pas très importants, a-t-elle ajouté. 

Le nouvel accord politique entre les trois institutions est un immense bond en avant, a déclaré la commissaire. C’est un document plutôt ennuyeux, qui ne fera pas les gros titres, mais qui marque l’introduction d’un principe fondamental, a-t-elle dit. Désormais avec le nouveau traité nous pourrons affirmer qu’il s’agit d’un accord interinstitutionnel, a-t-elle ajouté, expliquant que l’article 252  du traité de Lisbonne, s’il entre en vigueur, permettra au Parlement européen, au Conseil et à la Commission de se consulter mutuellement et par accord mutuel de convenir de leur coopération. 

Dans ce but, ils pourraient, en accord avec les traités, conclure des accords interinstitutionnels qui pourraient être de nature contraignante, dispose l’article. 

Dans ses Orientations politique pour la prochaine Commission, ‘Political guidelines for the next Commission’  présentées la semaine dernière, le président de l’exécutif européen José Manuel Barroso a souligné que la prochaine Commission redoublera d’efforts pour assurer une véritable présence de la Commission, qui communiquera sur le terrain dans les Etats membres et dans les régions, en partenariat avec le Parlement européen, à l’écoute des citoyens et répondant à leurs questions et à leurs inquiétudes.

Un partenariat avec les parlements nationaux

Afin de créer un sentiment d’appropriation du projet européen et préparer à la mise en place du traité de Lisbonne, qui donne un rôle de premier plan aux parlements nationaux, la Commission a lancé une « Initiative Barroso » en 2006. 

Depuis lors, les parlements nationaux ont commencé à recevoir les propositions de la nouvelle Commission ainsi que des documents de consultation, et ils ont régulièrement fait connaître leur avis auprès de l’assemblée de l’UE.

Voilà qui a créé une compréhension très différente de la Commission dans les parlements, a affirmé Mme Wallström, faisant remarquer cependant que cette nouvelle perception devait trickle down les partis politiques et changer la culture démocratique dans chaque Etat membre. 

Mme Wallström a admis qu’une bonne part du travail de la Commission était ennuyeuse pour les citoyens, mais était de grande valeur pour les parlements nationaux puisque l’œuvre législative européenne a un impact sur leur travail. 

Nous n’avons jamais eu autant de commissaires en visite dans les parlements des Etats membres, et impliqués dans le débat, a-t-elle dit, mais a rappelé que nous sommes toujours loin de l’adoption d’un fil rouge commun.

Combler le déficit démocratique grâce aux consultations citoyennes 

Remarquant que les résultats négatifs des référendums en France et aux Pays-Bas en 2005 avaient frappé l’UE par surprise, Mme Wallström a déclaré que l’UE avait réagi avec vigueur en explorant plusieurs moyens de renforcer la vie démocratique transnationale et créer enfin un espace public européen. 

Quelque 40 000 personnes ont participé à six projets transnationaux ‘Plan D’ et on estime que des centaines de milliers ont participé virtuellement via Internet.

Mme Wallström n’a pas manqué d’égratigner les enquêtes délibératifs – l’une des méthodologies utilisées pour impliquer les citoyens dans les débats sur l’UE -, les jugeant trop onéreux.  Mais elle a salué les consultations citoyennes, un moyen d’impliquer un peu plus les citoyens dans le débat public au niveau national. Nous pourrions ajouter les consultations citoyennes à notre catalogue de moyens de travail, a-t-elle dit, reconnaissant que cela n’est peut-être pas la méthodologie parfaite mais pourrait s’améliorer avec le temps. 

Ranger la maison 

Le plan d’action réformant la manière dont la Commission s’occupe de la communication a été une réalisation majeure, a fait remarquer Mme Wallström, se référant à la réorganisation stratégique du travail de communication au sein de l’exécutif européen et au renforcement des représentations nationales.

Le Plan d’action pour l’amélioration de la communication en Europe, adopté en 2005, a lancé toute une série de mesures de modernisation et de professionnalisation de l’approche des activités d’information et de communication à travers les directions de la Commission. 

Changer les outils, introduire de nouvelles méthodes et réformer l’organisation des directions générales de l’exécutif européen (DG) ainsi que décentraliser la communication vers les représentations de la Commission dans les Etats membres a fourni les fondations pour une citoyenneté et une prise de décision plus active, selon la commissaire. 

Avec trois principes stratégiques – Mieux écouter, mieux expliquer, agir local -, le projet a incité à la désignation de secteur de communication aux représentations, ce qui permet une meilleure dissémination de l’information sur les différents secteurs politiques au niveau national. 43 fonctionnaires ont été envoyés dans 24 Etats membres (tous les pays de l’UE sauf les pays du Benelux). Le commissaire espère en avoir 50 avant 2010.

Margot Wallström s’entretenait avec Daniela Vincenti Mitchener et Christophe Leclercq.

Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquez ici.