Confrontée aux réfugiés du conflit libyen, l’Europe fait l’autruche
Dépêchés sur place, des députés européens ont pu mesurer l’ampleur de la tâche assumée par la Tunisie. Le pays continue d’accueillir des milliers de civils pendant que les États européens rechignent à prendre le relais.
Dépêchés sur place, des députés européens ont pu mesurer l’ampleur de la tâche assumée par la Tunisie. Le pays continue d’accueillir des milliers de civils pendant que les États européens rechignent à prendre le relais.
Ils sont environ 4000 à s’entasser dans le camp de Choucha, installé à quelques kilomètres du poste frontière de Ras Jdir entre la Tunisie et la Lybie.
Soudanais, Erythréens, Somaliens, ces réfugiés fuient les conflits ethniques qui sévissent dans leur pays d’origine. Avant de connaître les tentes de l’ONU, ces hommes, ces femmes et ces enfants s’étaient légalement établis en Libye.
Le résultat du « traité d’amitié » entre Tripoli et Rome, qui soulageait l’Italie voisine de la prise en charge de populations en déshérence.
Mais la répression brutale qui s’est abattue sur le mouvement insurrectionnel libyen a déclenché un nouvel exode. Depuis le début des violences, 540 000 civils ont fui vers la Tunisie selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. Alors que sa situation intérieure est loin d’être normalisée, le pays a pris le problème à bras le corps.
« Nous avons été impressionnés par l’extrême solidarité et l’hospitalité de la population tunisienne », témoignent six eurodéputés venus sur place du 13 au 15 juillet pour prendre le pouls de la crise humanitaire. Sur le terrain, l’action des ONG a été facilitée par les afflux réguliers de dons effectués par la population locale.
Désengagement franco-allemand
Impliqués militairement en Libye, les États européens ne se sont en revanche pas pressés pour ouvrir leurs portes aux demandeurs d’asile, dont la situation diffère de celle, bien plus médiatisée, des migrants économiques tunisiens débarqués à Lampedusa.
L’eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume, qui faisait partie de la délégation parlementaire, prouve, chiffres à l’appui, la démobilisation de l’UE sur ce dossier. Sur les 1350 propositions de prises en charge, seules 263 émanent des pays de l’UE, déplore-t-elle sur son blog.
Avec 776 personnes accueillies, les États-Unis assument loin devant les autres leur rôle de pays hôte. Viennent ensuite la Norvège, la Suède et le Canada. Le duo franco-allemand brille par son désengagement total, puisque qu’aucun des deux pays n’a proposé son aide aux réfugiés africains.
Mais cette attitude risque d’atteindre ses limites. Les responsables politiques issus du gouvernement provisoire tunisien « nous ont fait savoir qu’ils ne pourraient pas aider éternellement les ressortissants de ces nations-sœurs, car c’est ainsi qu’ils les appellent », relève la parlementaire.
Réformer sans bouleverser
Depuis deux ans, l’UE s’est pourtant outillée afin d’assurer le transfert de réfugiés vers les États. Un programme dédié à la « réinstallation » a vu le jour, soutenu par le fonds européen pour les réfugiés. Il a été appliqué pour la première fois en 2009, afin d’assurer la prise en charge de 250 individus exilés à Malte. Pour chaque personne déplacée, l’État d’accueil perçoit un financement de 6000 euros par an.
Mais toute cette mécanique de solidarité ne s’enclenche que si les autorités nationales le souhaitent. Autant dire que la mise en place d’un dispositif « contraignant » s’apparente à « un vrai combat avec les États », résume Sylvie Guillaume.
D’ici la fin de l’année, la Commission européenne publiera des « propositions pour mieux organiser la réinstallation », promet l’entourage de Cécilia Malmström, la commissaire en charge des Affaires intérieures. Mais aucune entorse ne sera faite au libre arbitre des États.